Le Courrier de Russie

Le Daghestan se dévoile

Makhatchkala sent l’abricot. Ces arbres fruitiers poussent en abondance dans cette ville du bord de la mer Caspienne, et leur parfum plane dans son air tiède et épais. Makhatchkala est une ville du Sud, mais on n’y trouve pas l’ambiance somnolente propre aux lieux où les grandes chaleurs règnent durant une bonne partie de l’année. Makhatchkala ne dort pas, elle semble au contraire animée d’un mouvement permanent.

Il est rare de voir un Makhatchkalien marcher d’un pas tranquille : il est toujours pressé. Il est tout aussi rare de voir quelqu’un se promener seul : les habitants de Makhatchkala sont toujours entourés d’amis. Ou au téléphone avec eux, pour décider de se retrouver. « Allô, Magomed ? Je donne une interview, viens me voir » : combien de fois n’avons-nous pas entendu cette phrase lors de notre séjour. Car un Makhatchkalien qui se respecte ne donnera jamais une interview seul, l’idée même lui paraît totalement saugrenue. Il appelle Magomed et ses enfants : Zarema (qui passait justement par là) et Sabir (qui n’est jamais loin de toute façon). Puis, une heure plus tard : « Allô ! Mourad ? Je suis là avec Magomed, Zarema et Sabir : nous donnons une interview. Viens nous voir. » À l’issue de trois heures de discussions animées, alors que vous vous apprêterez à partir, vous entendrez immanquablement : « Non, mais attendez ! Mourad arrive. Il va vous raconter des tas de choses passionnantes ! »

Et, bien évidemment, vous ne partirez pas. Vous vous laisserez entraîner dans cette danse joyeuse, et vous irez visiter l’ami de Magomed, […]