Le Courrier de Russie

L’Atlantide du Nord russe, ou comment montrer aux Russes qu’ils habitent un pays magnifique

Crédits : http://atlantidafilm.ru

Région à l’héritage culturel et historique unique, le Nord de la Russie européenne se sent aujourd’hui abandonné. Ses habitants luttent pour leur survie tout en tentant de reconstruire un patrimoine qui tombe en ruines. Avec L’Atlantide du Nord russe, premier film réalisé entièrement grâce au financement participatif en Russie, la réalisatrice Sofia Gorlenko et le scénariste Gleb Kouznetsov dressent le portrait d’une région qui n’a pas dit son dernier mot.

La bande-annonce du film sous-titrée en anglais :

Le Courrier de Russie : D’où vous est venue l’idée de filmer le Nord russe ?

Gleb Kouznetsov : Elle nous vient de notre passion pour la rénovation des vieilles églises de village, près d’Arkhangelsk et de Vologda. Ces régions comptent près d’un millier de localités et une centaine d’églises abandonnées. Via une fondation de bienfaisance, nous récoltons depuis cinq ans de l’argent afin de financer nos voyages dans cette partie de la Russie et aider les habitants à reconstruire leur patrimoine.

Sofia Gorlenko : Lors de ces expéditions, nous sommes en contact permanent avec les locaux. Peu de gens s’intéressent à eux, alors qu’ils tentent tous les jours de préserver leurs traditions et le lieu où ils vivent. Nous avons donc voulu leur donner la parole. Pour le film, nous avons visité une dizaine de villages, dont Krasnaïa Gorka, Podporojie, Lyadiny, Pinguicha (Pogost, sur la carte) et Seltso. Les plus grands de ces villages comptent jusqu’à une centaine d’habitants, alors que les plus petits n’en recensent qu’une dizaine.

LCDR : Pourquoi ce titre, L’Atlantide du Nord russe ?

S.G. : L’Atlantide est un endroit merveilleux, entre réel et imaginaire, peut-être perdu à jamais. Dans ce film, nous avons voulu créer la même image : celle d’un endroit féerique qui existe quelque part, dans l’imaginaire des gens, mais que tu ne peux pas vraiment pointer sur une carte.

G.K. : C’est d’ailleurs pour cette raison que nous n’avons pas donné d’indication géographique, ni identifié aucun des intervenants. Nous voulions dépeindre un endroit inaccessible, où l’on ne peut pas vraiment aller simplement en achetant un billet d’avion ou de train.

Le but du film est aussi d’éveiller la curiosité du spectateur, pour qu’il fasse lui-même des recherches par la suite. Nous ne voulions pas mâcher le travail : il s’agit de pousser les gens à penser de façon autonome.

LCDR : Pourquoi avoir fait appel au financement participatif ?

S.G. : Il s’agit de notre premier film, et nous aurions eu un mal fou à trouver des fonds auprès du ministère russe de la culture ou d’autres organismes de financement, car nous n’avions rien pour prouver notre sérieux. De fait, le crowdfunding s’est imposé comme la seule façon de financer notre projet, […]