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De Brejnev à Poutine :
Petite Histoire des vœux présidentiels de Nouvel An

En Russie, les vœux du président sont l’émission télévisée la plus suivie de l’année. Diffusés non à 20h, comme en France, mais à 23h50, ils s’achèvent traditionnellement sur les douze coups de minuit du carillon du Kremlin. Et, tout aussi traditionnellement, au dernier coup, dans les chaumières, on trinque au champagne en se souhaitant la bonne année.

Le Nouvel An, tradition européenne introduite en Russie, il y a près de 300 ans, par Pierre le Grand, est incontestablement, aujourd’hui, la fête préférée des Russes. Une célébration dans laquelle s’inscrivent désormais les vœux télévisés du chef de l’État. C’est le Secrétaire général du Parti communiste de l’URSS (PCUS) Leonid Brejnev qui, le premier, s’adresse à ses compatriotes depuis un studio de la tour de radio et télédiffusion d’Ostankino, le 31 décembre 1970, à minuit moins dix.

Bonne année, camarades !

Ce discours d’un Brejnev assis à un bureau devant une carte de l’URSS a des airs de bilan de congrès annuel du Parti : « L’énergie créatrice du peuple a permis une nouvelle victoire historique ! Les principaux objectifs socioéconomiques du plan quinquennal ont été atteints. […] Nous vous adressons nos vœux de Nouvel An en l’honneur du peuple soviétique, en l’honneur du Parti communiste léniniste et de notre Patrie socialiste si ardemment aimée. Nouvelle année, nouveau bonheur, mes chers camarades ! », proclame alors le premier Soviétique.

L’événement marque le début d’une période que l’on appellera plus tard la « stagnation » – un terme qui résume toutes les possibilités de développement manquées et la grande désillusion après l’espoir du « dégel ».

Par la suite, le Secrétaire général laisse, à plusieurs reprises, le président du Praesidium du Soviet suprême, Nikolaï Podgorny, ou celui du Conseil des ministres, Alexeï Kossyguine, souhaiter aux Russes de bonnes fêtes de fin d’année. Les derniers vœux de Leonid Brejnev datent de décembre 1974. Gravement malade, il n’apparaîtra plus, par la suite, à la télévision, de même que ses successeurs, Iouri Andropov et Konstantin Tchernenko. À compter de la fin des années 1970, les vœux de Nouvel An sont donc prononcés, au nom du chef du Parti, par le très professionnel Igor Kirillov, animateur légendaire de la télévision nationale, connu pour avoir présenté, de nombreuses années durant, la principale émission d’actualités soviétique : Vremia ( « Le temps »).

Gorbatchev/Reagan, vœux croisés

L’exercice connaît un renouveau avec l’arrivée au pouvoir d’un dirigeant jeune, énergique et ambitieux : Mikhaïl Gorbatchev. La politique de glasnost (qui consistait à rendre public ce que chacun savait, mais dont on ne parlait pas officiellement), d’ouverture du pouvoir et de perestroïka (reconstruction) qu’il initie, trouve naturellement un écho dans ce message traditionnel à la nation.

Ainsi, le 31 décembre 1985, le Secrétaire général du PCUS Gorbatchev s’adresse à la fois aux Soviétiques et… au peuple américain, à l’occasion de « vœux croisés » organisés avec le président Ronald Reagan – qui a brusquement cessé de voir dans l’URSS l’ « Empire du Mal ». Les deux dirigeants sont convenus de cette diffusion conjointe un mois plus tôt, en novembre, […]

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Anton Ramov

Dernières nouvelles de la Russie

Politique

Le pouvoir russe au féminin

Sénatrices, députées, ministres, opposantes… En cette Journée internationale des femmes, le Courrier de Russie dresse une série de portraits de responsables politiques russes plus ou moins influentes.Les femmes russes sont parmi les premières au monde à avoir obtenu le droit de vote – au printemps 1917 (les Américaines l’obtiennent en 1920, les Françaises en 1945, et les Suisses n’en disposent pleinement que depuis 1991). Aujourd’hui, dans la fonction publique russe, on rencontre même deux fois plus de femmes que d’hommes.Pourtant, la population ne semble pas pressée d’élire une représentante de la gent féminine au Kremlin. À la question : « Souhaiteriez-vous qu’une femme accède à la présidence d’ici dix ou quinze ans ? », posée par le centre Levada en 2017, les Russes ont répondu « non » à 53 %, contre seulement 34 % de « oui ». Curieusement, les sondés étaient plus nombreux (45 %) en 2006 à imaginer une femme à la tête du pays. À l’époque, ils étaient aussi 21 % à approuver l’idée d’une candidature féminine à l’élection présidentielle, contre 11 % seulement en 2017.Au parlement, des femmes rares mais puissantesLa femme la plus influente de la politique russe demeure incontestablement, depuis des années, la présidente du Conseil de la Fédération (la chambre haute du parlement russe), Valentina Matvienko, troisième personnage de l’État selon le protocole, derrière le président et le Premier ministre. S’il arrivait malheur aux deux premiers, c’est à elle que serait confiée la « valise nucléaire », qui commande l’arme atomique.Valentina Matvienko au Conseil de la Fédération en février 2019. Crédit : Council.govMilitante des Jeunesses communistes dans les années 1970, Mme Matvienko, soixante-neuf ans, a gravi les échelons du Parti à Leningrad (l’actuelle Saint-Pétersbourg). Dans les années 1990, elle est une des très rares ambassadrices de la jeune Fédération de Russie, en poste à Malte puis en Grèce. À Athènes, elle œuvre pour un renforcement durable des relations russo-grecques. De retour en Russie, Mme Matvienko devient successivement vice-Première ministre, représentante du président pour le district fédéral Nord-Ouest et gouverneur de Saint-Pétersbourg. En 2011, elle prend la tête du Sénat, où les femmes occupent à peine 18 % des sièges (30 sur 170).La Douma d’État (la chambre basse du parlement) ne brille pas non plus par son respect de la parité hommes-femmes, avec environ 16 % de députées (70 sur 450). […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

8 mars 2019
Politique

Le poutinisme après Poutine

Le 11 février dernier, le quotidien Nezavissimaïa gazeta publiait un article signé Vladislav Sourkov, le conseiller du président Vladimir Poutine. Vingt-quatre heures plus tard, le texte, intitulé « L’État persistant de Poutine », avait été lu plus de cent mille fois sur le site du journal.L’article de Vladislav Sourkov compte parmi les textes dont la signature donne tout son sens au contenu.L’auteur est conseiller de Vladimir Poutine depuis 2013 et fait partie du cercle restreint des hauts fonctionnaires ayant un accès direct au président. Officiellement, il est responsable des relations entre la Russie et les républiques autoproclamées d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud (dont l’indépendance a été reconnue en 2008 par sept pays, dont la Russie) ; dans les faits, il s’occupe aussi du conflit dans le Donbass. Vladislav Sourkov représente ainsi les intérêts russes lors des négociations concernant le conflit armé de l’Est ukrainien : en 2016, les autorités allemandes lui avaient délivré un visa Schengen afin qu’il puisse se rendre à Berlin pour les négociations du Format Normandie (qui réunit des représentants allemands, français, russes et ukrainiens), bien qu’il figure sur la liste des personnes interdites d’entrée dans l’Union européenne en raison de sa proximité avec le Kremlin.Dans les années 2000, Vladislav Sourkov a occupé plusieurs postes au cœur du pouvoir. Premier vice-directeur de l’administration présidentielle de 1999 à 2011, vice-Premier ministre de 2011 à 2013, il a été en charge de dossiers très variés : médias, organisations religieuses, justice, jeunesse, emploi. Il est à l’origine de la création de plusieurs mouvements de jeunesse pro-Kremlin comme « Nachi » (« Les Nôtres ») et la Jeune Garde de Russie unie, très actifs dans la seconde moitié des années 2000.L’article publié par Nezavissimaïa gazeta se veut « une description du système poutinien de gouvernance, ainsi qu’une réflexion sur le poutinisme comme idéologie d’avenir ».Dans les lointaines et « désastreuses » (dixit l’auteur) années 1990, Vladislav Sourkov (né Aslambek Doudaïev, d’un père tchétchène et d’une mère russe en 1964) a travaillé au service des relations publiques de la banque Menatep, sous la direction de l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski. Le futur patron du pétrolier Ioukos, emprisonné en 2003 pour escroquerie et fraude fiscale, avait engagé comme garde du corps le jeune homme rencontré en 1987, en pleine perestroïka. Celui-ci avait servi dans les services spéciaux du renseignement militaire (GRU).De la « démocratie souveraine » à l’ « État persistant »Vladislav Sourkov est considéré comme un des idéologues du régime politique actuel. On lui doit, par exemple, le concept de « démocratie souveraine », qu’il définissait ainsi en 2006 devant les responsables du parti au pouvoir, Russie unie : « C’est l’expression politique d’une société ayant à sa tête une autorité, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 février 2019
Opinions

Lioudmila Alexeïeva, un adieu unanime

Doyenne du mouvement des droits de l’homme en URSS et en Russie, Lioudmila Alexeïeva est décédée le 8 décembre, à l’âge de 91 ans. Présidente immuable du Groupe Helsinki de Moscou, elle jouissait d’une autorité incontestable dans son pays. Des personnalités de tout l’échiquier politique russe – du président Vladimir Poutine à l’opposant Alexeï Navalny – étaient présentes lors de la cérémonie d’adieu, qui s’est tenue le 11 décembre à Moscou. L’urne contenant ses cendres sera transportée à Washington : l’enterrement aura lieu dans le cimetière de l’église Saint-John, où reposent la mère, le mari et le fils aîné de la militante. Lioudmila Alexeïeva naît en 1927 dans la ville portuaire d’Eupatoria, en Crimée. Peu de temps après, sa famille s’installe à Moscou. Son père meurt au combat en 1942. Lioudmila cherche à rejoindre le front en tant qu’infirmière volontaire mais son jeune âge l’en empêche. En 1950, elle termine des études d’archéologie – d’après elle, la formation la moins « politique », ce qui a guidé son choix – au département d’Histoire de l’Université d’État de Moscou (MGU). C’est à l’âge de trente-huit ans que Lioudmila Alexeïeva entame son combat pour les droits de l’homme. En 1952, elle adhère au Parti communiste de l’Union soviétique, dont elle est expulsée en 1968, après s’être élevée contre les procès les plus retentissants de l’époque – ceux des écrivains Iouli Daniel et Andreï Sinavski, du journaliste Alexandre Ginsbourg et du poète Iouri Galanskov. En 1977, l’URSS la qualifie d’ « agent antisoviétique » et l’oblige à quitter le pays avec sa famille. Dans les années 1960 et 1970, l’appartement qu’elle occupe à Moscou sert de lieu de ralliement pour les dissidents soviétiques. Elle-même donne des interviews à des journaux occidentaux, conserve et diffuse des samizdats (écrits clandestins), dont L’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 décembre 2018

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