Le Courrier de Russie

Comment attirer les touristes étrangers dans l’Oural

Elle a créé le meilleur site sur l’Oural à destination des touristes étrangers qui cherchent des informations sur la région en langue anglaise – il est consulté au Danemark, aux États-Unis, en Europe et en Chine. C’est spécialement pour eux que Lioubov Souslyakova, radio-DJ de Ekaterinbourg, a commencé il y a quelques années d’animer la page Facebook « Ekaterinburg for you », puis le site AskUral.com, qui est devenu si populaire que Lioubov Souslyakova a dû abandonner son travail d’animatrice radio pour devenir guide. Récit à la première personne.

Le panorama d’Ekaterinbourg. Crédits: fototelegraf.ru

Toujours plus de Chinois

La majorité des étrangers arrivent à Ekaterinbourg par le Transsibérien. Si, si, ils ont un truc comme ça : se balader dans toute la Russie, par le Transsib, en train. Moscou – Vladivostok, avec obligatoirement un tour sur le Baïkal et, éventuellement, vers la Mongolie ou la Chine. Beaucoup rêvent de voir la Russie occidentale et la Sibérie. Pour ces derniers, il s’agit en majorité d’étrangers en voyage d’affaires, invités par leurs partenaires ekaterinbourgeois. Sur leur temps libre, ils veulent voir la ville et les environs. Certains viennent même s’installer à Ekaterinbourg pour y vivre, principalement des enseignants de langues étrangères. Ils restent dans la ville un an, ou plus.

Tant que la Russie sera en paix, les étrangers viendront chez nous. Ils sont de plus en plus chaque année. Pour autant, l’afflux de touristes change tout le temps. Ici, l’essentiel, c’est d’être flexible, c’est-à-dire de savoir travailler avec des gens différents. Sans doute que la crise s’est faite sentir. En revanche, il y a chaque année plus d’Asiatiques. Cette année, j’ai eu plusieurs touristes de Singapour et de Chine.

Les étrangers conseillent à leurs enfants de faire des affaires à Ekaterinbourg

La Russie attire ! Les Européens voient les touristes de Russie arriver avec de l’argent. Tout le monde sait que la Russie, c’est une culture riche, qu’il y a ici beaucoup de musées et de choses à voir. Pour les Américains, c’est important, parce que leur histoire à eux n’est pas si riche. Tout le monde comprend que la Russie, aujourd’hui, est un pays qui se développe avec dynamisme. Et tout le monde est intéressé pour venir voir ce qui se passe ici, passer un moment dans cette effervescence, sentir l’esprit de la Fédération de Russie.

Le centre de Ekaterinbourg. Crédits: 66.ru

Beaucoup de touristes disent que, s’ils étaient plus jeunes, ils investiraient en Russie. Ils conseillent à leurs enfants de venir chez nous faire des affaires. En Europe et en Amérique, il n’y a pas la place de se déployer, alors que chez nous, il y a énormément de possibilités pour l’entreprenariat. Ekaterinbourg en est un exemple. Ici, tout se construit, se développe, et les étrangers le voient. Il suffit de se promener dans les rues pour comprendre qu’il y a beaucoup d’argent dans la ville, que la vie économique bouillonne.

Les touristes aiment les histoires de mafia et les récits sur le gang Ouralmash

J’ai souvent voyagé hors de Russie et je sais ce qu’il faut aux étrangers : j’ai compris leur mentalité et ce qu’ils cherchent. Ce n’est pas la Tour blanche, et ce n’est pas le constructivisme : nous, évidemment, nous en sommes fiers, mais les étrangers, ça ne les inspire pas. Ce qui leur plaît le plus, à Ekaterinbourg, ce sont les lieux insolites, comme le « cimetière de la mafia ».

Cdédits: Denis Tarassov.

Il y a là-bas des sections où, dans les années 90, on enterrait les bandits, les « vieux frères ». Beaucoup d’étrangers connaissent ces lieux déjà avant de venir, parce qu’ils en ont entendu parler dans les guides. Ils veulent voir les piédestaux, les photographies des frères avec des clés de Mercedes à la main. Je leur parle du gang « Ouralmach ». Les étrangers aiment ça, alors que les gens d’ici disent : « Ça  suffit, de parler des bandits. Il n’y en a plus, de bandits ». Mais je le leurs dis, moi, aux touristes : que tout est terminé, que toutes ces guerres sont restées dans les années 90, et qu’aujourd’hui, il ne reste que le cimetière. Pour les étrangers, c’est exotique. Vous avez déjà vu les cimetières, dans les films américains ? De simples pierres blanches, toutes identiques. Chez nous, chacun fait comme ça lui plaît.

Les étrangers pensent que Ekaterinbourg est une ville asiatique

Les touristes étrangers pensent que Ekaterinbourg est une ville asiatique, vu qu’elle est située sur la frontière entre l’Europe et l’Asie. En arrivant, ils voient une mégapole européenne et ils s’en étonnent… La deuxième déception va sur les kokochniks, ces coiffes traditionnelles, et les balalaïkas : ils en ont tellement entendu parler. Mais il est de plus en plus  difficile d’en trouver.

Le monument au groupe The Beatles à Ekaterinbourg. Crédits: Rusina Shikhatova

C’est vexant, quand ils me demandent où acheter des enregistrements de musique folklorique, comment assister à un concert de chant ou un spectacle de danses traditionnelles, et que je n’ai rien à leur répondre. Si un étranger est là pour seulement trois jours, c’est très difficile d’assister à un récital de chorale. Il y a des problèmes avec les objets souvenirs, aussi. On peut acheter des pierres de l’Oural, mais ce n’est pas du tout évident de trouver de belles cartes postales de Ekaterinbourg. Alors que les cartes postales sont souvent demandées. Les étrangers aiment envoyer chez eux des cartes postales de leurs voyages…