Chirac-Poutine, la verticale de l’Histoire

Le 30 septembre dernier, Vladimir Poutine s’est rendu à Paris pour assister aux funérailles de l’ancien président français Jacques Chirac, décédé à l’âge de 86 ans. Le directeur du Centre des études françaises de l'Institut Europe de l’Académie des sciences de Russie, Iouri Roubinski, revient sur une présence révélatrice de l’amitié personnelle qui unissait les deux chefs d’État.

C’est la première fois que Vladimir Poutine assistait aux obsèques d’un dirigeant étranger. Comment les deux hommes ont-ils tissé ce lien particulier, dont le président russe ne s’est jamais caché ?

Iouri Roubinski : Jacques Chirac est le premier à avoir établi des relations personnelles avec Vladimir Poutine, à une époque où ce dernier, tout juste élu, avait cruellement besoin d’être reconnu et compris par ses homologues étrangers. Au tournant des années 1990 et 2000, plusieurs événements successifs – guerre en Yougoslavie, crise financière russe de 1998, tragédie du sous-marin Koursk en 2000 – modifient en profondeur les relations de la Russie avec le monde occidental. Moscou et Paris s’éloignent radicalement : l’aviation française – y compris l’escadron Normandie-Niémen, descendant de celui qui a combattu pendant la Seconde Guerre mondiale dans les rangs de l’armée soviétique – bombarde Belgrade avec l’OTAN. Paris critique violemment les opérations militaires russes en Tchétchénie, au cours des deux guerres qui ensanglantent cette république du Caucase du Nord (1994-1996 et 1999-2000).

Pour autant, dans sa grande majorité, la classe politique française a conscience qu’il faudra tôt ou tard surmonter ces désaccords avec la Russie. Et c’est Jacques Chirac qui fait le premier pas, à un moment clef : en 2003, lorsque les États-Unis décident d’envahir l’Irak, la France s’oppose à cette intervention, à l’ONU, aux côtés de l’Allemagne de Gerhard Schröder – son plus proche partenaire au sein de l’UE –, de la Russie et de la Chine. Le président français, plutôt connu pour son habileté à ménager la chèvre et le chou, fait preuve de force de caractère et de courage, agissant en authentique gaulliste. Cette détermination produit sur Vladimir Poutine une impression forte et durable. Le président russe n’a jamais oublié cette séquence, malgré tous les déboires qu’ont pu connaître les relations franco-russes par la suite.

Vladimir Poutine, à la cérémonie d'hommage à Jacques Chirac en l'église Saint-Sulpice, le lundi 30 septembre 2019 à Paris. Crédit : FRANCOIS MORI / AFP

Il faut aussi prendre en compte la personnalité de Jacques Chirac, sa façon d’être et de bâtir des relations franches, sincères. À l’époque, je le répète, Poutine commence tout juste à se faire un nom en politique ; même en Russie, c’est un illustre inconnu.

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Propos recueillis par Sergueï Chestak

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