Vladislav Sourkov : le blues de l’idéologue du Kremlin

Vladislav Sourkov
Le blues de l’idéologue
du Kremlin

L'annonce de la démission prochaine de Vladislav Sourkov, conseiller de Vladimir Poutine un temps considéré comme l'« éminence grise » du Kremlin, a fait l’effet d’une bombe dans les cercles politiques russes.

La nouvelle a été annoncée sur Telegram, le 25 janvier, par Alexeï Tchesnakov, directeur du Centre de conjoncture politique, que la rumeur lie à Vladislav Sourkov : « Face au changement de la politique russe en Ukraine, Sourkov a choisi de quitter le service de l’État. » Il ajoute que le conseiller en charge des négociations sur le Donbass va « prendre du recul et réfléchir pendant un mois », avant de décider de ses projets pour l’avenir.

Aussitôt, l’information est démentie par le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui nie tout « changement de cap » en Ukraine. Il ajoute qu’aucun décret présidentiel confirmant cette « démission » n’a été signé. Mais si Vladislav Sourkov garde toujours le silence, la situation est déjà, en soi, aussi inédite qu’ahurissante : jamais un membre du premier cercle n’avait eu l’audace de devancer l’annonce officielle de son départ. Cette simple publication, faite sur un réseau social, sonne comme un défi personnel lancé au président.

L’idéologue des années 2000

Vladislav Sourkov, né en 1964 d’une mère russe et d’un père tchétchène, rejoint l’administration présidentielle à la fin de l’ère Eltsine, en 1999, après avoir servi dans les forces spéciales et été un temps garde du corps de l’homme d’affaires Mikhaïl Khodorkovski. Responsable de la politique intérieure, il met notamment sur pied, dans les années 2000, des mouvements de jeunesse pro-Kremlin d’un nouveau genre – dont le plus connu est Nachi (« Les Nôtres ») –, qui préparent autant à la carrière au sein du parti au pouvoir, Russie unie, qu’à la guérilla urbaine contre l’opposition. Sur le plan idéologique, Sourkov se fait le théoricien et le chantre de cette Russie de Poutine qui « se relève » après l’humiliation de l’effondrement de l’URSS ; il élabore notamment le concept de « démocratie souveraine », propre à un pays qui, las de tenter d’imiter les modèles occidentaux,

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Par Gueorgui Bovt, Politologue

Le poutinisme après Poutine

Le 11 février dernier, le quotidien Nezavissimaïa gazeta publiait un article signé Vladislav Sourkov, le conseiller du président Vladimir Poutine. Vingt-quatre heures plus tard, le texte, intitulé « L’État persistant de Poutine », avait été lu plus de cent mille fois sur le site du journal.

 

18 février 2019