fbpx
Le lac Baïkal. Crédits : wikimedia.com

Le Baïkal est malade

Le Baïkal a été sauvé à de nombreuses reprises, au cinéma ou en vrai. Le sort du célèbre lac d’eau douce inquiète le monde depuis au moins un demi-siècle. Mais la situation semble avoir atteint aujourd’hui un seuil critique : le niveau de l’eau baisse, sa composition se modifie, le Baïkal se peuple d’algues et de bactéries nuisibles produisant des toxines, les émissions de méthane se sont multipliées… Le lac est « malade », et personne n’a de recette pour le soigner. Ogoniok est allé évaluer sur place le niveau des dégâts.

Des touristes chinois se tiennent sur le pont d’un bateau qui longe l’île d’Olkhon – tous coiffés de panamas blancs, ils ressemblent à une récolte automnale de champignons. Olkhon est la plus grande île du Baïkal. Les touristes étrangers – européens et américains – la visitent depuis longtemps, mais ce sont les Japonais qui ont commencé à débarquer en masse sur les rives du lac dans les années 1990. Ces derniers étaient d’ailleurs attirés plutôt par la mémoire que par la nature : après la guerre, les prisonniers japonais ont été parqués dans des camps installés ici. Et les locaux se rappellent encore cette arrivée massive de touristes : les Japonais âgés se baladaient les mains pleines de gros paquets de dollars, sans savoir où les dépenser.

Aujourd’hui, les voyageurs de passage ont largement de quoi vider leurs porte-monnaie : l’odeur des planches fraîches servant à construire de nouvelles bases touristiques de luxe se mêle à celle émanant des fumoirs à poisson, les pozny (ces raviolis traditionnels bouriates) font concurrence à la cuisine russe, et les petits magasins regorgent de bibelots faits de minerais locaux. Les experts qualifient d’ « explosif » le développement du tourisme sur le Baïkal. Non sans raison : la seule capitale d’Olkhon – le village de Khoujir, habituellement peuplé de 1 500 habitants – accueille 500 000 visiteurs en été. Si la crise écologique devait mettre brusquement fin à cet afflux, elle se transformerait sur-le-champ en crise économique : le tourisme est ici la seule source de revenus.

Mais pour l’heure, les touristes sont au rendez-vous. Le bateau accoste sur la berge, et un vent chargé de toutes ces odeurs les accueillent.

La spirogyre

C’est en 2011 que le nouveau tournant de la crise écologique qui menace le Baïkal a commencé à faire parler de lui. À l’époque, on a vu apparaître sur la berge, dans les environs de Severobaïkalsk (plus grosse agglomération du lac), d’énormes « matelas » de spirogyres : ces algues d’eau douce filamenteuses et nuisibles. Ces amas putrides, entourés de nuées de mouches et moucherons, ont transformé la rive en décor de film post-apocalyptique.

Suite à cette prolifération sans précédent de spirogyres, les scientifiques-limnologues (spécialistes de l’étude des lacs) ont découvert dans les eaux profondes des cyanobactéries toxiques, puis tout un cimetière de mollusques et d’éponges.

Au cours des deux dernières années, alors que le niveau du Baïkal a significativement baissé, cette « floraison » d’algues a pris des dimensions inquiétantes. Et il est aujourd’hui plus simple de recenser les zones côtières épargnées par cette corruption que celles touchées.

« Actuellement, on peut malheureusement dire que le littoral du lac est perdu, a expliqué à Ogoniok le directeur de l’Institut de limnologie de l’Académie russe des sciences pour la Sibérie, Andreï Fedotov. Et, dès lors, l’essentiel est de ne pas abandonner la partie profonde du lac, la zone pélagique. Si la dégradation arrive jusque là, ce sera une catastrophe pour le monde – on parle tout de même de 20 % des réserves d’eau douce de la planète ! Le plus tragique, c’est que si nous savons ce qui se passe en détails, nous ne comprenons pas comment fonctionne, globalement, le système du Baïkal. Il faut surveiller en permanence les phénomènes hydro-physiques et hydro-chimiques, il faut des données sur la respiration du lac toutes les 24 heures, toutes les heures. Et nous ne pouvons pas recueillir cette information sans capteurs automatiques capables de fixer les données en régime online. Les chercheurs parlent de causes possibles de la crise : bas niveau de l’eau, augmentation de la température, émission de déchets… Mais il ne s’agit, pour l’heure, que d’hypothèses. On a vu des cas, dans la nature, d’étendues d’eau qui sont mortes de causes naturelles, […]

Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou abonnez-vous !

Julia Breen

Dernières nouvelles de la Russie

Opinions

« L’opération Successeur est impossible »

À l’occasion de la sortie de l’Empire ironique, dans lequel Gleb Pavlovski dresse le bilan de l’ère Poutine, le politologue russe, directeur de la Fondation pour l’efficacité politique, a accordé une interview à l’écrivain Dmitri Bykov pour la revue Sobesednik.ru. Extraits.Dmitri Bykov : Dans l’Empire ironique, vous écrivez que le système politique russe contemporain est capable de résister à tout, sauf au temps. Mais comment le temps peut-il intervenir ? Le cours du pétrole va-t-il brusquement s’effondrer ?Gleb Pavlovski : À vrai dire, le temps s’en est déjà mêlé. J’ai essayé d’envisager des scénarios d’effondrement de ce système, mais je n’ai rien trouvé. Parce que le système est né d’un collapse. L’effondrement a déjà eu lieu.État de guerre permanentD. B. : Donc, nous vivons une existence post mortem…G. P. : Oui. Comme dans le livre de l’écrivain polonais de science-fiction Stanislav Lem (1921-2006), la Formule Limfatera : le système prend vie quand meurt la gelée dont il est fait.Je pense que les racines du système actuel sont antérieures à Poutine. Cette destruction systématique des institutions a été entamée sous Gorbatchev ; je dirai même qu’elle était le principal contenu de l’ère Gorbatchev [à la tête de l’URSS de 1985 à 1991, ndlr], puis des deux premières années de la présidence Eltsine [premier président de la Fédération de Russie de 1991 à 1999, ndlr]. Une sorte de « liberté à tout prix ».Nous nous plaignons souvent de l’autorité excessive de l’État, alors qu’en réalité, l’État est quasi absent.D. B. : Vous admettez donc que l’URSS, quelque mauvaise qu’elle ait pu être, a été dévorée par des choses encore plus mauvaises ?G. P. : Les gens ne voulaient plus, depuis longtemps, des contraintes de l’État, tout en souhaitant en conserver les avantages et en utiliser les services. C’est comme dans un immeuble : si la toiture fuit, tout le monde est mécontent, mais quand il s’agit de se réunir pour trouver une solution, pour réparer la fuite ensemble, il n’y a plus personne… Par ce processus d’affranchissement de l’État, la Russie, en un sens, a voulu imiter l’Occident. Surtout, la population ne supportait plus l’État-maître d’école, moralisateur, de l’URSS – c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui.L’écrivain russe Dmitri Bykov lors d’une exposition littéraire à Moscou. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 février 2019
International

Zelensky, un clown à prendre
au sérieux

Pacifiste et fort du soutien des régions du sud-est, l’acteur de télévision Volodymyr Zelensky (entre 19 % et 24 % d’intentions de vote à moins de deux mois de la présidentielle du 31 mars prochain) pourrait représenter un concurrent sérieux pour les deux principaux candidats, le président sortant Petro Porochenko (15 %) et l’ancienne Première ministre Ioulia Timochenko (18 %). Le journaliste Konstantin Skorkine, du Carnegie Moscow Center, livre son analyse pour la revue Meduza – extraits.Le rôle de président idéal, honnête et droit, que Volodymyr Zelensky incarne dans la série Le Serviteur du peuple, diffusée en Ukraine depuis novembre 2015, a probablement fait beaucoup pour ouvrir au comédien les portes de la politique – et le cœur des électeurs ukrainiens. Son émission satyrique quotidienne, « Quartier du soir », où il parodie depuis plus de dix ans tous les politiciens en vue, a en outre contribué à forger son image de bouffon du roi indépendant des divers cercles du pouvoir.Toutefois, comment expliquer son impressionnante popularité et la montée en flèche de sa cote depuis l’été 2018 ?Une première explication serait liée au contexte sociologique. La société ukrainienne, de plus en plus lasse des anciennes élites, se tourne vers les populistes et autres candidats « hors système ». Le phénomène n’est pas propre à l’Ukraine : ce ras-le-bol des « laissés-pour-compte » a propulsé l’excentrique Donald Trump à la présidence des États-Unis et a transformé, en Europe, des comiques professionnels en acteurs politiques incontournables. Le « Mouvement cinq étoiles », qui a obtenu un tiers des voix aux dernières législatives italiennes, a longtemps été mené par l’humoriste satyrique Beppe Grillo, tandis que la Slovénie s’est choisi pour Premier ministre l’ancien imitateur Marjan Sarec (qui a le même âge que Volodymyr Zelensky, 41 ans).Si Volodymyr Zelensky dispose de moyens suffisants pour financer seul sa campagne, les contrats qui le lient à la chaîne du milliardaire Igor Kolomoïski le rendent vulnérable.Une seconde hypothèse consisterait à dire que le « phénomène Zelensky » est un subterfuge, un pur « coup de com’ » politique. L’homme ne serait qu’une marionnette, manipulée, en coulisse, par l’un des hommes forts du pays, le milliardaire Igor Kolomoïski, qui chercherait ainsi à perturber le déroulement de la campagne électorale et à mettre des bâtons dans les roues des deux favoris.Igor Kolomoïski. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

7 février 2019
Opinions

En attendant le dégel…

La Russie sort tout juste de la période des fêtes de fin d’année, qui, selon une tradition tacite, s’achève non sur l’ « Ancien Nouvel An » orthodoxe, le 13 janvier (l’Église orthodoxe suit toujours le calendrier julien), mais avec la fête de la Théophanie (Krechtchénié), le 19. Tout aussi traditionnellement, le pays sombre aussitôt dans une longue déprime hivernale, dont il ne sortira qu’au moment de Maslénitsa (un Mardi gras qui dure toute une semaine), début mars. Si cette déprime tourne, pour certains, à la dépression, les Russes savent aussi gérer leur hiver long et froid – cette fatalité – mieux qu’aucun autre peuple au monde. Dans une chronique pour la revue Gazeta.ru, le politologue Gueorgui Bovt fait l’éloge de l’hibernation.Dans notre pays, l’hiver est plus que l’hiver. C’est une attente dont on ne voit pas le bout, un transit forcé, dans un état végétatif, entre l’automne et le printemps. Le moment où, emmitouflé et ployant sous le vent glacé, on repousse tout ce qu’on peut – au printemps, à l’été, au soleil, au beau temps, bref, au dégel ; à ce temps lointain où l’on pourra sortir de chez soi juste pour le plaisir, et contempler la Nature, la tête haute. L’hiver, c’est le gel des désirs, des projets, des sentiments. Voilà pourquoi nous chérissons tant la période des fêtes de fin d’année, qui s’étend du Noël catholique à l’Ancien Nouvel An. Elle est une sorte d’éclaircie dans l’obscurité froide qui enveloppe notre si vaste territoire. L’éclat des guirlandes est un ersatz de soleil. On y croit… Mais il faut traverser un mois de février, court et pourtant tellement long, et « se traîner » jusqu’en avril, à patauger dans la gadoue. Alors, enfin, le soleil se montrera. En hiver, il brille pour d’autres.Et s’il brillait pour nous ? Un pays plus chaud, plus ensoleillé, avec des hivers courts et des étés longs… serait-ce encore la Russie ? […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

25 janvier 2019

Vous êtes actuellement hors ligne