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Éminence grise à la russe : Alexandre Iakovlev, le père de la perestroïka

« Éminence grise » : le surnom donné à François Leclerc du Tremblay, proche conseiller du cardinal de Richelieu, est entré depuis longtemps dans le langage courant. L’expression connaît notamment une forte popularité auprès des historiens et des politologues, toujours prêts à chercher (et à trouver), derrière chaque homme de pouvoir, celle ou celui qui, tout en préférant rester dans l’ombre, influence directement sa politique. Ces conseillers si particuliers existent partout : n’importe quel homme d’État, surtout s’il cultive un penchant autoritaire, a besoin d’avoir une personne, au sein de son cercle le plus rapproché, en qui il puisse avoir confiance. Même les dirigeants soviétiques avaient leurs éminences grises.Quatrième partie : Alexandre Iakovlev, le père de la perestroïkaAujourd’hui, en Russie, nombreux sont ceux qui rêvent d’une restauration de l’empire soviétique ou, à tout le moins, qui regrettent sa disparition. Pour eux, le responsable honni de « la plus grande catastrophe du XXe siècle » est le compagnon d’armes de Mikhaïl Gorbatchev, Alexandre Iakovlev. Même la mort de cet ancien membre du Politburo, survenue en 2005, n’a pas apaisé leur ressentiment à son égard. « Le fossoyeur de l’Union », « l’homme qui démantela l’URSS », « un agent de la CIA au cœur du Kremlin » : les articles et les tribunes aux titres éloquents continuent de paraître, signés par des nostalgiques d’un État totalitaire disparu. Dans le rejet que suscite aujourd'hui Alexandre Iakovlev, il est parfois difficile de faire la part de l’idéologie et celle de la simple amnésie. Car si l’autoproclamée « opposition démocratique » a cessé depuis longtemps de parler de lui comme de l'un de ses héros (voire d’en parler tout court), il n'est pas inutile de rappeler que, sans Iakovlev, il n’y aurait pas eu de perestroïka, pas plus que d’instauration des libertés civiles en Russie.Alexandre Iakovlev naît en 1923 dans le village de Korolevo, à environ 250 km au nord-est de Moscou. En 1941, ce fils de paysans passe des bancs de l’école au champ de bataille. Il est démobilisé à la suite d’une grave blessure. Il entre ensuite au Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) et occupe la chaire d’enseignement militaire de l’institut pédagogique de Iaroslavl. Après sa formation à l’école supérieure du Parti, il travaille comme journaliste et comme instructeur au service de propagande du comité régional du PCUS. En 1953, il quitte Iaroslavl pour Moscou. La carrière de l’ancien soldat est en marche. Alexandre Iakovlev poursuit ses études. Pendant ses années de thèse à l’Académie des sciences sociales près le Comité central du PCUS (1956-1960), il passe un an à l’université de Columbia, aux États-Unis. Ce voyage témoigne de la confiance que le jeune apparatchik inspire à la direction du Parti : on n’envoie pas n’importe qui de l’autre côté du « rideau de fer ».

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Ivan Davydov

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