Le Courrier de Russie

Une autre Russie

Les Russes qui pleurent la victoire de Poutine ne sont certes pas tous riches, je l’admets. Parmi eux, on ne trouve pas que des employés de banques mais aussi des poètes démunis ; ce qui les distingue pourtant, c’est d’avoir eu, à un moment ou un autre de leur vie, une chance à laquelle les Russes venus applaudir Poutine sur la place du Manège le soir du 4 mars n’ont jamais eu droit.

Les Russes qui piétinent aujourd’hui les portraits du président ont la chance d’être nés dans une grande ville, d’avoir eu des parents qui ne buvaient pas, d’avoir fait des études. Ils ont pu bénéficier de conditions qui leur ont permis de développer un esprit critique et une forme d’intelligence ; qui ont nourri leur idéalisme et leur permettent de rêver d’un monde meilleur ; qui les ont rendus suffisamment courageux pour exiger ce monde meilleur ici et maintenant.

Si toute la Russie avait eu cette chance, le morne colonel du KGB aurait été remplacé depuis longtemps par un brillant self made manager appréciant par-dessus tout la concurrence honnête ; mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Malheureusement, la majorité des Russes vivent dans des conditions leur permettant difficilement de « ne pas se plier au régime ». […]