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maison vyborg

Il était une fois la plus vieille maison de Russie

Où se trouve la plus ancienne maison de Russie ? : cette recherche internet vous conduira sur la page Wikipédia de la ville de Vyborg, qui, à son tour, vous indiquera le 13A rue Krepostnaïa. Le Courrier de Russie a suivi le guide.

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La plus vieille maison de Russie à Vyborg. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR

Dans la rue Krepostnaïa, l’artère principale de Vyborg, en entrant dans une cour à droite, 200 mètres après la tour de l’horloge, vous tomberez sur une maison de pierre, pas particulièrement remarquable à première vue. Il s’agit pourtant, selon plusieurs sources, du plus ancien bâtiment résidentiel de Russie, construit en 1583 et plus connu, en ville, sous le surnom de « maison du citadin ». Sa construction date de l’époque où Vyborg faisait partie du royaume de Suède ; la ville a d’ailleurs conservé plusieurs bâtiments de pierre de la période.

Les petits espaces de la maison, reliés entre eux par un escalier de bois, ont été conçus dès le départ comme des logements. Selon certains chercheurs, au XVIIe siècle, la maison aurait aussi abrité la première imprimerie de Vyborg. Au fil des reconstructions successives, nombreuses, les fenêtres, à l’origine de simples fentes dans les murs, ont été élargies.

L’édifice a acquis son aspect contemporain suite à des travaux réalisés dans les années 1960 – après que Vyborg est revenue dans le giron russe ou, plus précisément, soviétique. Les plafonds ont alors été rehaussés, et le chauffage central a remplacé l’ancien chauffage au poêle.

Mais s’agit-il vraiment du plus ancien bâtiment résidentiel sur le territoire de l’actuelle Russie ? « C’est en tout cas la plus vieille maison connue des historiens, répond Alexeï Melnov, historien de la ville et guide. Toutefois, il n’est pas exclu que l’on trouve, ailleurs, d’autres bâtiments plus anciens, toujours habités. Peut-être que quelque part dans la région de Vologda, par exemple, une église du XVe siècle adaptée en logement collectif s’est conservée, et est encore occupée. » À Vyborg même, d’ailleurs, on trouve de nombreuses constructions anciennes, dont l’âge n’a pas été précisément déterminé.

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Le 13A rue Krepostnaïa à Vyborg. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR

Le bâtiment situé 8 rue Vyborgskaïa, par exemple, qui appartient aujourd’hui au musée municipal, attend d’être restauré. Des fouilles archéologiques ont établi que sa construction, comme celle de la « maison du citadin », datait d’avant la fin du XVIe siècle. Pourtant, le lieu est inhabité, à la différence du 13A rue Krepostnaïa, qui abrite jusqu’à présent des logements. Ainsi la maison, inscrite depuis 1960 au registre des sites les plus importants du patrimoine culturel national, est-elle considérée à juste titre comme le plus ancien bâtiment résidentiel de Russie.

Aujourd’hui, l’aspect de cette maison en demi-niveau n’est pas des plus présentables : à l’arrière, l’entrée de service est barrée de planches, et les fenêtres, à l’ombre, sont bouchées avec des briques. À l’avant, deux entrées séparées conduisent dans les deux appartements de la maison. Le toit est équipé d’antennes satellites ; et les fenêtres, sur les trois murs où elles ne sont pas bouchées, sont équipées de cadres soit en bois, soit en PVC.

Avec un peu de chance, vous pourrez même rencontrer les habitants. Nous avons eu de la chance. Pourtant, ils nous ont bien prévenus : ils n’aiment pas beaucoup les visites surprises, et préfèrent donc garder l’anonymat.

Appartement 2

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Vue sur l’appartement n’°2 à l’étage de la maison. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR

A., homme de 53 ans, vit ici avec sa mère retraitée. Il explique que l’appartement a été attribué à ses parents, qui travaillaient tous deux à l’usine Elektroinstrument, dont le bâtiment, aujourd’hui à moitié en ruine, se situe tout près. « Mes parents se sont mariés en 1962 et je suis né en 1963. J’ai vécu toute ma vie ici, se souvient A. À un moment, la maison était rattachée à l’immeuble voisin, le n°13, et notre appartement portait donc le n°16. Le chauffage central est arrivé au tout début des années 1970 ; jusque-là, il y avait une grange dans la cour, et nous nous chauffions au poêle. »

Mais c’est comment, de vivre sous un toit datant du Moyen-Âge ? À en croire A., ce n’est pas rose tous les jours.

Le toit, justement, fuit. Mais, l’appartement ayant été privatisé, les propriétaires doivent se charger de le réparer eux-mêmes, sans pouvoir compter sur une quelconque aide de l’État.

Même chose pour la réparation des fenêtres. Et allez trouver des cadres en bois pour des dimensions aussi peu standard… Les résidents de la maison ont donc opté pour des cadres en PVC – ce qui leur a valu les foudres de la mairie.

Malgré tout, A. n’est pas prêt, pour le moment, à échanger sa maison médiévale contre un logement plus confortable : « La Ville nous a déjà proposé un appartement une pièce dans un immeuble neuf. Mais ici, nous avons quand même un grenier, plus une cave – ça fait beaucoup plus de surface habitable », précise-t-il.

Appartement 1

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Entrée du premier appartement de la maison. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR

On entend, à l’intérieur, des voix et des rires. C’est une femme un peu timide, vêtue d’une robe, qui m’ouvre la porte – mais juste derrière elle, je vois arriver un jeune homme, en jean et torse nu, visiblement éméché.

« Des journalistes ? Allez vous faire enc**** ! Barre-toi ! C’est toi qui as écrit des saloperies sur moi, connasse ? », lance-t-il, en guise de salut.

« Mais attends, ça va. C’est une femme, et elle va boire avec moi. Tu vas boire un coup, pas vrai ? C’est le week-end ! », tente de le calmer la jeune femme, en me prenant à témoin.

« Une femme, tu dis ? Bon, d’accord. Entre, concède le propriétaire, passant de la colère à la clémence. T’as des nibars, au moins ?, me demande-t-il. Tu veux voir comment on vit ? Eh bien, on vit très bien, il est où, le problème ? Ils nous parlent tous de nos toilettes. Elles sont très bien, nos toilettes ! »

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S., 40 ans, vit ici avec sa femme. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR

Et les sanitaires de cet appartement sont, effectivement, tout ce qu’il y a de plus normal. En fait, tout l’aménagement intérieur – papier peint, meubles, parquet – est si contemporain que l’on pourrait vite oublier qu’il s’agit d’une construction médiévale.

S., 40 ans, vit ici avec sa femme. Il est très fier de son appartement et n’a nulle intention de déménager : « C’est vrai, il y a des fuites dans le toit. Mais en même temps, nous avons presque une maison entière à nous, séparée. Tu peux t’asseoir sur le banc de la cour et fumer autant que tu veux. » Ce qui l’agace – manifestement –, c’est plutôt l’attention perpétuelle des touristes et des médias. Le 13A rue Krepostnaïa est en effet mentionné dans tous les guides touristiques de la ville sans exception, et, depuis quelques années, avec le développement des publications sur Internet, les touristes sont de plus en plus nombreux. Jusqu’au panneau informatif sur la maison, installé sur le mur par la Ville, qui a été volé.

Des siècles de Vyborg
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1293 – 1710 : la forteresse suédoise

La première mention écrite de Vyborg remonte à 1293 : Torgils Knutsson, marsk et régent de Suède, fonde alors une colonie dans l’isthme de Carélie, sur la petite île rocheuse de Volovy, rebaptisée par la suite Wiiborg, ou « forteresse sacrée». Knutsson y érige un fort, qui s’est conservé jusqu’à nos jours : il s’agit du plus ancien édifice de la ville.

Aux XIIIe et XIVe siècles, l’isthme de Carélie, du fait de sa situation sur la célèbre route commerciale « des Varègues aux Grecs », était un territoire convoité à la fois par la république de Novgorod et le royaume de Suède.

Les Novgorodiens ont tenté à plusieurs reprises de conquérir ces terres précieuses, mais n’y sont jamais parvenus.

En 1336, les archives évoquent pour la première fois Vyborg en tant que ville véritable : la colonie sur l’île ne suffit plus à loger tous les habitants de la forteresse, qui commencent à peupler la partie continentale de la baie de Vyborg.

En 1418, Vyborg achève la construction de sa cathédrale, qui sera tour à tour catholique, luthérienne et orthodoxe. De l’édifice originel ne se sont conservés que les murs et l’ancien clocher, aujourd’hui plus connu sous le nom de « tour de l’horloge ».

En 1495, Ivan III, grand-prince de Moscou, tente de prendre la ville. Son armée assiège Vyborg durant dix semaines – mais en vain.

En 1703, Pierre Ier fonde Saint-Pétersbourg et décide, afin de garantir la sécurité de la nouvelle capitale impériale, de conquérir Vyborg et tout l’isthme de Carélie. Au printemps 1710, face à
l’assaut de forces terrestres et d’une flotte de 250 voiliers, la garnison suédoise de Vyborg finit par se rendre. La ville suédoise intègre l’Empire russe.

1710 – 1917 : l’Empire russe

Au XVIIIe siècle, Vyborg devient, pour la Russie, un port de commerce avec l’Angleterre et la Hollande.

À l’issue de la guerre russo-suédoise de 1808-1809, la Finlande rejoint l’Empire russe en tant que principauté, dotée de sa propre Constitution. En 1811, Vyborg et les territoires alentour sont rattachés administrativement à cette Grande-principauté de Finlande.

En 1840, la population de Vyborg est composée de Russes ethniques pour moitié (6 182 sur 12 144 citadins).

En 1870, Vyborg est reliée à la nouvelle ligne de chemin de fer qui va de Saint-Pétersbourg à Helsinki.

En 1910, Vyborg recense 50 000 habitants, dont 81 % de Finnois, 10 % de Suédois, 6,5 % de Russes, et 0,7 % d’Allemands. Il s’agit alors de la deuxième ville la plus peuplée de Finlande.

En 1917, Vyborg sert un temps de cachette à Vladimir Lénine.

1917 – 1945 : la Finlande indépendante

Le 18 (31) décembre 1917, la Finlande proclame son indépendance. Les organisations soviétiques quittent la ville à la hâte. Le finlandais devient la langue officielle de Vyborg et la ville accueille massivement de nouveaux habitants finnophones, tandis que les populations russophone, germanophone et suédophone se réduisent.

Depuis 1944 : Vyborg soviétique et russe

La guerre russo-finlandaise, déclenchée en novembre 1939, s’achève par le Traité de paix de Moscou de 1940, qui attribue à l’URSS une grande partie de la province finlandaise de Vyborg, notamment la ville elle-même et tout l’isthme de Carélie. La ville est alors activement peuplée par de nouveaux arrivants soviétiques, tandis que la population finlandaise est évacuée vers la Finlande. À l’été 1941, toutefois, l’armée finlandaise reprend Vyborg et l’isthme de Carélie. L’armée soviétique ne reconquiert ces territoires qu’en été 1944, Vyborg revenant alors dans le giron de la Russie. Les trois couronnes de Suède, qui ornent les armoiries suédoises, figurent jusqu’à présent sur l’emblème de la ville.

Rusina Shikhatova

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