France – Russie : Deux cultures du maintien de l’ordre

Depuis le mois de juillet dernier, Moscou est le théâtre d’importantes manifestations, déclenchées après le rejet, par les autorités, de la plupart des candidatures de l'opposition aux élections parlementaires locales du 8 septembre prochain. Arrestations de manifestants et de responsables politiques, violences policières, contestation de la présidence de Vladimir Poutine… Enguerrand Ducourtil, directeur de la société Serious Games (jeux sérieux) Pytharec, propose une lecture originale de ces événements, en rappelant quels sont les fondements de la doctrine du maintien de l'ordre en Russie.

La Russie est une terre de contrastes à de nombreux égards, et la gestion de la sécurité publique n’échappe pas à cette règle. Si les images d’émeutes ou de manifestations violentes, courantes en Europe de l’Ouest, y sont rarissimes, la Fédération de Russie est confrontée à une menace terroriste endémique (entre 2009 et 2013, les attentats commis sur son sol ont tué chaque année plus d’une centaine de personnes) et à des tensions interethniques, potentiellement génératrices de troubles.

Dans le domaine festif, ses supporters de foot, notamment ceux du Spartak Moscou et du Zenit Saint-Pétersbourg, sont redoutés partout en Europe pour leur agressivité, depuis l’Euro 2016 et les incidents survenus à Marseille. Pourtant, la Russie a organisé deux événements sportifs d’ampleur internationale sans aucun incident grave : les Jeux olympiques d’hiver à Sotchi en 2014 et la Coupe du monde de football en 2018. Il faut, enfin, souligner le taux de criminalité violente que connaît la société russe : le nombre de meurtres par habitant y était de 9,2 pour 100 000 en 2012, contre 1,0 pour la France, selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime. En 2018 ce taux est passé à 6, un niveau comparable à celui des États-Unis.

La police antiémeute (OMON) contient les manifestants en plein centre de Moscou, le 27 juillet 2019. Crédit : La Voix du Nord

Comme pour tout sujet concernant le plus grand pays du monde, il faut commencer par évoquer sa géographie. Le trajet entre deux villes « proches » comme Moscou et Saint-Pétersbourg est équivalent à celui d'un Paris-Marseille, tandis que la distance à vol d’oiseau entre Moscou et Vladivostok, la capitale de l’Extrême-Orient russe, est de 6 418 kilomètres.

À cette particularité géographique s’ajoutent des enjeux politiques : la Russie est divisée en 85 « sujets » (entités) aux statuts administratifs variés dont certains, comme les républiques du Tatarstan et de Tchétchénie, bénéficient d’une large autonomie. Le cadre d’intervention des forces de sécurité fédérales peut donc différer d'un « sujet » à l'autre. Les manifestations en Ingouchie à l’automne 2018 (pour dénoncer un accord de redéfinition des frontières signé avec la Tchétchénie voisine) en sont un bon exemple. À cette occasion, les autorités de la République ingouche se sont opposées au déploiement des forces de l’ordre fédérales, préférant la négociation à l’échelle locale.

Menaces intérieures

Le gouvernement et la population russe ont été durablement marqués par le chaos politique et économique des années 1990.

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Enguerrand Ducourtil