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Ruines de lignée. Un week-end de travaux bénévoles. Crédits : Marie de La Ville Baugé

Ruines de lignée

Boris Netchaeff, citoyen français et petit-fils d’un Russe blanc émigré, est retourné en Russie avec sa femme et ses enfants pour participer à la restauration de son domaine familial. Galina Dudina, journaliste pour la revue Ogoniok, s’est rendue dans la région d’Orel à l’occasion d’un week-end de travaux bénévoles qui marquait le lancement de la transformation de ce sanatorium abandonné en site touristique reconnu.

« Le printemps 1915 a été particulièrement bon », écrit dans ses mémoires Konstantin Veriguine, parfumeur pour la maison Chanel qui, avant la révolution, résidait dans la propriété de ses cousins, les Netchaev, dans le village de Pervy Voïne, entre Orel et Mtsensk.

« Une grande maison au style Empire sévère nous domine, poursuit Veriguine. Il suffit d’en franchir le seuil et de respirer l’odeur de l’escalier en chêne pour être envahi de souvenirs. Je sais que la porte va s’ouvrir sur le premier salon de thé ; qu’à gauche, se trouvera un grand cabinet, et, à droite, la salle à manger, le salon et les chambres. L’arrière de la maison donne sur le parc… Andreï, Boris et moi – les trois aînés – avons été installés avec le précepteur dans une petite annexe au milieu du parc… »

Qui aurait pensé que, bientôt, la guerre et la révolution viendraient tout bouleverser ? Je parcours les couloirs de la propriété en compagnie de Boris, petit-fils et homonyme de celui que mentionnait le parfumeur de Chanel. Le sol est jonché de feuilles mortes, de débris et de papiers jaunis. La maison est un vrai frigo, mais Boris a enlevé sa veste et donne les consignes pour cette journée de bénévolat : le week-end, il réunit des amis pour leur montrer le domaine et le nettoyer. Les invités (parmi lesquels des membres de l’ancienne noblesse russe et des représentants de grandes entreprises) sont équipés de gants et de balais. Une épaisse poussière flotte dans l’air et, de la rue, provient une odeur de bois brûlé.

L’ancien salon est transformé en salle de spectacle, dotée d’une estrade du genre de celles que l’on trouve encore dans les cantines scolaires. « Papa, regarde ! » : Zinaïda, la fille de six ans de Boris et de son épouse Camille, française elle aussi, a trouvé par terre, au milieu d’un tas de fiches médicales, un cahier relié en toile. Il répertorie les séances de cinéma de l’année 1985 : on diffusait des films aux patients tuberculeux du sanatorium, intégré au domaine après la révolution, et fermé en 2009. Zinaïda parle couramment le russe. Dmitri, son grand frère de huit ans, fait le ménage avec les adultes, tandis que Kot (Konstantin), leur petit frère de trois ans, se tient tranquillement à l’écart des trous qui parsèment le plancher.

Telle aurait probablement pu être la suite de La Cerisaie – les descendants du héros retournent dans la maison et retrouvent la vieille armoire. La chapelle du domaine a disparu, la maison est à moitié détruite, les escaliers et le plancher s’effondrent, les portes affichent des panneaux annonçant : « Les bains fonctionnent » et « Salle de soins ». […]

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Traduit par Maïlis Destrée

Dernières nouvelles de la Russie

Société

La face cachée du rêve moscovite

Moscou, ses rues arides et poussiéreuses l’été, enneigées et glaciales l’hiver… Comme toutes les mégalopoles du monde, la capitale russe a ses marginaux, ses laissés pour compte, ses sans-abris. Selon les chiffres officiels, ils seraient près de 30 000. Trois fois plus selon les ONG. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Reportage du site Coda.En ce jeudi soir de la fin-mars, Katia arrive à l’avance sur le parking de la gare de Iaroslavl, à Moscou. À 20 heures, des bénévoles y distribueront repas chauds et médicaments. Katia a 28 ans, comme son mari Vitali. Ils sont sans-abris. Venus d’Ukraine pour travailler il y a trois ans, ils se sont fait arnaquer par leur « employeur », qui a disparu avec leurs papiers. Pendant quelque temps, le couple a vivoté en vendant du bric-à-brac dans les passages souterrains de la capitale. Avec leurs maigres gains, ils ont pu acheter une tente, des oreillers et une couverture.« Nous nous sommes installés à Zavety Ilitcha, [à une vingtaine de kilomètres de Moscou, ndlr], explique Katia. Tous les soirs, nous rentrons par le dernier train pour éviter les contrôleurs. Le matin, nous faisons le trajet inverse. À la gare, nous demandons à des gens de nous acheter du thé et à manger. Le samedi, un habitant de Zavety Ilitcha nous laisse utiliser sa salle de bains. »« Les SDF de Moscou sont majoritairement des hommes de 35 à 45 ans qui viennent de régions très touchées par le chômage. Poussés par la crise, la plupart ont laissé famille et logement dans l’espoir d’une vie meilleure. »Se nourrir, se chauffer et rester propre sont des casse-tête quotidiens pour les 29 000 sans-abris que compte officiellement Moscou (les ONG évoquent le chiffre de 100 000). Ces marginaux ont fait éphémèrement la Une des journaux, l’été dernier, lorsque l’association pétersbourgeoise Notchlejka (« Asile de nuit »), qui aide les SDF depuis vingt ans, a annoncé vouloir ouvrir une laverie gratuite dans le nord de la capitale. Les habitants du quartier ont manifesté pendant près de deux mois contre le projet, qui a finalement été abandonné.En quête d’une vie meilleure…Chaque soir, entre 60 et 70 personnes – des hommes pour la plupart – viennent profiter des repas servis derrière la gare de Iaroslavl. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

5 avril 2019
Société

L’avenue Koutouzov :
Le ghetto des riches de Moscou

De l’URSS à la Russie moderne, l’avenue Koutouzov a abrité les élites politiques et économiques. Aujourd’hui, le « quartier-dortoir le plus cher de Moscou » peine toutefois à se développer. Reportage de David Kramer pour le site Moskvich Mag.En 1918, les autorités soviétiques transfèrent la capitale russe de Saint-Pétersbourg à Moscou et décident de doter la ville d’une entrée-ouest digne de ce nom. Une route est alors construite, au milieu d’un quartier délabré qui va progressivement se transformer en « porte occidentale de Moscou ». Avant la Seconde Guerre mondiale, d’immenses immeubles staliniens y sont construits et, en 1957, l’avenue de 8,3 kilomètres est baptisée en l’honneur du général vainqueur de Napoléon.Politburo, sugar daddies et prostituéesC’est au n° 26 de l’avenue qu’ont vécu Leonid Brejnev, Iouri Andropov, Mikhaïl Souslov et d’autres membres du bureau politique du Parti communiste. Le musicien et réalisateur Alexandre Lipnitski, autre illustre locataire de l’immeuble, se souvient : « À la fin des années 1960, ma mère s’est remariée avec Victor Soukhodrev, interprète au ministère de l’Intérieur et au Politburo. En 1979, elle a emménagé au fameux n° 26. L’immeuble était baptisé le sandwich parce qu’un des étages du milieu était occupé par Brejnev, et les étages inférieurs et supérieurs par ses principaux alliés. Je n’ai jamais rencontré personne dans la cour. »Rolls-Royce Motor Cars sur l’avenue Koutouzov. Crédit : Rolls-RoycecarsÀ ce propos, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

22 mars 2019
Société

Du danger d’appeler M. Poutine à l’aide

En décembre dernier, Tassia Pertchikova, adolescente de douze ans vivant dans un petit village à six cents kilomètres de Moscou, a écrit à Vladimir Poutine pour se plaindre de la pauvreté dans laquelle elle vit avec sa mère. Publiée sur internet, sa lettre a provoqué un élan de solidarité de la part des Russes… suivi d’une vague de colère et de jalousie dans le village.Dans la lettre, envoyée sur le site officiel du Kremlin, Tassia regrette que la fermeture de l’unique école de son village, Tomsino, situé dans la région de Pskov, à l’ouest de Moscou, l’oblige à parcourir chaque jour les trente kilomètres qui la séparent du village voisin. Elle ajoute que sa mère, aide-soignante, touche à peine 12 000 roubles (165 euros) par mois.« J’aime beaucoup ma maman et je vois à quel point c’est difficile pour elle. Lorsqu’elle est de garde et que je suis à l’école, il n’y a personne à la maison pour nourrir les animaux. Nous avons des chèvres, des poules et une vache, Caramel », écrit Tassia, qui demande au chef de l’État un micro-tracteur, pour que sa mère « doive moins bêcher la terre après avoir travaillé jusqu’à l’épuisement à l’hôpital ».Au total, la famille a reçu 90 000 roubles (1 235 euros) de dons, dont elle s’est servie pour acheter du matériel agricole, des manuels scolaires, des vêtements et des médicaments.Vladimir Poutine n’a pas répondu à l’adolescente. Le 10 janvier, Tassia et sa maman ont reçu une lettre du comité régional pour la protection sociale les informant que toute aide était « impossible ». […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

21 mars 2019

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