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« Le Pouvoir nous a oubliés, mais Dieu nous a embrassés » : Pourquoi il faut aller à Tcherdyne

Perdue au cœur de la taïga, à 300 km de Perm, la petite ville de Tcherdyne marque la mémoire de ceux qui la visitent au point de les obliger à y retourner encore et encore. La revue d’histoire Rodina s’est rendue sur place afin de tenter de comprendre les raisons de cette attraction.

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Tcherdyne. Crédits : DR

De l’avis de ceux qui passent à proximité, par la route ou par bateau, Tcherdyne est un trou perdu, à fuir à toutes jambes à la première occasion. Pour de nombreux locaux, c’est, à l’inverse, l’endroit le plus fabuleux sur Terre.

Tcherdyne a de tout temps été un lieu d’exil politique. C’est là, en 1601, que le tsar Boris Godounov envoya son rival Mikhaïl Romanov, l’oncle du fondateur de cette dynastie impériale, Mikhaïl Fiodorovitch. En 1934, c’est le poète Ossip Mandelstam qui fut exilé à Tcherdyne par le pouvoir soviétique.

Toute l’histoire de la Russie défile dans les ruelles anciennes de la ville. Ici, le temps semble arrêté. L’édifice construit au XIXe siècle pour accueillir le Trésor abrite toujours une banque. Des magasins occupent encore aujourd’hui les allées commerciales bâties au début du XXe siècle par les marchands Ossovski. Et l’assemblée municipale siège au même endroit qu’il y a cent ans.

Après la chute de l’URSS, les habitants de Tcherdyne ont rendu à leurs rues leurs noms historiques : la rue du Komsomol est redevenue la rue de Prokopievsk, et la rue Communiste, celle de l’Assomption.

La rue Lénine a quant à elle été rebaptisée en rue Iourganov, en l’honneur de la famille de marchands qui a bâti près de la moitié de la ville.

Tcherdyne possède aussi sa perspective Nevski, avec d’authentiques lampadaires pétersbourgeois.

Il n’est pas donné à tout le monde d’arriver ici du premier coup. Intentionnellement ou non, sur les plus de 300 kilomètres qui séparent Perm de Tcherdyne, on trouve seulement deux panneaux indicateurs – et certains automobilistes s’égarent aux embranchements.

Les habitants ont leur avis sur la question : c’est le moyen que les forces supérieures ont trouvé pour prémunir le territoire contre la curiosité abusive des hommes.

« J’ai l’impression qu’elles protègent Tcherdyne parce que la ville abrite l’âme de la région de Perm, entame Larissa Mokh, directrice du département de la culture du district de Tcherdyne.  Ajoutant : Le pouvoir nous a oubliés, mais Dieu nous a embrassés. »

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Une des 7 églises que compte Tcherdyne. Crédits : DR

« L’absence de perspective est une bénédiction »

On ne peut pas vraiment dire que le pouvoir ait oublié Tcherdyne : les routes ne sont pas mauvaises, la ville possède toute l’infrastructure indispensable… Toutefois, il n’est pas question du moindre projet de développement d’envergure – ni pour aujourd’hui, ni pour demain. Les chanceux travaillent à la scierie. Les autres, ce sont la rivière et la forêt qui les nourrissent.

Beaucoup vous diront : quelle tristesse, quel cafard… Mais Larissa Mokh en est persuadée : à Tcherdyne, l’absence de perspective est une bénédiction.

Si vous êtes quelqu’un de bien, vous reviendrez forcément, disent les habitants de toujours aux hôtes de passage.

Tcherdyne possède cette étrange capacité de vous planter une épine dans l’âme. Elle vous oblige, littéralement, à revenir ici encore et encore – pour retourner se promener sur le Zemlyannoï Val, ce chemin d’enceinte qui protégeait la ville il y a des siècles, pour contempler les maisons de bois anciennes, pour humer l’air de la taïga, assaisonné d’un peu d’odeur de fumée des poêles. Et aussi pour entendre de nouveau sonner les cloches des églises – au nombre de sept dans cette ville minuscule, une sur chaque colline.

La légende dit qu’autrefois, le puissant carillon des cloches sauvait la ville des épidémies. Aujourd’hui, il préserve du manque de foi dans les forces du lieu.

« Avec mon époux, qui est allemand d’origine, nous avons récemment eu la possibilité de partir en Allemagne, dans sa patrie historique, reprend Larissa Mokh, ne cessant de me surprendre. Nous avons passé l’examen et nous l’avons réussi. Et tout s’est arrêté là. »

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La cathédrale de Tcherdyne. Crédits : DR

Je n’en crois pas mes oreilles.

« Au dernier moment, mon époux a prononcé un niet décisif, poursuit-elle. En s’expliquant de façon très simple : Aucun bienfait de la civilisation européenne ne pourra jamais remplacer toute cette beauté. Ma vie est ici. »

Certains ne le croiront pas, d’autres trouveront cela stupide… Pour les locaux, il s’agit simplement de sagesse existentielle. Que Dieu les embrasse.

Cinq faits sur Tcherdyne :

  • La ville compte 4 686 habitants.
  • Elle se situe sur la rive droite de la rivière Kolva, affluent de la Vichera et sous-affluent de la Volga.
  • La gare la plus proche de Tcherdyne se situe à 100 km, dans la ville de Solikamsk.
  • Tcherdyne est célèbre pour les nombreuses sculptures religieuses en bois de ses églises.
  • Du 21 au 23 juillet 2017, le village de Seriogovo, à 2 km de Tcherdyne, accueillera la 6e édition du festival de jeux et musiques folkloriques Zov Parmi.

Traduit par Julia Breen

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  1. Dans un aussi beau lieu si bien décoré de beaux clochers et de belles églises , le « manque de perspective » est effectivement une bénédiction car l’âme y trouve le recueillement spirituel qui nourrit une Vraie vie.
    Combien j’envie le mysticisme du peuple russe.
    Merci Saints Côme et Damien.

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