Le Courrier de Russie

Le snobisme pétersbourgeois

Le plus superficiel des regards sur Pétersbourg découvre la morosité méfiante de ses habitants. Comparez le trolleybus moscovite, sans parler du kiévien, avec le pétersbourgeois. Il y règne un bourdonnement régulier de voix, les gens ne se gênent pas les uns avec les autres, une réplique, lancée en l’air, est immédiatement saisie et renvoyée, la jeunesse badine, les petites vieilles discutent prix et maladies. Chez nous : un silence méfiant, le regard évite le regard, un frôlement de hasard est une décharge électrique. Une conversation bruyante est accueillie par une universelle et silencieuse désapprobation.

Les Moscovites passent facilement au « tu », s’embrassent quand ils se voient, sont amicaux avec ceux qui arrivent. À Pétersbourg, les baisers sont considérés comme de mauvais ton, le serrage de mains est remplacé par un simple hochement de tête, de quelqu’un qui vit à Pétersbourg depuis non seulement une année, mais même des décennies, on dit « Cette Madame Unetelle, vous savez, de Doubossary ». On ne dit « tu » qu’aux camarades de promotion, et encore, avec un certain inconfort intérieur.

L’affection comme la haine s’expriment pareillement : un peu plus d’attention à l’interlocuteur, un peu plus de retenue dans le demi-salut. Être célèbre n’est pas joli, le succès est associé à la vulgarité, le conformisme, l’esprit borné.

Sous notre climat, l’absence de sinusite est simplement suspecte

La norme : insuffisance corporelle ou maladie, pauvreté honnête, connaissance parfaite de quelque chose d’inutile au quotidien. Sous notre climat, l’absence de sinusite, ou, au moins, d’une simple rhinite est simplement suspecte. Dostoïevski a écrit : « C’est une ville de demi-fous. […]