Le Courrier de Russie

Tuer Nemtsov pour faire partir Poutine ?

Pour les uns, c’est Poutine. D’autres sont persuadés que c’est Kadyrov. Certains encore pensent que ce sont des services secrets – russes, américains ou ukrainiens. Dans un éditorial pour la revue d’opposition de gauche Rabkor.ru, Boris Kagarlitski émet l’hypothèse que le meurtre de Boris Nemtsov a pu être orchestré par un clan du Kremlin qui veut faire partir Vladimir Poutine et « se réconcilier avec l’Occident ».

Boris Nemtsov a été assassiné au moment précis où la préparation d’une nouvelle manifestation de l’opposition à Moscou battait son plein. Malgré les difficultés économiques, on ne s’attendait pas à ce que les gens descendent massivement protester dans la rue, en grande partie parce que les leaders de l’opposition eux-mêmes ne manifestent pas grand intérêt pour les problèmes sociaux de la majorité de la population : si les représentants de l’opposition libérale n’ont pas soutenu directement les mesures d’austérité économique introduites par le pouvoir au cours des derniers mois, ils ne les ont pas condamnées non plus – dans le meilleur des cas, ils ont affirmé que Poutine était la source de tous les problèmes, et que sans lui, la crise se terminerait d’elle-même sur-le-champ.

Dans ce contexte, l’assassinat du 27 février au soir, sur le Grand Pont de la Moskova, à quelques dizaines de mètres du Kremlin, est vraiment arrivé au bon moment. À tel point que beaucoup de commentateurs ont immédiatement supposé qu’il avait été organisé par l’opposition elle-même, afin de s’assurer d’une participation massive à la marche de protestation, transformée dans l’urgence en cortège de deuil.

C’est évidemment peu vraisemblable. L’échelle de la provocation est bien trop grande proportionnellement à un objectif si limité. S’il fallait assassiner un politicien à chaque veille d’une marche de protestation, il n’en resterait bientôt plus du tout en Russie.

Les craintes (ou les espoirs) que, sur fond de l’assassinat, la marche de l’opposition ne se transforme en un mouvement de résistance de grande ampleur, qui aurait conduit à des affrontements avec la police et à un « Maïdan moscovite », se sont aussi avérées infondées. Ç’eut été trop simple et trop évident. Le cortège de deuil s’est déroulé pacifiquement et dans le calme – ce qui est dans l’ensemble caractéristique pour le mouvement protestataire de la capitale, […]