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Le GRU, un service secret trop médiatisé

Le 21 novembre dernier, le général Igor Korobov, directeur du renseignement militaire russe (GRU), meurt subitement, à 62 ans, « des suites d’une longue maladie ». Il est aussitôt remplacé par le vice-amiral Igor Kostioukov, qui dirige de facto le service depuis l’été dernier afin de soulager son supérieur à la santé fragile. Ce jeu tragique de chaises musicales rappelle combien la vie de haut dirigeant du GRU est exigeante, entre opérations spéciales sur le terrain et décisions politiques radicales.

« Mais où est passé le mot renseignement ? Direction générale du renseignement, c’est comme cela qu’il faudrait dire », s’étonne avec malice Vladimir Poutine devant un parterre de hauts-gradés rassemblés pour le centenaire du service, en novembre dernier. Applaudissements nourris de l’assistance. Il est vrai que le changement de nom opéré en 2010 (Direction générale de l’état-major général russe ‒ GU), n’a en rien modifié les habitudes de langage des Russes, ni celles des étrangers qui persistent à appelé GRU ce service de renseignement militaire créé en 1918.

États de service

Dans leurs mémoires, les anciens du GRU placent généralement l’assaut du palais Tajbeg et la « neutralisation » du président afghan Hafizullah Amin, en décembre 1979, en tête des plus grands succès de leur service. « Les gars se sont rués à l’étage. Ils ont défoncé les portes et balancé des grenades. Soudain, ils ont vu le président Amin surgir de nulle part, en caleçon et t-shirt, mortellement blessé », se souvient un des assaillants. Le GRU perd 11 hommes dans l’opération, mais 350 gardes du palais sont tués. L’URSS nomme un fidèle, Babrak Karmal, à la tête de l’Afghanistan. C’est le début de la guerre.

 

Selon le site russe d’information Meduza, basé en Lettonie, les forces spéciales du GRU ont participé aux deux guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2000). Au milieu des années 1990, dans un Tadjikistan en pleine guerre civile, les agents russes forment les forces gouvernementales et libèrent des territoires occupés par les rebelles. Ils sont aussi actifs en Géorgie pendant la guerre d’août 2008.

« En Crimée, afin de désarmer et de neutraliser vingt mille soldats bien équipés, il fallait une escouade triée sur le volet. »

Les services spéciaux mènent des opérations en Ukraine dès le début de la crise, en 2014. En février, ils prennent l’aéroport et les bâtiments officiels de Simferopol, en Crimée. Ils sont alors sous les ordres directs de Vladimir Poutine. « Afin de désarmer et de neutraliser vingt mille soldats bien équipés, il fallait une escouade triée sur le volet, explique le président russe dans le documentaire Crimée. Retour à la maison, diffusé sur la chaîne Rossia 1 en mars 2015. Il fallait des spécialistes qui savaient comment s’y prendre. J’ai donc donné pour mission au ministère de la Défense – pourquoi le cacher ? […]

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Eugene Bai

Dernières nouvelles de la Russie

International

Crise au Venezuela :
le Kremlin prépare l’après-Maduro

Tandis que le président Nicolás Maduro apparaît de plus en plus isolé sur la scène internationale, la Russie se pose des questions sur la stratégie à adopter au Venezuela, un pays où elle compte d’importants actifs financiers et industriels.Le 10 février 2019, l’agence Reuters a annoncé que la société pétrolière publique Petroleos de Venezuela (PDVSA) allait transférer tous les comptes de ses coentreprises, visées par les lourdes sanctions américaines, vers la banque russe Gazprombank. Cette dernière, présente à Caracas depuis plus de dix ans, s’est empressée de démentir l’information. Cela n’a rien d’étonnant : la banque russe, elle-même sanctionnée depuis le début de la crise ukrainienne en 2014, veut à tout prix éviter de se retrouver au cœur d’un scandale international. Toutefois, les déclarations publiques de la banque ne signifient pas que l’opération ne s’est pas effectuée. Ces trois dernières années, les investissements russes dans le secteur pétrolier vénézuélien s’élèvent à 6,5 milliards de dollars, tandis que la dette globale de PDVSA auprès du pétrolier Rosneft atteint 2,3 milliards de dollars. De toute évidence, Juan Guaidó, le président de l’Assemblée nationale – qui s’est autoproclamé président de la République par intérim le 23 janvier –, n’a pas complètement tort d’affirmer que la Russie est plus préoccupée par le sort de ses investissements que par celui du président Maduro.Selon l’opposition, quatre-vingt-dix pourcents des soldats seraient prêts à reconnaître Juan Guaidó. Bien que ce chiffre soit probablement très exagéré, Maduro ne peut plus compter sur l’armée pour réprimer les manifestations.Les doutes du KremlinLe 6 février, l’agence Bloomberg a publié un article repris par tous les grands médias russes, dans lequel deux sources proches du Kremlin affirment que Moscou commence à douter sérieusement de la stabilité du gouvernement de Maduro et de sa capacité à gérer la crise politique à laquelle il est confronté. En outre, on s’inquiète, en haut lieu, de voir Caracas épuiser le soutien financier russe sans parvenir à redresser la situation économique catastrophique du pays. « Le temps joue contre Maduro », a récemment commenté Vladimir Djabarov, membre du comité des affaires internationales du Sénat russe, cité par Bloomberg. Selon lui, une aggravation de la situation pourrait retourner définitivement la société vénézuélienne contre son président. Or Moscou ne voit plus comment sortir Maduro du gouffre financier abyssal dans lequel il se trouve.Les hauts responsables russes ne cachent plus leur perplexité depuis la fin de janvier. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

14 février 2019
International

La Centrafrique, tête de pont russe sur le continent noir

Sous l’impulsion du président Vladimir Poutine, la Russie fait son retour en Afrique. Pour tenter d’y concurrencer les États-Unis, l’Europe (en particulier la France) et la Chine, et d’ouvrir ses entreprises, touchées par les sanctions occidentales, à de nouveaux marchés, Moscou mise sur la carte militaire.Le 30 juillet 2018, les corps d’Orkhan Djemal (reporter), d’Alexandre Rastorgouïev (documentariste) et de Kirill Radtchenko (cameraman) sont découverts dans une voiture, à 180 kilomètres au nord de Bangui, capitale de la Centrafrique. Pour les autorités locales et russes, ils sont tombés dans une embuscade. Mais selon une enquête du centre d’investigation Dossier (financé par l’ancien magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski, aujourd’hui en exil et principal opposant de Vladimir Poutine) publiée le 11 janvier dernier dans Novaïa gazeta, il s’agirait plutôt d’un assassinat visant à empêcher les trois journalistes de révéler la présence et les activités présumées de mercenaires russes dans le pays.Sous l’œil des gendarmesQuelques jours plus tard, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, déclare, citant le chauffeur des journalistes, que la voiture a été arrêtée à la sortie de la petite ville de Sibut : une patrouille aurait cherché à dissuader les journalistes de poursuivre leur route, arguant de la dangerosité de la région. Mais les trois hommes, envoyés en Centrafrique par le Centre d’investigation TsUR (également financé par Mikhaïl Khodorkovski, le TsUR a cessé ses activités à la fin du mois d’août 2018) pour recueillir des informations sur la société militaire privée russe Wagner, auraient décidé de passer outre la mise en garde. D’où la conclusion provisoire des autorités russes : ils seraient tombés dans une embuscade tendue par des bandits (la Centrafrique est un des pays les plus dangereux au monde, et ce genre d’incident n’est pas rare).Toutefois, selon le centre Dossier, les relevés téléphoniques feraient état de quarante-sept communications entre le chauffeur du véhicule, seul rescapé de l’attaque, et le gendarme Emmanuel Kotofio, dont le portable se serait connecté à des antennes relais situées non loin des lieux du crime. En outre, la patrouille rencontrée par les Russes aurait, peu avant leur passage, aperçu un véhicule transportant plusieurs individus… dont Emmanuel Kotofio.« Nous avons prouvé que les journalistes n’avaient pas été tués en résistant à leurs agresseurs, mais qu’ils avaient été assassinés de sang-froid, professionnellement, comme on se débarrasse de témoins gênants. »Khodorkovski contre la RussieL’enquête de Dossier donne aussitôt lieu à une violente passe d’armes entre les autorités russes et Mikhaïl Khodorkovski. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

24 janvier 2019
International

Maria Boutina, entre ombre et lumière

Accusée d’espionnage au profit de la Russie, Maria Boutina a été arrêtée aux États-Unis le 15 juillet dernier. L’affaire, évoquée dans les plus hautes sphères du pouvoir à Moscou, a pris un tour inattendu le 12 décembre dernier, lorsque la jeune femme, âgée de 30 ans, a reconnu, devant la justice, être « un agent du Kremlin » ayant pour mission d’instaurer des contacts informels avec des Américains influents. Jugement prévu le 12 février.Au moment de son arrestation, Maria Boutina vivait depuis près de quatre ans sur le territoire américain, où elle était arrivée avec un visa étudiant. Elle y entretenait des contacts réguliers avec des membres de la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby pro-armes, et des membres du Parti républicain, qui lui valent aujourd’hui de se retrouver dans une cellule de prison à Alexandria, en Virginie.Une double inculpationEn juillet dernier, la jeune femme se retrouve sous le coup d’une double inculpation. Le procureur du district de Columbia l’accuse de connivence avec un citoyen américain dont le nom est tenu secret par la justice américaine (ce « citoyen des États-Unis n° 1 », pour reprendre l’expression utilisée dans le dossier, serait Paul Erickson, un cadre du Parti républicain qui aurait entretenu une relation intime avec la jeune femme) au profit de la Russie. Maria Boutina encourt à ce titre une peine maximale de cinq ans de prison.Maria Boutina. Crédits : Maria BoutinaElle est aussi menacée de dix ans d’emprisonnement supplémentaires pour avoir « travaillé, depuis les États-Unis, sous la direction d’un haut fonctionnaire de l’État russe et de la Banque centrale de Russie, et tenté d’entrer en contact avec des personnalités américaines influentes afin d’orienter la politique de Washington en faveur des intérêts de la Fédération de Russie ». Des activités menées sans que les autorités locales en aient été informées (aux États-Unis, les personnes œuvrant en faveur d’un État étranger ont l’obligation de se faire enregistrer comme telles).Si, aux États-Unis, la Russe de trente ans est considérée comme un agent étranger, en Russie, au contraire, on la présente comme une détenue politique.Depuis l’arrestation de Maria Boutina jusqu’au mois de décembre, la défense de la jeune femme consistait à nier toute culpabilité. Pour son avocat, Robert Driscoll, elle s’est bornée à fréquenter des hommes politiques qui partageaient ses opinions, sans chercher d’aucune manière à les influencer. Mais, peu avant les fêtes de Noël, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

8 janvier 2019
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