Le Courrier de Russie

Notchlejka : de la survie à la vie

Entre 50 et 60 sans-abri par jour viennent demander de l'aide à Notchlejka. Crédits : Manon Masset

Créée en 1990, Notchlejka est la plus ancienne organisation pétersbourgeoise de soutien aux sans-abri.

L’adresse du QG de l’organisation (112b, rue Bronnaïa) est bien connue des personnes vivant dans la rue. Crédits : LCDR

« Au départ, Notchlejka, c’était quelques personnes qui préparaient des repas qu’elles distribuaient aux plus démunis », explique Vlada Gasnikova, porte-parole de l’association. Peu à peu, l’organisation s’est ensuite transformée en cantine sociale, pour devenir la véritable « machine » d’aide aux sans-abri qu’elle est aujourd’hui.

Le travail de l’association se partage en deux axes. D’une part, les bénévoles s’efforcent de répondre aux besoins primaires des sans-abri, avec un seul objectif : « Ne pas laisser mourir de soif, de faim, ni de froid ». D’autre part, ils mettent en place des actions à plus long terme, visant à faire sortir définitivement les gens de la rue.

Pour répondre aux besoins d’hébergement d’urgence, l’organisation met à disposition plusieurs « points de réchauffement » : des tentes où les sans-abri peuvent venir manger, boire un thé et passer la nuit. Notchlejka possède également des autobus qui font des tournées, la nuit, et distribuent de la nourriture. « C’est notre action la plus connue, car la plus visible », constate Vlada.

L’adresse du QG de l’organisation (112b, rue Bronnaïa) est également bien connue des personnes vivant dans la rue. Elles sont entre 50 et 60 par jour à venir y demander de l’aide. Chez Notchlejka, les sans-abri peuvent recevoir des vêtements, des produits d’hygiène, des médicaments de base, ainsi que de la nourriture et du thé. Ils peuvent également compter sur une aide juridique et psychologique. Valentina, 76 ans, la plus âgée des employés, a plus de vingt ans d’expérience en la matière : « Il faut s’armer pour comprendre l’interlocuteur, le conseiller judicieusement et prendre les décisions qui s’imposent en toute objectivité », explique-t-elle.

Les sans-abri peuvent recevoir une aide juridique chez Notchlejka. Crédits : Manon Masset

De fait, l’association a établi un cadre et des règles très stricts, notamment en matière de sélection des sans-abri autorisés à séjourner dans le Foyer de réhabilitation de Notchlejka, installé au siège. « Nous accueillons des personnes ayant un véritable plan de sortie hors de la rue, avec une liste de problèmes concrets à résoudre », insiste Vlada. Aux premier et deuxième étages, le bâtiment offre 52 places d’hébergement, réparties en cinq dortoirs – quatre pour hommes et un pour femmes.

Alexandre, 58 ans, vit au foyer depuis deux mois. Il se démène, avec le soutien de l’association, pour rassembler un dossier de demande d’allocation d’invalidité et intégrer une maison gouvernementale pour handicapés. « Je ne peux pas me rendre moi-même dans tous ces bureaux, car mes jambes me font souffrir. Les bénévoles m’aident dans mes démarches », indique-t-il.

Alexandre au foyer de réhabilitation de Notchlejka. Crédits : Manon Masset

L’objectif du Foyer de réhabilitation est que les sans-logis ne retournent pas dans la rue. « Ça n’a rien à voir avec de l’hébergement d’urgence. C’est un lieu qui doit permettre aux personnes de se reconstruire », martèle la porte-parole de l’association.

Notchlejka vit principalement grâce aux dons privés, récoltés via son site, les boîtes de collecte disposées dans toute la ville et l’organisation de concerts et spectacles au profit des sans-abri. Les autorités russes interviennent aussi via des subventions de la ville et du gouvernement fédéral. Mais c’est une aide que l’association juge insuffisante, et surtout instable d’année en année. « Nous ne pouvons pas prévoir d’investissements réels », déplore la porte-parole.

Pour 2017, l’association compte toutefois ouvrir un conteneur équipé de cabines de douche. Le dispositif est actuellement en construction, et Notchlejka lui cherche encore un emplacement. « Avoir des vêtements propres et pouvoir prendre une douche régulièrement est la première étape du long combat pour sortir de la rue », conclut Vlada, pleine d’espoir.

Combien de sans-abri à Saint-Pétersbourg ?

Alors que les statistiques officielles recensent 28 000 sans-abri à Saint-Pétersbourg, Notchlejka estime qu’ils sont environ 60 000.

Chaque année, l’association vient en aide à plus de 10 000 personnes. En 2015, 5 538 personnes ont mangé grâce à ses autobus de nuit, 456 sans-logis sont passés par les « points de réchauffement », 6 355 ont reçu une aide sociale ou juridique et 233 personnes ont séjourné dans le Foyer de réhabilitation. Notchlejka emploie 25 personnes, dont huit travaillant au contact quotidien des sans-abri.

Depuis sa création, l’association a reçu l’aide de plus d’un millier de bénévoles, dont 50 participent aujourd’hui activement aux actions.