Le Courrier de Russie

Voyage en Crimée

Le plus grand bonheur, à l’arrivée du printemps à Moscou, c’est de prendre l’autoroute « Don » en direction du Sud.

Premier arrêt : Venev.

Venev et son unique clocher. Une de ces villes de la province de Toula aussi ravissantes qu’éternellement abandonnées des touristes et où, en arrivant, vous regretterez qu’elles n’aient pas encore été touchées par la main du restaurateur mais, n’en sachant que trop sur cette main, vous vous réjouirez à la fois secrètement que celle-ci soit encore loin. À côté, il y aura le monastère du même nom, où je me rends toujours sur la tombe de cette vieille femme, inconnue de moi mais très honorée localement. J’aime son visage austère.

Arrêt suivant : Bogoroditsk.

Cette ville pratiquement effacée par la guerre, où l’on ne distingue, de son passé pré-soviétique, que la planification classique des villes de province de l’époque de Catherine II. Mais quand vous aurez passé tous les bars à bières, magasins de téléphonie mobile, supermarchés, monts-de-piété et agences de microcrédit, tous les feux rouges et tous les immeubles d’après-guerre – si pitoyables et à la fois si familiers –, vous arriverez dans le domaine Bobrinski. Et là : le parc, le château, le musée et l’église, et toute cette beauté semi-désertique sur l’autre rive de l’étang ; vous vous tenez au pied de la maison du comte et, au loin, vous découvrez une vue de carte postale avec les eaux tranquilles, et plus loin encore, celle sur la ville contemporaine, avec chansons de taulards et binouze. Et ce qui est si bon, ici, c’est que l’une ne gêne pas l’autre.

Et ensuite : Ielets.

C’est peut-être ma préférée des grandes villes russes de province. Pourquoi Ielets est-elle un paradis ? Je ne saurais l’expliquer, mais tous ceux qui y ont été le confirmeront. À Ielets, il faut errer longuement et sans but, pénétrer dans l’immense cathédrale et dans la petite église grand-ducale, aller jusqu’à l’ancien gymnase, […]