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Vladimir Poutine à Valdaï

Vladimir Poutine à Valdaï : « Le monde unipolaire est une apologie de la dictature »

« C’est une excellente intervention. Je suis entièrement d’accord avec toutes les idées énoncées par Vladimir Poutine », a déclaré Mikhaïl Gorbatchev à propos du discours du président russe lors du forum Valdaï, à Sotchi, le 24 octobre dernier. Le Courrier de Russie en a traduit les fragments les plus marquants. 

«De multiples contradictions se sont accumulées dans le monde d’aujourd’hui. Et nous devons nous poser les uns aux autres, sincèrement, la question de la fiabilité de notre filet de sécurité. Malheureusement, il n’y a pas de certitude que le système de sécurité globale et régionale existant est capable de nous protéger des secousses. Ce système est sérieusement affaibli, brisé et déformé.

Nombre des mécanismes garantissant l’ordre mondial ont été établis à partir des bilans de la Seconde Guerre mondiale. La solidité de ce système se fondait non seulement sur l’équilibre des forces et non seulement sur le droit des vainqueurs, mais aussi sur le fait que les « pères-fondateurs » de ce système de sécurité avaient du respect les uns pour les autres, essayaient de s’entendre entre eux, de s’accorder.

L’important est que ce système s’est développé et qu’il a, malgré toutes ses lacunes, contribué sinon à résoudre mais du moins à maintenir dans les cadres existants les problèmes mondiaux, à réguler l’âpreté de la concurrence naturelle entre les États.

Je suis convaincu que le mécanisme de freins et de contrepoids qui, au cours des décennies précédentes, s’était installé, s’était établi parfois douloureusement, n’aurait pas dû être brisé. En tout cas, il n’aurait pas fallu le mettre à bas sans rien créer à la place, au risque qu’il ne reste rien d’autre, comme instrument, que la force brute. Il aurait fallu mener une reconstruction rationnelle, adapter le système des relations internationales aux réalités nouvelles.

On a l’impression que ceux qu’il est convenu d’appeler les « vainqueurs » de la Guerre froide ont décidé de prendre le dessus sur le monde entier, au bénéfice exclusif de leurs intérêts propres.

Mais les États-Unis, qui se sont proclamés vainqueurs de la Guerre roide, ont considéré avec assurance que cela n’était pas nécessaire. Et au lieu d’établir un nouvel équilibre des forces, condition indispensable de l’ordre et de la stabilité, ils ont, à l’inverse, entrepris des actions qui ont provoqué une aggravation profonde du déséquilibre.

La Guerre froide est terminée. Mais elle ne s’est pas achevée par la conclusion d’une « paix », par des accords compréhensibles et transparents sur le respect des règles et standards existants. On a l’impression que ceux qu’il est convenu d’appeler les « vainqueurs » de la Guerre froide ont décidé de prendre le dessus sur le monde entier, au bénéfice exclusif de leurs intérêts propres. Et quand le système de relations internationales, de droit international, le système de freins et de contrepoids qui s’était établi au cours des décennies précédentes les a empêchés d’atteindre ce but, il a été sur-le-champ qualifié d’inutile, de désuet, de voué à un démantèlement rapide.

C’est ainsi que se comportent, pardonnez-moi, les nouveaux riches qui se sont brusquement retrouvés à la tête d’une immense richesse – ici, de la suprématie mondiale, du leadership planétaire. Et au lieu d’utiliser cette richesse intelligemment, avec soin, y compris, évidemment, à leur propre avantage, ils ont commis énormément de bévues.

« L’objectivité et la justice ont été sacrifiées sur l’autel de l’opportunisme politique »

Le droit international a cédé pas à pas ses positions sous la pression du nihilisme juridique. L’objectivité et la justice ont été sacrifiées sur l’autel de l’opportunisme politique. Aux normes juridiques se sont substituées l’interprétation arbitraire et les estimations partiales. Pendant que le contrôle total sur les moyens d’information de masse permettait de faire passer à loisir le blanc pour noir et le noir pour blanc.

Dans ces conditions de domination d’un seul pays et de ses alliés ou, pour le dire autrement, de ses satellites, la recherche de solutions globales s’est en partie transformée en une tentative d’imposer, en guise de solutions universelles, des solutions individuelles. Les ambitions de ce groupe ont tellement grandi que les approches élaborées en coulisses ont commencé de passer pour l’opinion de toute la communauté mondiale. Mais ce n’est pas le cas.

La notion même de « souveraineté nationale » est devenue, pour la majorité des États, valeur relative. On nous a proposé, au fond, la formule suivante : plus forte est la loyauté à l’unique centre d’influence dans le monde, plus grande est la légitimité de tel ou tel régime dirigeant.

Les mesures d’influence sur les insoumis sont bien connues, et maintes fois éprouvées : actions de force, pressions économiques et propagande, ingérence dans les affaires intérieures, évocation d’une certaine légitimité « supra-juridique » quand il faut justifier la régulation de non-droit de tels ou tels conflit, écartement des régimes indésirables. Des témoignages sont apparus ces derniers temps prouvant qu’à l’encontre de certains leaders, on a même recours à du pur et franc chantage. Celui qui ne doit pas au hasard son surnom de « grand frère » dépense des milliards pour espionner le monde entier, et notamment aussi ses alliés les plus proches.

Je vous propose que nous nous posions la question : à quel point le fait de vivre dans un tel monde est-il confortable et sûr pour nous tous, à quel point un tel monde est-il juste et rationnel ? Peut-être n’avons-nous pas de raisons solides de nous inquiéter, de protester, de poser des questions gênantes ? Peut-être l’exclusivité des États-Unis, la façon dont ils accomplissent leur leadership sont-elles réellement un bienfait pour tous, et leur ingérence universelle dans toutes les affaires de tout le monde est une garantie de tranquillité, d’aisance, de progrès, de prospérité, de démocratie – et peut-être faut-il simplement nous laisser aller et prendre notre plaisir ?

Je me permettrai de dire que ce n’est pas le cas. Ce n’est absolument pas le cas.

Leur dictat unilatéral et le fait d’imposer leurs standards individuels apportent le résultat inverse : au lieu de l’apaisement des conflits – l’escalade ; au lieu d’États souverains stables – un espace grandissant de chaos ; au lieu de la démocratie – le soutien à un public tout à fait douteux, depuis de francs néonazis jusqu’à des islamistes radicaux.

Et pourquoi les soutiennent-ils ? Parce qu’ils les utilisent à une étape précise, comme un instrument pour atteindre leurs objectifs. Puis ils se brûlent – et reculent. Je ne me lasse pas de m’étonner de la façon dont nos partenaires, […]

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Traduit par Julia Breen

Dernières nouvelles de la Russie

Opinions

« L’opération Successeur est impossible »

À l’occasion de la sortie de l’Empire ironique, dans lequel Gleb Pavlovski dresse le bilan de l’ère Poutine, le politologue russe, directeur de la Fondation pour l’efficacité politique, a accordé une interview à l’écrivain Dmitri Bykov pour la revue Sobesednik.ru. Extraits.Dmitri Bykov : Dans l’Empire ironique, vous écrivez que le système politique russe contemporain est capable de résister à tout, sauf au temps. Mais comment le temps peut-il intervenir ? Le cours du pétrole va-t-il brusquement s’effondrer ?Gleb Pavlovski : À vrai dire, le temps s’en est déjà mêlé. J’ai essayé d’envisager des scénarios d’effondrement de ce système, mais je n’ai rien trouvé. Parce que le système est né d’un collapse. L’effondrement a déjà eu lieu.État de guerre permanentD. B. : Donc, nous vivons une existence post mortem…G. P. : Oui. Comme dans le livre de l’écrivain polonais de science-fiction Stanislav Lem (1921-2006), la Formule Limfatera : le système prend vie quand meurt la gelée dont il est fait.Je pense que les racines du système actuel sont antérieures à Poutine. Cette destruction systématique des institutions a été entamée sous Gorbatchev ; je dirai même qu’elle était le principal contenu de l’ère Gorbatchev [à la tête de l’URSS de 1985 à 1991, ndlr], puis des deux premières années de la présidence Eltsine [premier président de la Fédération de Russie de 1991 à 1999, ndlr]. Une sorte de « liberté à tout prix ».Nous nous plaignons souvent de l’autorité excessive de l’État, alors qu’en réalité, l’État est quasi absent.D. B. : Vous admettez donc que l’URSS, quelque mauvaise qu’elle ait pu être, a été dévorée par des choses encore plus mauvaises ?G. P. : Les gens ne voulaient plus, depuis longtemps, des contraintes de l’État, tout en souhaitant en conserver les avantages et en utiliser les services. C’est comme dans un immeuble : si la toiture fuit, tout le monde est mécontent, mais quand il s’agit de se réunir pour trouver une solution, pour réparer la fuite ensemble, il n’y a plus personne… Par ce processus d’affranchissement de l’État, la Russie, en un sens, a voulu imiter l’Occident. Surtout, la population ne supportait plus l’État-maître d’école, moralisateur, de l’URSS – c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui.L’écrivain russe Dmitri Bykov lors d’une exposition littéraire à Moscou. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 février 2019
International

Zelensky, un clown à prendre
au sérieux

Pacifiste et fort du soutien des régions du sud-est, l’acteur de télévision Volodymyr Zelensky (entre 19 % et 24 % d’intentions de vote à moins de deux mois de la présidentielle du 31 mars prochain) pourrait représenter un concurrent sérieux pour les deux principaux candidats, le président sortant Petro Porochenko (15 %) et l’ancienne Première ministre Ioulia Timochenko (18 %). Le journaliste Konstantin Skorkine, du Carnegie Moscow Center, livre son analyse pour la revue Meduza – extraits.Le rôle de président idéal, honnête et droit, que Volodymyr Zelensky incarne dans la série Le Serviteur du peuple, diffusée en Ukraine depuis novembre 2015, a probablement fait beaucoup pour ouvrir au comédien les portes de la politique – et le cœur des électeurs ukrainiens. Son émission satyrique quotidienne, « Quartier du soir », où il parodie depuis plus de dix ans tous les politiciens en vue, a en outre contribué à forger son image de bouffon du roi indépendant des divers cercles du pouvoir.Toutefois, comment expliquer son impressionnante popularité et la montée en flèche de sa cote depuis l’été 2018 ?Une première explication serait liée au contexte sociologique. La société ukrainienne, de plus en plus lasse des anciennes élites, se tourne vers les populistes et autres candidats « hors système ». Le phénomène n’est pas propre à l’Ukraine : ce ras-le-bol des « laissés-pour-compte » a propulsé l’excentrique Donald Trump à la présidence des États-Unis et a transformé, en Europe, des comiques professionnels en acteurs politiques incontournables. Le « Mouvement cinq étoiles », qui a obtenu un tiers des voix aux dernières législatives italiennes, a longtemps été mené par l’humoriste satyrique Beppe Grillo, tandis que la Slovénie s’est choisi pour Premier ministre l’ancien imitateur Marjan Sarec (qui a le même âge que Volodymyr Zelensky, 41 ans).Si Volodymyr Zelensky dispose de moyens suffisants pour financer seul sa campagne, les contrats qui le lient à la chaîne du milliardaire Igor Kolomoïski le rendent vulnérable.Une seconde hypothèse consisterait à dire que le « phénomène Zelensky » est un subterfuge, un pur « coup de com’ » politique. L’homme ne serait qu’une marionnette, manipulée, en coulisse, par l’un des hommes forts du pays, le milliardaire Igor Kolomoïski, qui chercherait ainsi à perturber le déroulement de la campagne électorale et à mettre des bâtons dans les roues des deux favoris.Igor Kolomoïski. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

7 février 2019
Opinions

En attendant le dégel…

La Russie sort tout juste de la période des fêtes de fin d’année, qui, selon une tradition tacite, s’achève non sur l’ « Ancien Nouvel An » orthodoxe, le 13 janvier (l’Église orthodoxe suit toujours le calendrier julien), mais avec la fête de la Théophanie (Krechtchénié), le 19. Tout aussi traditionnellement, le pays sombre aussitôt dans une longue déprime hivernale, dont il ne sortira qu’au moment de Maslénitsa (un Mardi gras qui dure toute une semaine), début mars. Si cette déprime tourne, pour certains, à la dépression, les Russes savent aussi gérer leur hiver long et froid – cette fatalité – mieux qu’aucun autre peuple au monde. Dans une chronique pour la revue Gazeta.ru, le politologue Gueorgui Bovt fait l’éloge de l’hibernation.Dans notre pays, l’hiver est plus que l’hiver. C’est une attente dont on ne voit pas le bout, un transit forcé, dans un état végétatif, entre l’automne et le printemps. Le moment où, emmitouflé et ployant sous le vent glacé, on repousse tout ce qu’on peut – au printemps, à l’été, au soleil, au beau temps, bref, au dégel ; à ce temps lointain où l’on pourra sortir de chez soi juste pour le plaisir, et contempler la Nature, la tête haute. L’hiver, c’est le gel des désirs, des projets, des sentiments. Voilà pourquoi nous chérissons tant la période des fêtes de fin d’année, qui s’étend du Noël catholique à l’Ancien Nouvel An. Elle est une sorte d’éclaircie dans l’obscurité froide qui enveloppe notre si vaste territoire. L’éclat des guirlandes est un ersatz de soleil. On y croit… Mais il faut traverser un mois de février, court et pourtant tellement long, et « se traîner » jusqu’en avril, à patauger dans la gadoue. Alors, enfin, le soleil se montrera. En hiver, il brille pour d’autres.Et s’il brillait pour nous ? Un pays plus chaud, plus ensoleillé, avec des hivers courts et des étés longs… serait-ce encore la Russie ? […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

25 janvier 2019

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