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Éminence grise à la russe : Mikhaïl Souslov, le gardien de la foi soviétique

« Éminence grise » : le surnom donné à François Leclerc du Tremblay, proche conseiller du cardinal de Richelieu, est entré depuis longtemps dans le langage courant. L’expression connaît notamment une forte popularité auprès des historiens et des politologues, toujours prêts à chercher (et à trouver), derrière chaque homme de pouvoir, celle ou celui qui, tout en préférant rester dans l’ombre, influence directement sa politique. Ces conseillers si particuliers existent partout : n’importe quel homme d’État, surtout s’il cultive un penchant autoritaire, a besoin d’avoir une personne, au sein de son cercle le plus rapproché, en qui il puisse avoir confiance. Même les dirigeants soviétiques avaient leurs éminences grises.

Troisième partie: Mikhaïl Souslov, le gardien de la foi soviétique

En 1918, lorsque Mikhaïl Souslov s’inscrit au comité des pauvres (l’organe du pouvoir soviétique dans les campagnes jusqu’en 1919) de Chakhovskoïe, petit village du gouvernement de Saratov situé à quelque 700 km au sud-est de Moscou, il est loin de se douter qu’il deviendra un jour le deuxième personnage du plus grand pays du monde. Et pourtant… L’histoire soviétique est pleine de carrières étonnantes, qui débutent souvent par une assemblée enthousiaste des Jeunesses communistes. Alors âgé de 16 ans, ce fils de paysan perçoit l’écho d’un monde naissant dans les tracts distribués aux jeunes villageois. Il y fait la connaissance du dogme marxiste, qui devient sa religion. Il ne perdra jamais la foi.

Le premier fait d’arme du prosélyte est un exposé sur « La vie privée du militant des Jeunesses communistes ». Sa présentation comporte notamment une liste de commandements décrivant par le menu ce qu’un membre des Jeunesses communistes doit faire ou ne pas faire. Le texte produit une forte impression sur ses jeunes camarades, qui décident de le reproduire et de le distribuer à d’autres cellules du mouvement. Aucun exemplaire n’en subsiste aujourd’hui.

De l’Université au Comité central

Mikhaïl Souslov veut faire des études. Il obtient d’être envoyé à Moscou, où il intègre une faculté ouvrière (établissement dispensant des cours préparatoires destinés aux prolétaires), puis l’Institut d’économie Plekhanov. L’agitation de la vie étudiante ne l’intéresse pas. Lecteur assidu, il devient un expert des œuvres de Lénine et de Marx, capable à tout moment de trouver la citation adéquate pour étayer ses réflexions d’une autorité incontestable. Son zèle ne passe pas inaperçu. En 1931, il est nommé professeur d’économie politique à l’université de Moscou et à l’Académie industrielle, où il croise Nikita Khrouchtchev et la femme de Staline, Nadejda Allilouïeva, qui y poursuivent leurs études. Khrouchtchev dirige alors la cellule du Parti attachée à l’université ; il est loin de se douter, lui aussi, que ce professeur pointilleux et doctrinaire le déposera de son poste de Premier secrétaire du Comité central trente-cinq ans plus tard.

«À la fin des années 1940, Souslov compte parmi les instigateurs d’une campagne de lutte contre le cosmopolitisme, qui aurait facilement pu provoquer une nouvelle vague de grande terreur. »

Idéologue inflexible, Mikhaïl Souslov séduit les instances du Parti. Il entre à la Commission centrale de contrôle, chargée de veiller au respect de la discipline. En 1936, il entame une thèse à l’Institut d’Économie des professeurs rouges (établissement de formation des cadres du Parti et des professeurs de sciences sociales). […]

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Ivan Davydov

Dernières nouvelles de la Russie

Politique

Vladimir Poutine :
Le Verbe au pouvoir

Proverbes, expressions imagées, argot… Vladimir Poutine est un orateur hors pair, qui manie parfaitement le russe et sait comment s’adresser aux électeurs. La clef de sa longévité au Kremlin.Vladimir Poutine aime parler. Chaque année, il s’entretient pendant des heures avec les journalistes réunis pour sa conférence de presse, et plus encore avec les citoyens des quatre coins du pays qui s’adressent à lui au cours de l’émission de télévision « Ligne directe », elle aussi annuelle. Il aime discuter avec les jeunes lors des camps thématiques qu’il visite chaque été, comme avec les spécialistes et politologues du club Valdaï ou des nombreuses conférences internationales organisées par la Russie.Pourtant, l’opposition libérale a coutume d’affirmer que le chef du Kremlin est un piètre orateur, voire qu’il est un peu simplet. En admettant qu’elle ait raison, cela signifierait que le pouvoir est, depuis bientôt vingt ans, entre les mains d’un bavard que sa gaucherie n’a pas empêché de réduire à néant le rôle politique de cette même opposition…En réalité, Vladimir Poutine est un homme politique de talent, capable de transformer ses faiblesses en qualités. Son discours est étroitement conditionné par une stratégie, dont il n’a pas dévié d’un pouce depuis que Boris Eltsine l’a choisi comme Premier ministre, puis comme son successeur, en 1999. L’actuel président de la Russie fait fi des élites et sait s’adresser aux masses, à cette « majorité poutinienne » dont parle le politologue Gleb Pavlovski et auprès de laquelle, récemment encore, il jouissait d’une popularité stratosphérique.Parler simple, parler vraiLe premier cercle du président Eltsine avait jeté son dévolu sur Vladimir Poutine en pensant que le manque d’expérience politique de ce dernier le rendrait aisément gouvernable. On connaît la suite. Vladimir Poutine, de son côté, a d’emblée compris que le succès était une affaire de communication. À son arrivée au pouvoir, il s’attache presque immédiatement à prendre en main les grandes chaînes de télévision nationales – qu’elles aient marché pour ou contre lui lors de la campagne présidentielle de 2000. Dans le même temps, il soigne son discours. Et il faut bien le reconnaître : l’ancien agent des Services de renseignements soviétiques (KGB) sait parler.« M. le président, qu’est-il arrivé à votre sous-marin ? – Il a coulé. »Boris Eltsine, malade (et alcoolique, ajouteront les mauvaises langues) pendant une grande partie de sa présidence, parlait difficilement, sans articuler… et sans qu’on le comprenne toujours. Mikhaïl Gorbatchev avait un fort accent du sud, assez désagréable aux oreilles des autres habitants du pays, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

17 avril 2019
Opinions

Ukraine-Russie, vice-versa

Le second tour de l’élection présidentielle ukrainienne, qui se tiendra le 21 avril prochain, passionne les Russes. Sur les réseaux sociaux, aux arrêts de bus et à la machine à café, tout le pays se demande aujourd’hui qui, de Volodymyr Zelensky ou de Petro Porochenko, est le meilleur, le plus sympathique et le plus compétent des candidats à la fonction suprême. Un intérêt manifestement bienveillant qui peut surprendre : il y a seulement deux ans, selon certains sondages, les Russes considéraient l’Ukraine comme leur pire ennemi… après les États-Unis.En 2003, lorsque le président ukrainien Leonid Koutchma présente, à Moscou, son livre L’Ukraine n’est pas la Russie, l’affirmation n’étonne personne, mais elle en fait enrager plus d’un. En effet, si douze ans ont passé depuis l’effondrement de l’URSS, l’immense majorité des Russes – des citoyens ordinaires aux politiciens de haut rang – ne parviennent toujours pas à se faire à l’idée que l’Ukraine est un pays à part entière, bien réel, indépendant du leur. Le titre de Koutchma résonne à leurs oreilles comme un défi.Les intellectuels russes n’ont pas attendu la fin de l’URSS pour réfléchir aux formes d’État qui pourraient apparaître sur ses ruines. En 1990, dans Comment réaménager notre Russie ?, Alexandre Soljenitsyne envisage une formation unifiée réunissant les « trois républiques slaves » (Russie, Biélorussie et Ukraine) et le nord du Kazakhstan, peuplé majoritairement de Russes. Si l’essai fait grand bruit et provoque de violents débats, c’est pourtant la solution la plus acceptable face à l’inéluctabilité de la chute de l’empire soviétique.La proximité culturelle n’est pas un mythe. Les Russes comprennent globalement l’ukrainien, et les Ukrainiens maîtrisent généralement les deux langues.Mais l’Histoire en a décidé autrement, et la société russe a dû se résigner, tant bien que mal, à se séparer des républiques asiatiques ainsi que des États baltes. Elle a même fini par accepter l’indépendance de la Biélorussie. L’Ukraine, en revanche, est devenue pour la plupart des Russes un véritable membre fantôme – source de douleurs irrépressibles. Sans parler de la Crimée et de Sébastopol…Décret du présidium du conseil supérieur d’URSS sur « le transfert de l’oblast de Crimée à la République socialiste d’Ukraine ». Crédit : WikimédiaLa péninsule avait été « offerte » à la République socialiste soviétique d’Ukraine en 1954 par un Nikita Khrouchtchev qui, en lutte pour assurer son pouvoir après la mort de Staline (1953), cherchait à gagner le soutien des Ukrainiens, puissants au sein du parti communiste. Lors des négociations de l’Accord de Minsk, qui entérine la dislocation de l’URSS, en 1991, Boris Eltsine tente de soulever la question criméenne, comme le raconte dans ses Mémoires le premier président de l’Ukraine indépendante, Leonid Kravtchouk. Le sujet n’est pas jugé prioritaire, et la discussion est reportée sine die…Pour les Russes, l’indépendance de l’Ukraine est une perte, et le transfert de la Crimée ‒ un vol. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

10 avril 2019
Opinions

Lettre aux Gilets jaunes

Chers Gilets jaunes, Je voudrais commencer par vous souhaiter de joyeuses fêtes de fin d’année. Croyez bien que nous sommes nombreux, ici, à penser à vous et à partager votre allégresse, car sachez-le, en Russie, nous suivons votre mouvement avec beaucoup d’intérêt. Douce France Cela vous étonnera sans doute, mais vous êtes régulièrement montrés en exemple dans les médias. De manière générale, la télévision publique russe aime à critiquer et à moquer l’Europe. Je pense même que, si vous pouviez voir les reportages diffusés et les débats entre « experts » proposés à votre sujet, il vous prendrait aussitôt l’envie de plier bagage et de quitter à jamais la douce France. Si vous regardiez la télévision russe, vous sauriez ainsi qu’il n’y a plus que des migrants qui habitent votre pays. Vous découvririez aussi qu’on ne trouve plus, de Lille à Marseille, l’ombre d’un hétérosexuel, et que, dès l’école primaire, les cours sur la tolérance et l’égalité entre les sexes ont remplacé l’enseignement des mathématiques et de la grammaire. « On nous explique que votre démocratie tant vantée est devenue en réalité une dictature libérale. » À en croire les médias publics russes, les agriculteurs français sont ruinés depuis que la Russie ne leur achète plus de fromages en réaction aux sanctions économiques et financières prises par l’Union européenne contre Moscou. On ne manque pas non plus de nous expliquer que votre démocratie tant vantée est devenue en réalité une dictature libérale, et qu’il ne reste plus qu’un leader politique honnête en France : Marine Le Pen. Enfin, il paraît que, dans votre grande majorité, vous nous enviez, mais que vous êtes bien trop fiers pour l’avouer. Bienveillances policières Le mouvement des « Gilets jaunes » a ajouté un élément nouveau à cette vieille rengaine : les médias sous le contrôle du pouvoir nous abreuvent aujourd’hui de passages à tabac de manifestants par des policiers français. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

27 décembre 2018

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