Le Courrier de Russie

Ode à Kalouga

Aleksandr Prokhanov, journaliste et écrivain russe, a écrit deux textes à la gloire de la ville et de la région de Kalouga. Extraits.

Triste sort des petites villes russes. Loin des chemins de fer et des centres industriels, elles projettent, comme des petits bouts de chandelle, une toute petite lueur. Dans les premières, brûle encore une toute petite mèche, dans les secondes, vacillent les dernières étincelles et les troisièmes se sont éteintes à jamais avec leurs maisons pelées, affaissées sur le côté, leur peuple redevenu sauvage avec des yeux creux, vides de chagrin. Fut un temps où dans ces petites villes la vie bouillonnait, où des marchands célèbres dans toute la Russie travaillaient, où naissaient des Leskov, des Bounine et où les noms des martyrs et des saints rayonnaient. La tristesse et l’oubli y règnent désormais. Ces petites villes, comme les petites sources depuis lesquelles coulent des ruisseaux, rejoignaient les puissants fleuves de la vie russe. Désormais les ruisseaux sont recouverts de vase et remplis de déchets.

Beauté lyrique

Les petites maisons à un étage d’apparence rustique sont toutes soignées, revêtues de planches, avec des barrières bien droites, décorées avec joie. La rue le long de laquelle je roule s’appelle rue de la Paix et elle s’est appelée un temps rue Staline, et avant cela rue Trostky, et encore avant – tout au début – rue de l’Élévation de la croix. Parce qu’elle mène au cimetière de la ville, où se tenait le temple de l’Élévation.

Ici, dans les chemins vicinaux de Kalouga, je rencontre une fois, en soirée, un adolescent solitaire marchant sur le bas-côté. Il a dans ses mains une fleur dorée de tournesol. […]