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Leonid Bliakher : « L’Extrême-Orient a un intérêt plus stratégique qu’économique »

Leonid Bliakher
« L’Extrême-Orient a un intérêt
plus stratégique qu’économique »

TASS/AP Photo/Igor Volkov

Comment expliquer que, depuis plus de deux mois, les manifestations se poursuivent à Khabarovsk, en soutien à l’ancien gouverneur Sergueï Fourgal, accusé d’avoir commandité plusieurs meurtres il y a une dizaine d’années ? Le magazine Ogoniok a rencontré Leonid Bliakher, doyen de la faculté de philosophie de l’Université d’État du Pacifique. 

En quoi les habitants de l’Extrême-Orient diffèrent-ils de ceux des régions les plus occidentales de la Russie ?

Leonid Bliakher : La Russie est immense, et les particularismes sont d’autant plus marqués que l’on s’éloigne de la capitale. De manière générale, les Russes d’Extrême-Orient comptent moins sur l’État fédéral que les habitants de la Russie d’Europe ou même de l’Oural. Cette indépendance est particulièrement revendiquée depuis une vingtaine d’années. On pourrait ainsi résumer leur état d’esprit : « Nous ne devons qu’à nous-mêmes d’avoir survécu aux dures années 1990, qu’on nous laisse vivre comme nous l’entendons ! » 

Cela explique-t-il les manifestations de soutien à Sergueï Fourgal ?

L. B. : L’élection 2018 du gouverneur [remportée par le nationaliste du parti LDPR Sergueï Fourgal face au candidat du Kremlin, Viatcheslav Chport, ndt] concrétisait cette affirmation identitaire. Les gens ont voulu montrer qu’ils pouvaient échapper au destin que Moscou voulait leur imposer. Aujourd’hui, ils protestent moins contre le fond de l’affaire, que contre la manière – l’arrestation d’un gouverneur démocratiquement élu : ils ont été profondément offensés. 

"Le pouvoir du Kremlin a toujours été plus faible en Extrême-Orient qu’ailleurs."

Je ferai d’ailleurs remarquer la simplicité des revendications. En substance, les manifestants demandent seulement qu’on vienne à leur rencontre, qu’on leur parle directement. Pour toute réponse on [le remplaçant de Fourgal, Mikhaïl Degtiarev, ndt] leur a promis des « arrangements » avec les hauts fonctionnaires moscovites... 

Cela ne fonctionne pas ainsi chez vous ?

L. B. : Chez nous, les institutions sont très faibles, nous avons pris l’habitude de ne rien attendre de l’État. Qui veut une belle maison doit la construire de ses mains ; qui veut monter un théâtre doit trouver lui-même des acteurs ; qui veut faire un journal doit prendre la plume. Toute intervention extérieure provoque une réaction épidermique... 

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