Le Courrier de Russie

Ligne directe de Vladimir Poutine : l’essentiel de l’édition 2015

Le 16 avril, Vladimir Poutine s’est entretenu avec la population russe à la télévision. Voici l’essentiel de sa ligne directe.

Crédits: Mikhaïl Klimentiev/TASS

Sur le rouble

Ces dernières années, nos salaires avaient pris le pas sur la hausse de notre productivité – dans ces conditions, la correction du cours du rouble était inévitable.

Sur la comparaison entre la Russie et l’Iran

La Russie n’est pas l’Iran : notre pays est plus grand, notre économie est plus diversifiée, notre industrie énergétique est beaucoup plus intégrée au marché que celles d’un certain nombre de pays gaziers et pétroliers.

Sur les sanctions

Nous devons profiter de la situation qui s’est créée et la tourner à notre avantage, nous devons passer à une nouvelle étape de notre développement.

Sur les dettes publiques des États-Unis et de l’UE

La dette publique des États-Unis a déjà dépassé leur PIB. C’est un signe inquiétant, non seulement pour les Américains mais pour toute l’économie mondiale. Nous ne savons pas encore comment cette situation va évoluer. La zone euro rencontre aussi pas mal de problèmes. Que peut-il se passer pour des pays dont la dette dépasse leur PIB de 174 % ?

Sur la livraison des missiles S-300 à l’Iran

Nous avons signé ce contrat en 2007. Puis, en 2010, le marché a été suspendu, du fait de problèmes liés au programme nucléaire iranien. Mais aujourd’hui, nous voyons combien nos partenaires iraniens se montrent flexibles et à quel point ils veulent réellement atteindre un compromis sur le programme nucléaire. C’est ce qui explique notre décision récente [de livrer les missiles, ndlr]. Ceux qui craignent que cet acte n’équivaille à une levée des sanctions ignorent probablement que la livraison de ces missiles n’entre pas dans la liste des sanctions de l’ONU. À l’époque, en 2010, nous avions suspendu ce marché de façon unilatérale – mais aujourd’hui, alors que l’on observe une avancée positive sur ce dossier, nous ne voyons plus de raisons de nous en tenir à cette interdiction. En outre, nos entreprises ont produit cet équipement [les missiles, ndlr], il coûte 900 millions de dollars, et personne ne s’empresse de nous rembourser ces frais. À l’époque, on nous avait pourtant laissé entendre qu’on nous l’achèterait peut-être – mais jusqu’à présent, il n’en est rien. Et la question s’impose : pourquoi devrions-nous supporter ce préjudice ? Je dois aussi vous dire qu’en livrant des armes sur les marchés extérieurs, nous tenons toujours compte de la situation dans chaque région du monde, particulièrement au Proche-Orient. Je rappellerai enfin que la Russie n’est pas le plus grand fournisseur d’armes au Proche-Orient – les États-Unis en livrent davantage, et pour des sommes autrement importantes.

Récemment, les Israéliens nous ont exprimé leurs craintes sur des livraisons de missiles S-300 prévues dans un autre pays de la région. Ils ont attiré notre attention sur le fait que ces livraisons pourraient entraîner des changements géopolitiques radicaux. Nous avons donc mené des consultations avec notre acheteur, et nos partenaires dans ce pays du monde arabe ont compris nos arguments. Nous avons résilié ce contrat et rendu à notre client son prépaiement de 400 millions de dollars. Mais l’Iran, c’est une autre histoire. Ces armes ont une destination purement défensive. Nous pensons aussi que, dans les conditions actuelles, notamment liées aux événements au Yémen, les livraisons de ces armes peuvent être un facteur de dissuasion.

Sur le Donbass

Ça saute aux yeux : le gouvernement à Kiev ne veut pas réellement restaurer l’économie ni le système social dans le Donbass. Nous assistons à un blocus total de la région. Le système bancaire n’y fonctionne pas. Les allocutions ne sont pas payées. Il y a, dans le Donbass, des gens qui ont travaillé toute leur vie pour pouvoir toucher aujourd’hui leur retraite, ils en ont le droit, ils n’ont strictement rien à voir avec les actions militaires. Alors pourquoi vous ne leur payez pas ? La loi vous y oblige, pourtant. Mais non – ils ne payent pas. On peut dire que les autorités ukrainiennes sont en train de couper le Donbass de l’Ukraine – de leurs propres mains.

Sur l’Ukraine et le peuple ukrainien

Je ne fais pas de différence entre les Russes et les Ukrainiens, je pense qu’il s’agit du même peuple. Nous sommes intéressés à ce que l’économie ukrainienne sorte de la crise parce que ce sont nos voisins, nos partenaires, et nous sommes intéressés à avoir la paix à nos frontières. Actuellement, tous les liens de coopération qui nous unissaient sont brisés. Certes, en Russie, la situation est difficile, mais elle est bien pire en Ukraine. Les grandes entreprises ukrainiennes stoppent leur production, on constate une perte des compétences dans les domaines des hautes technologies, dans la construction d’avions, de navires, dans le nucléaire. Je ne comprends pas pourquoi il fallait en arriver là. Mais la vie est ainsi faite et, quoi qu’il en soit, nous allons nous efforcer de rétablir de bonnes relations avec l’Ukraine, puisque cela correspond à nos intérêts.

La ligne directe de Vladimir Poutine 2015

Sur les droits des russophones en Ukraine

La Russie n’attend qu’une chose de l’Ukraine : être traitée en partenaire égal sur tous les axes de coopération. Ce qui compte pour nous, c’est le respect des droits des Russes qui vivent en Ukraine et des gens qui se considèrent comme russes, indépendamment de
ce qu’affirme leur passeport [le président emploie le terme « russe » dans le sens ethnique et civilisationnel, et non national, ndlr]. Je pense notamment à tous ces gens dont la langue maternelle est le russe, qui considèrent la culture russe comme la leur et qui ressentent un lien indissociable avec la Russie.

Sur Minsk

Nous attendons que le gouvernement de Kiev respecte les engagements de Minsk. Il faut créer des groupes de travail dans le cadre du processus de Minsk et commencer à travailler sur toutes les directions. Je parle de la réforme politique, notamment sa partie constitutionnelle, de l’économie, de la question des frontières. Il faut s’en occuper, pas se contenter d’en parler. Mais malheureusement, tout ce que nous voyons actuellement, ce sont de nouvelles tentatives de pression – et pas la moindre volonté de régler cette question par les moyens politiques. J’estime pourtant que la seule issue à ce problème est politique – et nous allons faire en sorte que tous le comprennent.

Sur Boris Nemtsov

Il était dans une opposition frontale face à moi et face au pouvoir en général ; et pourtant, il y a eu une époque où nous nous fréquentions, et nos relations étaient assez cordiales. Ce meurtre est absolument honteux et tragique. Dès le lendemain du meurtre, le FSB et la police connaissaient les noms des exécutants, et il s’agit d’informations parfaitement objectives, recueillies à l’aide d’un certain nombre de moyens techniques. Plusieurs services se sont lancés dans la recherche des coupables, et ils sont tous parvenus au même résultat. Seront-ils capables de trouver des commanditaires ? Je ne le sais pas encore. Le travail d’enquête est en cours.

Sur la présence de troupes russes dans le Donbass

Je vous le dis directement et clairement : il n’y a pas de troupes russes en Ukraine. D’ailleurs, lors du dernier affrontement dans le Donbass, le chef de l’état-major ukrainien l’a déclaré publiquement à ses collègues étrangers : « Nous ne faisons pas la guerre à l’armée russe. »

Sur le mouvement de Maïdan

Les gens [en Ukraine, ndlr] n’en pouvaient plus de vivre dans la misère, de subir le vol et l’arrogance des autorités, leur cupidité sans égale, leur corruption. Ils n’en pouvaient plus des oligarques au pouvoir. Quand une société se retrouve dans cette situation, les gens cherchent des issues et, très souvent, ils s’adressent à ceux qui spéculent sur leurs difficultés et proposent des solutions faciles, notamment les nationalistes.

Sur l’Union eurasiatique

Nous n’avons pas l’intention de faire renaître l’empire – ce dont on nous accuse régulièrement. Nous suivons un processus d’intégration parfaitement naturel – ce sont des processus qui s’observent dans le monde entier. Les processus d’intégration sont à l’œuvre en Amérique latine, en Amérique du Nord, en Europe, en Asie. Nous n’avons pas d’ambitions impériales.

Sur la guerre entre l’Ukraine et la Russie

C’est impossible.

Sur les États-Unis

Une certaine puissance, qui prétend être exceptionnelle et se considère comme le principal centre de force dans le monde, ne veut pas des alliés mais des vassaux – j’ai nommé les États-Unis. La Russie ne peut pas évoluer dans ce système de rapports. Ce n’est pas seulement qu’elle ne peut pas soutenir ce système – elle ne peut tout simplement pas exister en son sein. Mais nous sommes toujours ouverts à la coopération – nous ne l’avons d’ailleurs jamais rompue. C’est un fait : dans les années 1990, nous nous sommes ouverts totalement, et nous nous attendions à rencontrer la même attitude à notre égard. Mais dès que nous avons évoqué nos intérêts, notre position, nous avons rencontré une réaction très dure. Rappelez-vous la situation dans les années 1990, comment l’Occident applaudissait Eltsine. Mais dès qu’il a affirmé sa position russe sur la Yougoslavie, il a été immédiatement couvert d’injures. Malgré tout, nous n’allons ni nous offenser, ni nous isoler. Nous voulons coopérer et nous le ferons, quelle que soit la position de certains dirigeants. Nous allons coopérer avec ceux qui veulent travailler avec nous, avec le business, avec les gens qui œuvrent dans les domaines de l’art et de l’éducation. Tenter de faire pression sur la Russie est une entreprise inutile et insensée. Je pense qu’un jour, nos partenaires le comprendront. Ils doivent s’efforcer de rechercher des compromis avec nous, plutôt que de nous imposer des clichés qu’ils considèrent comme justes.

En chiffres :

En 2014, le PIB russe a augmenté de 0,6 %, la production industrielle, d’1,7 %, l’industrie de transformation, de 2,1 %, et l’agriculture, de 3,7 %.

L’industrie chimique a grandi de 4,1 % et la production d’engrais, de 4,2 %.
81 millions de mètres carrés de logements ont été construits, un chiffre record pour toute l’histoire de Russie.

Le chômage a augmenté jusqu’à 5,8 %. La hausse des prix s’est élevée à 11,4 %.

Les actifs bancaires sont passés à 77 000 milliards, dépassant le PIB du pays.

Le budget de l’année 2014 a été conclu avec un déficit de 0,5 %. Pour l’année 2015, on prévoit un déficit de 3,7 %.

2 300 millions de roubles sont prévus, dans le budget fédéral, afin de stabiliser l’économie russe, dont 900 milliards seront injectés dans le système bancaire, 250 milliards, dans l’industrie, 100 milliards, dans la construction aéronautique, et 82 milliards, pour le soutien au marché du travail.