Éminence grise à la russe : L’ère Poutine ou l’administration présidentielle toute-puissante

« Éminence grise » : le surnom donné à François Leclerc du Tremblay, proche conseiller du cardinal de Richelieu, est entré depuis longtemps dans le langage courant. L’expression connaît notamment une forte popularité auprès des historiens et des politologues, toujours prêts à chercher (et à trouver), derrière chaque homme de pouvoir, celle ou celui qui, tout en préférant rester dans l’ombre, influence directement sa politique. Ces conseillers si particuliers existent partout : n’importe quel homme d’État, surtout s’il cultive un penchant autoritaire, a besoin d’avoir une personne, au sein de son cercle le plus rapproché, en qui il puisse avoir confiance. Même les dirigeants soviétiques avaient leurs éminences grises.Dernière partie : L’ère Poutine ou l’administration présidentielle toute-puissanteVladimir Poutine a été choisi par la « famille », le cercle proche de Boris Eltsine. Dans la période transitoire de la fin des années 1990, les éminences grises du premier président de la Fédération de Russie avaient besoin d’un homme qui leur soit dévoué et leur permettrait de garder la main sur le pouvoir. Le patron du FSB semblait avoir le profil recherché. Les maîtres officieux du Kremlin, Valentin Ioumachev et Boris Berezovski, se sont complètement trompés.Boris Eltsine quitte le Kremlin dans la douleur. Le pays est en crise, le Président est devenu extrêmement impopulaire et les perspectives d'une passation du pouvoir à l'un de ses proches sont très incertaines. La « revanche rouge » des communistes est moins à craindre que l’alliance Patrie-Toute la Russie (Otetchestvo-Vsia Rossiïa, OVR) conduite par le maire de Moscou, Iouri Loujkov, le gouverneur de Saint-Pétersbourg, Vladimir Iakovlev, et le président du Tatarstan, Mintimer Chaïmiev. OVR menace d’écraser le mouvement eltsinien Unité (Edinstvo) aux élections législatives de 1999, d'autant que cette coalition nationaliste est soutenue par le très populaire Evgueni Primakov, démis de ses fonctions de Premier ministre au printemps 1999. Pour le chef de l’administration présidentielle, Alexandre Volochine, il devient urgent de rétablir la paix dans le clan Eltsine et d’affaiblir Primakov.

Alexandre Volochine, le père de la « démocratie dirigée »

Alexandre Volochine naît en 1956 dans une famille d’intellectuels et d’universitaires. Il poursuit des études d’ingénieur à l'issue desquelles il travaille comme mécanicien sur une locomotive électrique. Dans les années 1990, il se lance dans les affaires et rencontre l'oligarque Boris Berezovski qui le prend dans son équipe avant de le propulser au Kremlin. D’abord conseiller puis premier adjoint du chef de cabinet du Président, Valentin Ioumachev (futur mari de la fille de Boris Eltsine, Tatiana Diatchenko), il prend la direction de l’administration présidentielle à partir de mars 1999. Unité bat largement OVR, la campagne ordurière menée par les médias aux ordres de Berezovski dissuade Primakov de se présenter à l’élection présidentielle, et une vidéo montrant les ébats de Skouratov avec deux prostituées, diffusée dans tout le pays par la télévision publique, met un terme à la carrière du procureur. Vladimir Poutine est élu au premier tour. Il maintient Alexandre Volochine à la tête de son administration.

Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou abonnez-vous !

Ivan Davydov

Dernières nouvelles de la Russie

Éminence grise à la russe : les hommes du premier président

Le premier président de la Fédération de Russie, Boris Eltsine, a dû bâtir un nouvel État à partir de rien. Il n’y était bien sûr pas prêt. Mais comment se préparer à une tâche aussi monumentale ? Solide gestionnaire, cadre du parti communiste, tribun de talent, il s’est trouvé confronté à une nomenklatura attachée à ses privilèges, et a pris la tête d’une démocratie naissante.

20 septembre 2018

Éminence grise à la russe : Alexandre Iakovlev, le père de la perestroïka

En Russie, nombreux sont ceux qui rêvent d’une restauration de l’empire soviétique ou, à tout le moins, qui regrettent sa disparition. Pour eux, le responsable honni de « la plus grande catastrophe du XXe siècle » est le compagnon d’armes de Mikhaïl Gorbatchev, Alexandre Iakovlev. Même la mort de cet ancien membre du Politburo, survenue en 2005, n’a pas apaisé leur ressentiment à son égard.

 

13 septembre 2018

Éminence grise à la russe : Mikhaïl Souslov, le gardien de la foi soviétique

En 1918, lorsque Mikhaïl Souslov s’inscrit au comité des pauvres de Chakhovskoïe, petit village du gouvernement de Saratov situé à quelque 700 km au sud-est de Moscou, il est loin de se douter qu’il deviendra un jour le deuxième personnage du plus grand pays du monde. Et pourtant… L’histoire soviétique est pleine de carrières étonnantes.

 

6 septembre 2018