Opposants « malgré eux »

Les élections régionales, organisées courant septembre, ont créé la surprise en Russie. Le parti pro-Kremlin a perdu plusieurs de ses bastions au profit de candidats issus d’une opposition parlementaire censée être « aux ordres » depuis des années. Cette loyauté est aujourd’hui remise en cause.Les élections régionales, qui se sont déroulées au mois de septembre en Russie, ont vu des candidats des partis d’opposition l'emporter – à leur propre étonnement ! – face à leurs adversaires du parti pro-Kremlin, Russie unie. Deux gouverneurs issus du Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR) ont ainsi déjà pris leurs fonctions dans le territoire de Khabarovsk et la région de Vladimir, tandis que le territoire du Primorié se prépare à une nouvelle élection (la première ayant été invalidée), et la Khakassie, à un second tour, reporté au 11 novembre.Bien que le porte-parole de la présidence, Dmitri Peskov, affirme le contraire, la presse est unanime : le Kremlin prépare en ce moment même sa « vengeance » pour ces échecs qu’il n’a pas vu venir.« Le pouvoir va-t-il punir l’opposition, et comment ? » : la question, que se posent tous les médias russes, semblerait incongrue en Europe ou aux États-Unis. Là bas, le parti majoritaire ne saurait réagir à une série de revers électoraux qu’en tirant les leçons d’une campagne ratée et en redoublant d’efforts dans la lutte politique. Mais dans le contexte politique russe, il en va différemment.Depuis plusieurs années maintenant, on n’emploie plus en Russie le terme d’opposition qu’avec des guillemets, et toujours en distinguant, à toutes fins utiles, l'« opposition système » de l'« opposition hors système ». La première, l’opposition parlementaire, russe se résume en réalité à trois partis : le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF); Russie juste, de Sergueï Mironov ; et le LDPR, présidé par l’indétrônable député nationaliste et populiste Vladimir Jirinovski. Ces formations sont intégrées au système, autorisées par le pouvoir et agissent en totale conformité avec la ligne du Kremlin. Elles sont financées en grande partie par l’État et approuvent toutes les lois importantes pour le pouvoir.

De la révolte à la soumission

Il n’en a pas toujours été ainsi. Jusque dans les années 1990, les communistes russes, héritiers du Parti communiste d’Union soviétique (PCUS) et principaux opposants d’un pouvoir qui se qualifie de « démocrate », remportent des élections régionales et parlementaires, briguent sérieusement la présidence et participent même (après la crise économique de 1998) à la formation d’un gouvernement « de gauche ». C’est aussi un communiste qui préside la Douma, la chambre basse du parlement russe, jusqu’au début des années 2000. Les autres partis d’opposition obtiennent, eux aussi, des postes au sein du gouvernement : le parti Iabloko fournit un ombudsman, le Système énergétique unifié (UES) est présidé par un membre de l’Union des forces de droite,

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Konstantin Glikine

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