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Fedoskino

Fedoskino : une fable laquée

Le village de Fedoskino, dans la région de Moscou, est célèbre depuis longtemps pour ses coffrets ornés de peintures laquées. Le Courrier de Russie s’est rendu dans les ateliers de Fedoskino s’enquérir du présent de cet art traditionnel.

Fedoskino
Une artiste en train de peindre une miniature de Fedoskino. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR

Rouge vif à l’intérieur et noir à l’extérieur, les coffrets du village de Fedoskino, dans la région de Moscou, sont ornés de scènes pittoresques, peintes avec une grande maîtrise. Les tableaux de fêtes russes traditionnelles et les paysages, les troïkas attelées et les oiseaux de feu tout droit sortis des contes luisent et scintillent comme s’ils étaient vivants.

Si au XIXe siècle, quand le métier est né, les artisans de Fedoskino fabriquaient des objets certes chers, mais des indispensables du quotidien – coffrets et tabatières –, l’artisanat a aujourd’hui perdu tout caractère utilitaire. Les coffrets de Fedoskino sont devenus avant tout un objet de décoration de luxe, que ses acquéreurs conservent dans des lieux bien visibles.

Papier mâché à la russe

Fedoskino
Miniature de Fedoskino. Crédits : LCDR

L’histoire de cet artisanat débute en 1795, quand le marchand Piotr Korobov achète le village de Fedoskino, à 40 kilomètres au nord de Moscou, pour y ouvrir une manufacture de visières laquées destinées aux casquettes d’officiers.

Trois ans plus tard, Korobov visite la manufacture de Johann Stobwasser, à Brunswick, en Allemagne, pour y apprendre la technique de fabrication d’objets en papier mâché. À son retour, il met en place dans ses ateliers une production de tabatières pour tabac à priser, très populaires à l’époque – ornées de peintures à l’huile et laquées.

Aujourd’hui, sur fond du paysage rural de Fedoskino, se dresse un imposant bâtiment de cinq étages : il abrite l’usine de miniatures laquées où l’on continue aujourd’hui, comme il y a deux siècles, de produire des coffrets de papier mâché. Le processus de fabrication, pour chaque pièce, comporte 13 étapes techniques et prend minimum six mois. L’usine emploie 52 peintres, dont la majorité préfèrent toutefois travailler de chez eux.

Le grand secret du dessin de Fedoskino réside dans l’apprêt, sur une base d’aluminium ou de bronze, et les inserts de nacre et d’or : ce sont eux qui procurent aux coffrets cette si extraordinaire lumière.

« D’abord, on dessine sur le coffret au crayon à papier, puis l’on applique sur ce dessin les grandes taches de couleur, à la peinture à l’huile. Ensuite, couche par couche, on ajoute les détails, des plus gros aux plus petits », explique Irina Dyakova, peintre et guide de la fabrique.

Une fois prêt, le coffret doit être soumis à l’approbation du conseil artistique du lieu : trois peintres émérites de la fabrique se chargent de juger ce labeur de tout un mois – et décident si le travail de l’artisan mérite ou non d’être présenté au public. Et seuls les coffrets dûment approuvés sont envoyés à la dernière étape de la production : l’atelier, où ils sont recouverts de laque, séchés et polis.

Fedoskino
Première étape : boîtes en papier mâché. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR
Fedoskino
Polissage des futures boîtes. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR
Fedoskino
Boîtes prêtes au vernissage. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR
Fedoskino
Peintre travaillant sur une reproduction miniature de Fedoskino. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR
Fedoskino
Artiste vérifiant le travail de peinture. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR

La lutte pour l’export

« Les premiers artisans de Fedoskino produisaient jusqu’à 60 000 tabatières par an et, à l’époque soviétique, jusqu’à 100 ou 120 000 pièces, qui étaient d’ailleurs achetées à 90 % par des étrangers. Mais aujourd’hui, la production de la fabrique de Fedoskino est catastrophiquement basse : pas plus de 2 000 pièces par an », précise Irina Dyakova avec un regret manifeste.

Grâce aux efforts du ministère soviétique du commerce extérieur, poursuit-elle, les coffrets de Fedoskino se vendaient alors dans de nombreux pays du monde ; mais les ventes à l’étranger ont cessé avec l’effondrement de l’URSS.

Aujourd’hui, la fabrique, qui est une entreprise d’État, subsiste principalement grâce aux commandes gouvernementales, et l’un des principaux acheteurs est le fonds destiné aux présents du président russe. Les sujets les plus demandés sont les paysages et l’architecture russes : vues du Kremlin, couvent de Novodevitchi, Ouglitch et Souzdal, peints à l’huile à la manière classique, comme autrefois.

Fedoskino boîtes
Différentes miniatures de Fedoskino. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR

Dans la boutique de la fabrique, les plus petits coffrets coûtent 7 000 roubles (120 euros), les plus gros se vendent entre 20 et 60 000 (de 330 à 990 euros), certaines pièces dépassant les 100 000 roubles (1 650 euros) – et c’est loin d’être une limite. Les boyards contemporains sont prêts à dépenser bien plus, et les artisans, sur commande, sont capables de représenter absolument tous les sujets – jusqu’au portrait de Poutine, s’il le faut. Et ce n’est pas une plaisanterie.

« Ces commandes sont très importantes pour nous, avoue Elena Moïsseeva, peintre en chef de la fabrique de Fedoskino. Rendez-vous compte : tous les gens d’ici travaillent pour l’artisanat de Fedoskino ou y sont liés d’une manière ou d’une autre. »

Nouvelle manière

Fedoskino
Oeuvre de Nadejda Strelkina à Fedoskino. Crédits : Rusina Shikhatova/LCDR

La fabrique emploie effectivement 80 des 200 et quelques habitants du village de Fedoskino : la technique, complexe, nécessite à chaque étape un travail à la main. Toutefois, quelques dizaines d’artisans préfèrent travailler de façon indépendante, et vendre leur production dans les magasins de souvenirs de l’Arbat, à Moscou, ou par le biais de boutiques en ligne.

Nadejda Strelkina est l’une de ces artisans freelance. Sa galerie privée est installée dans une petite maison, au fin fond du village. Cette peintre a renoncé non seulement aux sujets traditionnels de Fedoskino, mais même à l’ornement de coffrets : elle dessine des anges et des fées dans le style fantasy et gagne sa vie en vendant les droits de reproduction. « En 1995, la gérante d’une chaîne américaine de magasins de souvenirs est tombée sur des photographies de son travail dans un catalogue des peintres de Fedoskino. Et elle a souhaité utiliser ses dessins pour décorer des vases, des tasses, des calendriers… », raconte avec fierté le fils de la peintre, Konstantin Strelkine, qui dirige la galerie.

Au Canada et aux États-Unis, les travaux de Nadejda Strelkina se vendent sur des cartes postales ; au Japon, ils ornent des robes ; en Pologne et en Allemagne, des puzzles. Et grâce à ces variations contemporaines, de plus en plus de gens dans le monde découvrent l’artisanat traditionnel des peintres de Fedoskino – et pour ça, tous les moyens sont bons.

L’atelier de miniatures de Fedoskino et sa boutique

Adresse : région de Moscou, arrondissement de
Mytichtchi, village de Fedoskino.

Horaires d’ouverture : en semaine de 9h à 17h, le week-end de 10h à 16h ; sans interruption.
Visites sur réservation : +7 495 577 99 55

Comment s’y rendre ?
Le village de Fedoskino se situe à 39 km au nord de Moscou. À la gare moscovite de Savelovski, prendre un train de banlieue pour Lobnya (82 roubles, 30 minutes de trajet). À Lobnya, prendre le bus 42, direction Fedoskino (62 roubles, 25 min de trajet).

Rusina Shikhatova

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3 novembre 2017
  1. Je suis étonnée et désolée d’apprendre qu’ ” aujourd’hui, la production de la fabrique de Fedoskino est catastrophiquement basse : pas plus de 2 000 pièces par an ” et que ” la fabrique, qui est une entreprise d’État, subsiste principalement grâce aux commandes gouvernementales”,

    Je suis tombée amoureuse il y a quelque 5 ans des boites en laque russe et surtout de celles provenant de Fedoskino que je collectionne depuis lors .
    Cet art de la miniature qui aborde toutes les dimensions de la vie du peuple russe – ses contes , son histoire , ses héros , ses paysages , ses arts et sa littérature – reste pour moi le plus beau révélateur de l’ame Russe et j’attends de pouvoir me rendre en Russie pour visiter ces lieux de création .

    Ce que je ne comprends pas par contre c’est cette chute de la demande de ces boites . N’est -t-elle pas due à une politique commerciale négligée ?

    J’habite Paris et à part une ou 2 boutiques vendant ces laques à des prix prohibitifs je ne vois pas comment me les procurer .

    Alors je fréquente les brocantes et marchés aux puces où l’on trouve des laques venant de partout et d’autres temps mais presque jamais des laques russes si convoitées .

    Merci à ces merveilleux miniaturistes qui nous fabriquent des objets si beaux et qu’ils se méfient : j’ai vu comment la verrerie de Venise négligée par ses artisans vénitiens a été reprise et recréée par les chinois qui vendent à tout-va des bijoux et lampadaires en verre ”vénitiens” et les profits semblent au rendez-vous puisqu’ils continuent .

    MERCI et JOYEUSE PAQUES .

    domremy

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