Monument à Vladimir le Grand à Belgorod. Crédits: belgorod / livejournal

Belgorod : une ville sans statue de Lénine

Le gouverneur de la région de Belgorod est difficile à ranger dans une case : protectionniste fervent, il soutient totalement l’agriculture et l’industrie nationales, prône le retour des Russes à la campagne et incite les jeunes à apprendre un métier plutôt qu’à faire des études supérieures. Dans le même temps, il a fait déboulonner la statue de Lénine à Belgorod bien avant que ce soit à la mode et confie éprouver à l’égard de Joseph Staline « les sentiments les plus négatifs ». Pour combler le tout, le gouverneur de Belgorod n’entrave en rien le fonctionnement de McDonalds dans sa région, alors que la tendance politique du moment l’exige. La rédactrice en chef du journal Koultoura Elena Iampolskaïa a passé une journée avec ce gouverneur pas comme les autres.

Koultoura : Vous parlez depuis longtemps de la nécessité de remplacer les importations alimentaires. Aviez-vous prévu que la conjoncture internationale s’exacerberait et qu’il deviendrait vital pour la Russie de trouver des substituts à l’import ?Evgueni Savtchenko : C’est moins l’exacerbation de la conjoncture internationale que la préservation des villages qui me préoccupe. Comment peut-on les préserver ? Uniquement grâce au travail. C’est-à-dire en produisant du lait, de la viande, des œufs, de la laine… Donner des emplois aux habitants – c’est préserver la société rurale. Et les villages, selon moi, c’est là où le peuple produit ce dont il a besoin.K. : Pensez-vous que la vie rurale ait encore une chance dans le monde actuel ? N’est-elle pas condamnée ?E. S. : Bien sûr que non ! Il faut simplement lui offrir une chance qui s’inscrive dans la modernité. Si cela ne tenait qu’à moi, je prendrais un compas, je tracerais autour de Moscou un cercle d’un rayon de 300 à 400 kilomètres qui engloberait les lieux où la vie rurale est devenue quasiment inexistante et je lancerais une « domainification »  de la Russie. Une renaissance des domaines familiaux. De nombreux riches vivent aujourd’hui dans la région de Moscou. Et on trouverait facilement entre 100 et 200 000 familles pour s’occuper chacune de 20, 30, 50 ou 100 hectares. On pourrait fixer la limite à, disons, 500 hectares. On leur dirait de prendre ces terres, d’y construire des domaines, des routes…K. : Et donc, de ne pas s’acheter de chalet en Suisse ou de villa sur la Côte d’Azur… De vivre comme des « seigneurs » russes, dans le bon sens du terme – car le seigneur est aussi celui qui est responsable de tous ceux qui l’entourent.E. S. : Tout à fait ! Ceux qui feraient l’acquisition d’une terre pourraient y installer une ferme, par exemple, ou des serres. Ils pourraient engager du personnel, lui construire des logements, produire un fromage exclusif ou cultiver des fleurs… C’est une des voies possibles de la renaissance des villages.
Nous pouvons facilement nourrir 500 millions de personnes
K.: De quoi l’oblast de Belgorod nourrit-il aujourd’hui les Russes, et en quelles quantités ?E. S. : Nous fournissons de la viande à 15 millions de Russes, soit un dixième de la population du pays. Du sucre à quelque 12 millions. Des produits laitiers à un peu plus de 2 millions. De l’huile végétale à près de 20 millions. Des œufs à plus de 3 millions. Des céréales et du pain à 4 millions… Le potentiel de la Russie en exportations alimentaires n’est pas moindre que celui en hydrocarbures. Nous pouvons facilement nourrir 500 millions de personnes. Le principal, c’est que les gens aient de l’argent – pour acheter cette production. Vous savez pourquoi la Chine domine, aujourd’hui ? Parce que les Chinois ont abandonné la fixation de leur devise par rapport au dollar. Hier, le yuan valait 0,4 dollar, aujourd’hui, il en vaut 0,16. Et les Chinois sont aujourd’hui extrêmement performants.K : Je vois où vous voulez en venir. Mais pour les citoyens qui ont des économies en roubles,

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Maïlis Destrée

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