Mouromtsevo : un château de la Loire au fin fond de la Russie

« Si tu vas dans la région de Vladimir, passe par Mouromtsevo ! Tu y trouveras les ruines d’un vrai château à la française, perdues en pleine campagne... » m’avait prévenu un ami russe passionné d’architecture.Au bout de cinq heures de route depuis Moscou, nous apercevons enfin les cheminées fumantes des isbas du village. Sur la droite, un chemin chaotique et enneigé s’enfonce dans la forêt. Au bout, au milieu des arbres nus, se dresse finalement la silhouette d’un château abandonné, d’aspect médiéval avec ses tours et ses ornements gothiques. L’édifice est frappant de majesté, malgré son état de délabrement avancé.Un groupe de jeunes gens du coin, qui semble tuer le temps au milieu des ruines, s’avance : « Vous arrivez de Moscou ? Quoi, de France ?! Alors vous avez fait le chemin inverse de celui du comte… ». Visiblement rôdée à l’exercice, une fille de la bande commence ainsi à nous conter l’histoire du bâtiment et du destin tragique de son propriétaire.Né en 1858 à Saint-Pétersbourg, alors capitale impériale, le comte Vladimir Khrapovitski descendait d’une vieille lignée aristocratique d’ascendance polonaise, aux armoiries frappées d’une fleur de lys. À la mort de son père, le comte reçut en héritage d’immenses étendues de forêts anciennes, et fit rapidement fortune dans l’industrie du bois : ses scieries produisaient les traverses des chemins de fer du Tsar. C’est alors qu’il conçut l’idée d’utiliser ses richesses à la construction du château.À en croire notre guide improvisée, la légende dit que cette folie architecturale est le fruit d’un pari. Alors qu’il voyageait en France au début des années 1880, Khrapovitski fut frappé par la beauté des châteaux médiévaux. Ses amis français, rieurs, lui firent remarquer qu’il n’y avait sans doute rien de tel dans sa Russie natale.

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LCDR

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