Macron-Poutine :
Une relation pragmatique

Le lundi 19 août 2019, Emmanuel Macron recevait Vladimir Poutine au fort de Brégançon, dans le Sud de la France. Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe, livre son analyse de la rencontre.

Le Courrier de Russie : La rencontre entre MM. Macron et Poutine a été qualifiée, dans la presse, de chaleureuse dans la forme et de relativement tendue sur le fond. Pouvait-on s’attendre à autre chose ?

Arnaud Dubien : D’abord, il faut rappeler qu’il s’agissait de propos liminaires à des entretiens, divisés eux-mêmes en une partie officielle et une autre, plus informelle, au cours d’un dîner. De plus, il n’y a eu aucune déclaration à l’issue des discussions.

Il n’y a pas eu de véritable surprise, même si l’accent mis par Emmanuel Macron sur la nécessité de « réinventer une architecture de sécurité et de confiance » était assez inattendu. Le président français avait déjà évoqué le sujet, l’année dernière, notamment à la Conférence des Ambassadeurs, puis en visite à Helsinki, sans que cela soit suivi d’effets. Il faudra voir, cette fois-ci, ce que la proposition implique concrètement.

Arnaud Dubien. Crédit : Le Courrier de Russie

M. Macron a également envisagé la possibilité de tester de nouveaux formats de discussion. Il s’inscrit dans le sillage de Charles De Gaulle et de François Mitterrand, qui avaient chacun tenté de développer les relations avec la Russie.

Du côté russe, j’ai été surpris que Vladimir Poutine parle autant du climat, un thème particulièrement important pour la France et l’Europe en général. J’avais plutôt le souvenir d’un président russe, certes engagé formellement sur les questions écologiques, mais qui conservait une pointe de scepticisme. Cette fois, j’ai senti une évolution sur un sujet majeur qui peut constituer un point d’accroche intéressant pour les deux pays.

« Paris tente de se poser en interface des relations entre le G7 et le reste du monde. »

Pour le reste, les points de blocage sont évidents sur la Syrie, Macron citant les pertes civiles et Poutine mettant en avant la lutte contre le terrorisme. Et l’on retiendra, bien entendu, la comparaison entre les Gilets jaunes et les manifestations à Moscou, les deux présidents semblant mal à l’aise et ayant préféré, me semble-t-il, ne pas s’étendre publiquement sur le sujet.

LCDR : Dans quelle mesure l’assignation à résidence du banquier français Philippe Delpal, arrêté en février dernier pour escroquerie, a-t-elle pu influer sur le climat de la rencontre ?

A. D. : Cette décision, survenue trois jours avant le sommet de Brégançon, a été perçue pour ce qu’elle est sans doute : un geste politique et de bonne volonté, qui a probablement contribué à détendre l’atmosphère. Je ferai toutefois remarquer qu’un autre Français a été condamné hier à dix mois de prison pour une affaire de corruption [Gurvan Le Gall est accusé d’avoir voulu soudoyer des agents de police lors d’un contrôle d’identité,

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Propos recueillis par Julien Braun

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