Tiksi. Crédits: Galina Mozolevskaïa / ysia.ru

Tiksi : une ville dans le désert arctique

Maria Sentchoukova, journaliste brillante, a quitté un jour sa Moscou natale pour Iakoutsk. La jeune femme est rentrée dans les ordres pour devenir sœur Evguenia et exerce jusqu’à présent les fonctions d’attachée de presse de l’évêché local. En octobre dernier, elle s’est rendue avec deux évêques à Tiksi, une commune urbaine de 4 600 habitants située à seulement 1 500 km du pôle Nord, au bord de la mer des Laptev. Le mauvais temps les empêchant de repartir à la date prévue, sœur Evguenia a dû passer une semaine au beau milieu du désert arctique, en attendant que le ciel se dégage et que l’avion puisse enfin décoller. Elle revient sur son séjour dans ce lieu magique pour le site Pravmir.ru. Un témoignage passionnant sur la vie en Arctique russe. 

Le reportage photo a été réalisé par Galina Mozolevskaïa, journaliste vivant à Iakoutsk et travaillant pour le portail local d’actualités Ysia.ru. En 2013, elle a remporté le premier prix du ministère de la nature de Iakoutie pour ses reportages sur la protection de l’environnement avant de décrocher, début 2014, « La Plume d’Or » – la plus haute récompense accordée aux journalistes de la région.

Lundi 20 octobre

Nos valises sont faites. Pendant le petit déjeuner, un représentant des autorités locales passe à la cantine. En partant, il nous dit : « Que l’Ange vous accompagne sur la route ! Quoique… vous ne partirez pas aujourd’hui ! » Nos cuillères pleines de riz s’arrêtent à mi-chemin de nos bouches. « C’est gentil de sa part de nous prévenir », remarque le père Ioann. Je me dis que ce ne serait pas si grave de passer encore quelques jours ici : j’ai mes médicaments et ma brosse à dents. Certes, il n’y a pas de lave-linge, et je déteste faire ma lessive à la main, mais le travail manuel élève l’âme, comme on dit… Les pères Roman et Nikandr, en revanche, ont l’air préoccupé. Ils devaient être dès demain à Moscou pour accompagner un groupe de pèlerins !

Je ne prends pas encore au sérieux l’avertissement du représentant des autorités. Il y a quelques heures seulement, un avion a décollé pour Irkoutsk. Et Iakoutsk est beaucoup plus proche d’ici, me dis-je naïvement. Je n’ai pas pris en compte le fait que l’avion qui vient de partir est militaire, c’est un équipement qui ne craint pas les grands froids, alors que l’avion civil que nous devons prendre est tout petit. Le vent peut l’emporter facilement, et la route est glissante…

Quelques heures plus tard, nous attendons le taxi qui doit nous amener à l’aéroport, le métropolite Ioann vient nous voir et déclare : « Vous avez entendu la nouvelle ? On ne prendra pas l’avion aujourd’hui » Je suis, malgré tout, un peu surprise.

Je dois préciser que deux jours auparavant, j’avais commencé d’interviewer le métropolite. Et là, je n’ai rien trouvé de plus intelligent à lui dire que : « Parfait, peut-être pouvons-nous revenir à notre interview, dans ce cas ? » Décidément, ce jour-là, le sentiment de tact m’avait abandonnée ! « Attendez un peu, ma sœur, m’a-t-il répondu. Je dois d’abord me réconcilier avec l’idée que nous ne partons pas aujourd’hui… »

Mardi 21 octobre

Nous ne prenons pas l’avion aujourd’hui non plus. Nous restons dans l’église toute la journée à discuter. Les gens qui vivent ici, dans le Nord polaire, sont de véritables héros. Cet été, j’ai rédigé un reportage sur le village de Depoutatskoïe, qui se trouve aussi en Arctique, mais loin de l’océan. On m’a appris plus tard que les habitants n’avaient pas apprécié mon article : « À lire son texte, on dirait qu’ici, nous ne vivons pas mais essayons en permanence de survivre ! », ont-ils dit.

Mais que faire, puisque c’est vrai ! Les gens ici vivent dans des conditions totalement inadaptées, et ils arrivent encore à s’en réjouir !

Je raconte aux habitants de Tiksi mes pérégrinations à Depoutatskoïe. « Imaginez un peu, leur dis-je, ils ont eu deux pannes à la centrale électrique l’année dernière ! Pendant six mois, ils n’ont pas eu d’accès permanent à l’électricité. » Les habitants de Tiksi prennent mes exclamations avec un léger étonnement. « Mère, savez-vous que, depuis 2004, nous avions tous les ans des pannes à la centrale ?, m’expliquent-ils. Nous utilisons des radiateurs, mais ils provoquaient constamment des coupures. Et quand vous n’avez pas d’électricité pendant une demi-heure, la température dans les appartements tombe à trois degrés. Nous devions enfiler des manteaux et des bonnets en attendant que le courant revienne… » « Est-ce que ça continue ?! […]

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Inna Doulkina

Dernières nouvelles de la Russie

Culture

Arythmie : à voir pendant la Semaine du cinéma russe à Paris

La Semaine du cinéma russe vient d’ouvrir à Paris. Si vous n’aviez qu’un film à voir, optez pour Arythmie. Le réalisateur, Boris Khlebnikov, a réussi à faire un film dont les Russes parlent dans les cafés et aux arrêts de bus, qui les fait applaudir à l’issue de la séance et quitter la salle en pleurant. Arythmie est un film fidèle, juste et tendre sur la Russie d’aujourd’hui et ceux qui l’habitent. Un film dans lequel les Russes se reconnaissent et se disent : « Ça parle de nous ! » Au centre du récit : un jeune ambulancier. Tous les jours, Oleg va secourir chez elles des personnes ayant composé le 103. Ce numéro qu’en Russie, on appelle quand on a soudain mal, que l’on subit un traumatisme, une douleur aïgue – quand on a besoin d’aide ici et maintenant. Alors, une équipe d’ambulanciers vient chez vous, vous fournit les premiers secours et vous emmène à l’hôpital si besoin. Ce système de « Secours rapide » (Skoraïa Pomoch) a été créé en URSS en 1926. Sauf qu’il subit depuis quelques années des coupes budgétaires drastiques, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

9 novembre 2017
Opinions

Que reste-t-il de 1917 ?

Le centenaire de la révolution, en Russie, est tout sauf une grande fête. Certes, quelques indécrottables communistes défileront en brandissant des portraits de Lénine dans des rues portant son nom – chaque ville et village de Russie en comptant au moins une. Mais c’est tout. Le temps des parades et des festivités collectives est révolu. Voici douze ans déjà que le 7 novembre, jour anniversaire de la révolution, n’est plus férié en Russie. Le pouvoir semble tout faire pour zapper la date, passer au-dessus le plus vite possible – et tourner la page. Et c’est vrai que la date est gênante. Et qu’aujourd’hui, dans les hautes sphères, on ne sait trop qu’en faire. Même le plus grand musée russe, la galerie Tretiakov, a préféré s’abstenir de formuler une lecture claire de la révolution. L’exposition consacrée au centenaire de l’événement frappe par son absence de tranchant. La galerie s’est contentée d’aligner des œuvres peintes en 1917 par des artistes de différents mouvements – images de vie très éloignées des bouleversements historiques. Tout dernier instant de calme avant la tempête. Intéressant à observer mais n’offrant aucune clé pour la compréhension : que s’est-il vraiment passé en Russie en 1917 ? La révolution, en définitive, a-t-elle apporté plus de bien ou de mal au peuple russe ? A-t-elle été, pour l’humanité, un fléau ou une providence ? Que reste-t-il à retenir de cet événement décisif de l’histoire mondiale ? Faut-il le regretter ou saluer son avènement ? Toutes questions qui demeurent sans réponse pour les Russes aujourd’hui. Dans les sondages, seuls 11% d’entre eux déclarent considérer la révolution de 1917 de façon positive. 25% la qualifient d’injustifiable, et 57% n’ont pas d’avis définitif sur la question. Le pouvoir se garde bien, lui aussi, d’interpréter de façon précise les événements d’Octobre. Certes, l’événement est trop massif, trop important, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

7 novembre 2017
Culture

« Notre mission est la promotion de la littérature russe à l’étranger »

Depuis cinq ans déjà, la Russie soutient activement la traduction des auteurs russes en langues étrangères. Plus de 40 romans, nouvelles et essais ont déjà été publiés en français avec le concours de l’Institut de la traduction, basé à Moscou. Son directeur, Evgueni Reznitchenko, explique au Courrier de Russie comment l’institut sélectionne les projets qu’il soutient, et en quoi publier un jeune auteur peut être plus intéressant pour une maison d’édition qu’un grand nom. Le Courrier de Russie : Sur quoi travaille l’Institut de la traduction ? Evgueni Reznitchenko : Notre mission première est la promotion de la littérature russe contemporaine à l’étranger. Si nos classiques sont assez largement traduits, les auteurs actuels restent souvent méconnus dans les autres pays – et nous œuvrons à y remédier. Notamment en organisant, partout dans le monde, des manifestations visant à faire connaître la littérature russe contemporaine, mais aussi en soutenant des traducteurs et des éditeurs étrangers qui publient des auteurs russes. LCDR : L’Union soviétique avait un important programme de soutien aux traducteurs. Peut-on dire que vous vous inscrivez dans la même lignée ? E.R. : Oui et non. À l’époque soviétique, l’État embauchait des traducteurs étrangers, les faisait venir et travailler en URSS, puis publiait les ouvrages traduits et les envoyait de par le monde, aux sièges des partis communistes, qui devaient se charger de les distribuer. Mais en réalité, on ne sait pas ce qu’il est advenu de la plupart de ces milliers de livres. Aujourd’hui, nous travaillons tout à fait différemment : la Russie conclut avec des éditions étrangères des partenariats afin de mener des projets communs. Et chacun met la main à la pâte : nous finançons la traduction, et l’éditeur se charge d’assurer la publication et la promotion. Nous ne sommes plus la seule partie intéressée, comme autrefois. Dans la répartition des tâches actuelle, tous s’investissent, et chacun sort gagnant. LCDR : Comment sélectionnez-vous les projets à soutenir ? E.R. : Chaque année, entre le 1er octobre et le 31 décembre, des éditeurs du monde entier nous soumettent leurs intentions de publier des œuvres d’auteurs russes. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

31 octobre 2017