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Telegram et le Kremlin, un mariage de raison

À l’issue d’un long travail d’investigation, le journal en ligne Proekt.media affirme que des chaînes politiques de la messagerie Telegram sont aujourd’hui contrôlées par le Kremlin ou des structures qui lui sont liées. Lancée fin 2013 par Pavel Dourov ‒ le créateur du plus important réseau social russe, Vkontakte, surnommé le « Facebook russe », qui vit aujourd’hui en exil – Telegram est devenue bien plus qu’une messagerie : un enjeu politique.

Depuis l’an dernier, Telegram est au cœur du débat politique russe. Au cours de l’été 2017, le Service fédéral de sécurité (FSB) demande à Pavel Dourov de lui confier les clés de cryptage de la messagerie. Il justifie sa demande au titre, notamment, de la lutte contre le terrorisme. Le fondateur de Telegram oppose ‒ comme il l’avait fait en 2013 pour Vkontakte ‒ un refus catégorique, arguant du fait qu’il se doit de protéger les données des utilisateurs qui lui font confiance. En avril 2018, la justice ordonne le blocage de la messagerie ‒ une décision que le régulateur de l’internet russe, Rozkomnadzor, tente de mettre rapidement en pratique, sans succès. Bien au contraire, les essais de blocage ont pour unique effet de perturber la Toile dans le pays, en particulier son système bancaire. Par ailleurs, des voix, au plus haut niveau de l’État, critiquent la décision d’interdiction et, de façon étonnante, expriment publiquement leur désaccord dans les médias. « Je suis contre ce blocage, surtout la façon dont il est effectué », proteste ainsi Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Même Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, émet des doutes, reconnaissant qu’il présente régulièrement à Vladimir Poutine une revue de presse tirée des publications de Telegram.

Aujourd’hui, malgré son interdiction ‒ qui n’a pas été levée ‒ Telegram fonctionne presque normalement en Russie, et les personnalités politiques sollicitées pour des interviews, répondent fréquemment en utilisant la messagerie. Leur attachement au réseau social peut se comprendre : dans un pays où les médias indépendants ne sont pas légion, Telegram ‒ en particulier ses chaînes à caractère politique ‒ représente une véritable source d’informations alternatives.

Le fondateur de Telegram, Pavel Dourov, au Congrès mondial de la téléphonie mobile à Barcelone, en Espagne. 23 février 2016. Crédits : REUTERS
Le fondateur de Telegram, Pavel Dourov, au Congrès mondial de la téléphonie mobile à Barcelone, en Espagne. 23 février 2016. Crédits : REUTERS

Telegram comme outil d’influence

Selon le journal en ligne Proekt.media, le lectorat actif des chaînes et des blogs politiques de Telegram compterait actuellement environ 200 000 personnes. « Ce chiffre peut sembler faible, mais il s’agit d’un auditoire influent » : en premier lieu, de hauts fonctionnaires russes ayant « le sentiment d’être de moins en moins informés, au fur et à mesure des multiples remaniements effectués à la tête du pays », précise Proekt.media. Rendu nerveux par ce phénomène, l’entourage du président Poutine décide de tenter une « expérience » : organiser des fuites de l’intérieur, puis repérer sur quelles chaînes Telegram elles apparaissent, afin d’en identifier les auteurs. Sergueï Kirienko, qui, succédant à Viatcheslav Volodine, est chargé de la politique intérieure au sein de l’administration présidentielle, supervise l’opération.

Les chaînes politiques de la messagerie cryptée multiplient les publications critiques envers Alexeï Navalny.

Les hommes du Kremlin ne tardent pas à comprendre que la plupart des prétendues « informations exclusives » diffusées sur Telegram ne sont en réalité que déductions de bon sens ou suppositions. En pratique, les chaînes anonymes se contentent de relayer les informations déjà publiées par les grands médias nationaux, dès leur parution, en les faisant passer pour des révélations, ou encore d’analyser des renseignements trouvés sur les sites personnels des hommes politiques ou ceux des instituts de recherche et autres cabinets de conseils.

Rassuré sur la fidélité de ses collaborateurs, le Kremlin passe pourtant à l’offensive. Des prestataires sont recrutés spécialement pour apprivoiser le réseau social et l’utiliser comme un outil d’influence, en achetant la « collaboration » de certains des ses auteurs vedettes (plusieurs millions d’euros seraient alloués à l’opération). Premier objectif : discréditer l’opposant Alexeï Navalny. Un défi de taille : il faut que la prochaine présidentielle semble légitime aux yeux de la population malgré l’absence de l’opposant, dont la candidature a été rejetée, fin 2017, par la Commission électorale. Pour y parvenir, le Kremlin met en place une équipe dirigée par l’ex-attachée de presse du mouvement de jeunesse pro-Poutine Nachi (les Nôtres), Kristina Potouptchik, et Konstantin Kostine, ancien responsable de la politique intérieure au sein de l’administration présidentielle. Les chaînes politiques de la messagerie cryptée multiplient bientôt les publications critiques envers Navalny…

Alexeï Navalny au rassemblement contre le blocage de la messagerie Telegram, organisé par le Parti libertarien et le Parti pirate russe, à Moscou. 30 avril 2018. Crédits : Kommersant
Alexeï Navalny au rassemblement contre le blocage de la messagerie Telegram, organisé par le Parti libertarien et le Parti pirate russe, à Moscou. 30 avril 2018. Crédits : Kommersant

Mais, au-delà du cas Navalny, la véritable ambition des autorités est de parvenir à contrôler, un tant soit peu, le flux d’informations qui circulent sur les réseaux sociaux, et d’y exercer leur influence. Vkontakte et Mail.ru (à travers son réseau Moï Kroug) ont déjà fait les frais de cette ambition, en voyant leur capital tomber aux mains de proches du pouvoir.

Paiement en bitcoins

L’intrusion de l’État dans Telegram peut prendre d’autres formes : certaines chaînes sont directement animées par de hauts fonctionnaires ou par des « prestataires », telles Akitilop, Ortega et Polny P, supervisées par Kristina Potouptchik. D’autres blogs dépendent de grands groupes industriels « amis ». Ainsi Meïster, Boïlernaïa et Mash (entre 68 000 et 450 000 abonnés) appartiennent-ils à une famille d’oligarques, les Kovaltchouk. De même, des groupes de discussion sont liés à Alexeï Gromov, chargé de la politique d’information du Kremlin, ou à Igor Setchine, le patron de Rosneft, la plus puissante entreprise pétrolière de Russie.

Le blog animé par l’auteur anonyme Nezygar, extrêmement populaire, est suivi par plus de 190 000 abonnés. Le pseudonyme Nezygar [littéralement : ce n’est pas Zygar] est un jeu de mots sur le nom du journaliste Mikhaïl Zygar, ex-rédacteur en chef de la chaîne télévisée Dojd, proche de l’opposition. Auteur du best-seller La Cohorte du Kremlin, qui décortique les rouages de la hiérarchie et de la prise de décisions au sein de l’administration présidentielle, ce dernier n’a, bien évidemment, rien à voir avec le fameux blog.

Au cours de l’automne 2017, la chaîne Karaoulny aurait été rachetée par Rosneft. Depuis, le puissant groupe pétrolier n’y a plus jamais été mentionné…

Le blog Nezygar est cependant devenu une référence majeure pour nombre de journalistes et de personnalités politiques. Selon Proekt.media, il est celui qui demande « le plus d’argent » à ses commanditaires officieux, exigeant d’être payé en bitcoins. Une publication de cent mots y coûterait 1,5 bitcoin, soit environ 8 500 euros.

La chaîne Nezygar sur Telegram. Crédits : Moscow Times
La chaîne Nezygar sur Telegram. Crédits : Moscow Times

Les autres chaînes demandent à être payées en roubles. On peut acheter la publication d’un article pré-rédigé, ou le simple fait de mentionner positivement ou défavorablement tel ou tel individu ou entreprise. La chaîne Karaoulny, qui compte 84 000 abonnés, aurait ainsi réclamé aux journalistes de Proekt.media la somme de 60 000 roubles (800 euros environ) pour publier un simple post. Au cours de l’automne 2017, Karaoulny aurait été rachetée par Rosneft. Depuis, le puissant groupe pétrolier n’y a plus jamais été mentionné…

Rosneft contrôlerait aussi une série de chaînes spécialisées dans les questions énergétiques, telles Bourovaïa et TEK-TEK, qui comptent entre 5 000 et 6 000 abonnés. Lorsque le vice-Premier ministre Dmitri Kozak a ‒ récemment ‒ tenté de convaincre les grands capitaines de l’industrie pétrolière russe de geler les prix de l’essence, Bourovaïa a qualifié cette proposition de « ridicule », tandis que TEK-TEK pronostiquait sa démission prochaine. Officiellement, l’entreprise d’Igor Setchine nie tout lien avec les chaînes Telegram. « Rosneft ne s’occupe pas de ce genre de choses », a affirmé le porte-parole du groupe, Mikhaïl Leontiev.

Telegram, une histoire dépassée ?

La majorité des chaînes mises en cause par Proekt.media n’ont ni confirmé ni démenti les conclusions de cette enquête. Seule l’entreprise М 13, également citée, a porté plainte contre le site, réclamant 100 000 roubles (environ 1 400 euros) de dommages et intérêts.

Au demeurant, analystes et commentateurs politiques ne sont pas surpris par ces révélations. « Pas mal de gens sur Telegram sont prêts à publier des informations sur commande, moyennant finance, notamment des articles entièrement pré-rédigés, le plus souvent compromettants », affirme ainsi le directeur adjoint de l’ONG Transparency International Russia, Ilya Choumanov. « Je n’ignore pas que l’on spécule beaucoup sur ce sujet. Il est évident que certains blogs de Telegram s’opposent à la ligne politique du Kremlin, tandis que d’autres se montrent plus objectifs », considère, pour sa part, l’homme du président, Dmitri Peskov.

Les chaînes Telegram ne seraient plus une priorité pour le Kremlin, ce sont Viber et WhatsApp qui sont maintenant visés.

« Je ne crois pas qu’il existe ailleurs qu’en Russie un équivalent de cette culture des chaînes Telegram comme source d’information indépendante, note, quant à lui, Pavel Tchikov, directeur de l’ONG russe de défense des droits de l’homme Agora. Aujourd’hui, sur internet, elles font réellement concurrence aux médias traditionnels. Il est donc parfaitement logique qu’elles aient attiré l’attention des autorités, toujours si soucieuses de l’opinion publique », estime-t-il. Pavel Tchikov considère néanmoins que l’enquête de Proekt.media « grossit un peu le trait ». Selon lui, affirmer que le Kremlin aurait transformé Telegram en une sorte de pâle copie de la télévision publique russe ‒ inféodée au pouvoir ‒, n’est pas exact.

 « On ne veut pas de la télévision, on veut Telegram. » au rassemblement contre le blocage de la messagerie Telegram. 30 avril 2018. Crédits : RIAN
« On ne veut pas de la télévision, on veut Telegram. » Au rassemblement contre le blocage de la messagerie Telegram. 30 avril 2018. Crédits : RIAN

« À côté des chaînes incriminées, Telegram regorge d’autres blogs, tout aussi populaires, sinon plus, alternatifs et indépendants, offrant à leurs lecteurs une réelle liberté de choix. De fait, parler de contrôle de la messagerie par les autorités est très exagéré », déclare le directeur d’Agora.

Ilya Choumanov abonde dans ce sens. Pour lui, l’enquête de Proekt.media comporte « une part de vérité, mais au milieu d’hypothèses hasardeuses ». Le directeur adjoint de Transparency International connaît personnellement plusieurs administrateurs de chaînes Telegram, qui, souligne-t-il, « expriment librement leur opinion et leur perception des événements, sans se plier le moins du monde à de quelconques commandes », assure-t-il au Courrier de Russie.

« Telegram est un réseau d’un nouveau genre, complexe, et qui ne peut absolument pas être réduit à une division simpliste entre blogs honnêtes et blogs soudoyés, chaînes du pouvoir et chaînes de l’opposition. Rien n’est blanc ou noir, ici, tout est en demi-teintes, en nuances », résume Ilya Choumanov.

Quoi qu’il en soit, l’enquête de Proekt.media s’achève sur une conclusion intéressante : les chaînes Telegram ne seraient plus une priorité pour le Kremlin. « La messagerie inquiète de moins en moins les stratèges de l’entourage présidentiel ». Selon le journal en ligne, ce sont les messageries Viber et WhatsApp qui sont maintenant visées. À l’appui de cette affirmation, il indique que, pour prendre la température de l’opinion publique, notamment dans les régions russes, le Kremlin utiliserait le logiciel de surveillance des médias en ligne et des réseaux sociaux PriSma. On se souvient que l’existence d’un système de collecte de données analogue ‒ PRISM ‒ avait été révélée et dénoncée par Edward Snowden en 2013 (l’ancien employé de la CIA et de la NSA vit depuis… en Russie). Récemment, le logiciel aurait été reprogrammé pour repérer les posts commentant l’action des structures du pouvoir, publiés dans les groupes de discussion de Viber et WhatsApp – mais plus sur Telegram.

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Anastasia Sedukhina

Dernières nouvelles de la Russie

International

Biélorussie : l’anonymat sur internet en péril

Les autorités biélorusses ont récemment mis en place un système d’identification obligatoire des internautes qui laissent des commentaires sur les sites d’actualité ou sur les forums.

12 décembre 2018
Économie

Yandex, objet de toutes les convoitises

Depuis la mi-octobre, on ne parle plus que de Yandex, le « Google russe », sur les réseaux sociaux. La presse affirme que la plus grande banque du pays, Sberbank, contrôlée par l’État, s’apprête à prendre une part importante au capital du leader russe de l’IT. « Sberbank a entamé des négociations en vue d’acquérir un important paquet d’actions de Yandex ; il s’agirait pour le banque d’acquérir 30 % du capital du groupe d’Arkady Volozh… » annonce le journal Vedomosti le 18 octobre, sources à l’appui. L’État, principal actionnaire de Sberbank, prendrait ainsi le contrôle du leader russe de l’IT, conclut le quotidien économique. Si Vedomosti précise que rien n’est encore décidé, la réaction boursière est immédiate : le jour même, les actions de Yandex perdent 18 % de leur valeur au NASDAQ où la société est cotée, et voit sa capitalisation chuter d’1,8 milliard de dollars. Le lendemain, à l’ouverture des marchés, les actions de Yandex se déprécient encore de 6 %. Pour Forbes Russie, cette réaction des investisseurs est liée à deux craintes. D’une part, avec l’entrée de Sberbank dans son capital, Yandex risque de tomber sous le coup des sanctions occidentales. Ensuite, cette prise de contrôle par l’État pourrait faire fuir une partie des dirigeants du groupe, mais aussi les utilisateurs, au profit du concurrent américain Google (actuellement loin derrière Yandex en Russie). Pour mémoire, après le rachat de Vkontakte par des structures liées au Kremlin, et surtout après que le réseau social russe avait fourni au FSB certaines informations concernant ses utilisateurs, une partie de ces derniers l’avaient délaissé au profit de Facebook. « La chute des actions de Yandex signifie que les investisseurs sont sur leurs gardes, estime l’analyste financier Maxime Blant. Et pas seulement à cause de la menace de sanctions occidentales. En réalité, le calcul est élémentaire. Yandex, seule, est une entreprise russe privée ayant toutes les chances de devenir un groupe mondial. Yandex, associée à Sberbank, voit son potentiel de développement considérablement réduit, pour la bonne et simple raison que l’État en devient l’actionnaire principal ». Arkady Volozh, qui figure au classement Forbes des cent plus grosses fortunes de Russie, a fondé le moteur de recherche Yandex en 1997, un an avant la création de Google. Pourtant, très rapidement, Sberbank dément l’information. La banque n’a ni entamé de négociations avec Yandex ni été contactée par ses représentants, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

1 novembre 2018
Société

Pavel Dourov, le milliardaire russe citoyen du monde

Un nouveau nom figure au classement mondial des milliardaires en dollars établi par la revue américaine Forbes : celui de Pavel Dourov, fondateur du réseau social VKontakte (VK), surnommé le « Facebook russe », et de l’application de messagerie Telegram. L’homme d’affaires, dont la fortune s’élèverait à 1,7 milliard de dollars avec « possibilités de croissance », est un des rares milliardaires russes à ne pas s’être enrichis grâce aux ressources naturelles, notamment l’exportation d’hydrocarbures. La carrière de l’entrepreneur technologique n’est toutefois pas un long fleuve tranquille… Pavel Dourov et Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, ont beaucoup de points communs : tous les deux sont nés en 1984, ont créé un des réseaux sociaux les plus populaires au monde, sont devenus millionnaires bien avant leurs 30 ans, sont amateurs de minimalisme dans leurs tenues vestimentaires et leur quotidien… Même leurs relations avec le pouvoir présentent des similitudes : Mark Zuckerberg fait l’objet de critiques acerbes de la part de Donald Trump tandis que le conflit entre Pavel Dourov et les autorités russes a contraint celui-ci à vendre ses actions VKontakte et à quitter la Russie. « Depuis quelques semaines, je subis une pression venue de toutes parts. (…) Ni moi ni mon équipe n’avons l’intention de nous soumettre à la censure politique. (…) La liberté d’information est un droit inaliénable de la société post-industrielle. C’est un droit sans lequel l’existence de VKontakte n’a aucun sens », a écrit Pavel Dourov le 16 avril 2014 sur sa page VK. Dans d’autres messages, il explique que le Service fédéral de sécurité (FSB) a exigé de la part de la direction de VKontakte de lui remettre les données personnelles des administrateurs des groupes VK de l’Euromaïdan et de fermer le groupe de l’opposant Alexeï Navalny, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

12 mars 2018

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