Le Courrier de Russie

Une montagne de langues

Le Daghestan, avec ses 14 ethnies officielles, chacune parlant sa propre langue, détient déjà le titre de la plus multiculturelle des régions russes. Pourtant, à en croire les habitants de ce pays de montagnes, ses peuples et langues seraient bien plus nombreux – 32 au moins. Le Courrier de Russie a pris un cours intensif de daghestanais.

Une légende raconte qu’il y a 8 000 ans environ, il n’y avait qu’une seule langue au Daghestan. Mais avec le temps, les habitants se sont dispersés dans les montagnes et ont cessé de se comprendre : leur langue a évolué en une dizaine de variantes. En réalité, cette fable, qui rappelle l’épisode biblique de la tour de Babel, semble peu fiable : les langues daghestanaises sont trop éloignées les unes des autres pour avoir pu constituer un seul idiome par le passé. Les peuples du Daghestan parlent des langues relevant de trois familles différentes : l’avar, le lak, le darguine, le lezguien, le tabassaran, l’agul, le tchétchène, le routoul et le tsakhur appartiennent à la famille caucasienne ; le koumyk, l’azéri et le nogaï à la famille altaïque ; le tat à la famille indo-européenne. Une vraie montagne de langues, comme disent les gens d’ici ! Si les langues du Daghestan sont aussi nombreuses et variées, c’est que ce pays bordé par la Caspienne a toujours été un carrefour des peuples et des cultures : ses grandes vallées ont été traversées de long en large par les Nogaïs et les Koumyks ; ses montagnes ont de tout temps abrité de très nombreux peuples caucasiens, chacun ayant pu développer sa langue et sa culture propres.

À chacun sa langue

Mathématicien et journaliste daghestanais, Saïd Ninalalov vient de Koubatchi, un village de montagne de la république célèbre pour ses bijoux en argent artisanaux. L’homme se définit comme « Koubatchien » avant tout, précisant que sa langue maternelle est le koubatchien. « C’est une langue qui existe bel et bien, même si elle n’est pas reconnue officiellement, ajoute-t-il, avant de conter un épisode de son enfance : Quand je suis allé à l’école pour la première fois et qu’on m’a demandé de quelle ethnie j’étais, j’ai répondu : Je suis Koubatchien, […]