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Jean-Luc Mélenchon : « La relation franco-russe a une force d’évidence »

À l’occasion de sa visite en Russie, Jean-Luc Mélenchon a accordé au Courrier de Russie une interview exclusive dans laquelle il aborde la plupart des grands dossiers de politique étrangère du moment : Iran, Syrie, Ukraine… Le chef de file de la France insoumise entame une série de voyages à l’étranger dans le but de fédérer des mouvements de gauche apparentés au sien et de créer un nouvel espace politique mondial.

Le Courrier de Russie : Que retirez-vous de cette visite en Russie ? Qui avez-vous rencontré ?

Jean-Luc Mélenchon :  D’abord, je suis heureux d’avoir atteint les objectifs que je m’étais fixés. Le premier était sans doute le plus abstrait, le plus difficile à réaliser : manifester une fraternité avec le peuple russe. Ce que j’ai pu faire en participant à la marche du 9 mai qui est ici un événement dont je ne mesurais pas toute l’importance. Je crois que c’est effectivement, de ce que l’on m’a dit, la vraie fête nationale russe. C’est tout à fait admirable. Et cela m’a donné des idées. J’aimerais pouvoir faire la même chose en France. Je vais y réfléchir en profondeur.

Donc, ce geste-là est réussi, précédé de la petite commémoration au monument de l’escadrille Normandie-Niemen, qui a été extrêmement émouvante et à mon avis porteuse de sens. Non seulement par rapport aux Russes, mais aussi par rapport à mes compatriotes, et surtout, peut-être, à ceux qui militent avec moi, partagent mes combats, qu’ils en comprennent toute la portée et la signification. Qu’ils comprennent ce que cela veut dire : les Russes sont nos partenaires. Bref, mon idée essentielle, ici, était de dédramatiser la relation aux Russes, de refuser cette mentalité abominable de « guerre froide » que tant de gens s’efforcent de rétablir. Et d’y mettre une énergie considérable, parce que rien n’est plus antinaturel. La relation franco-russe a une force d’évidence dont je comprends qu’elle ne puisse être combattue que par des méthodes extrêmement violentes. Et nous sommes là-dedans. Le parlement européen ne cesse d’adopter des textes ineptes sur le sujet. La propagande dans les médias de l’officialité est absolument insupportable, grossièrement antirusse, elle ne fait à aucun moment la part des choses.
Ce premier objectif atteint, il y en avait un autre, politique mais qui participe aussi de cette idée : faire la connaissance de Sergueï Oudaltsov, que je ne connaissais, malheureusement, que de loin.

LCDR : Il purgeait une peine de prison pour son engagement anti-Poutine…

J.-L.M : Durant la période où je faisais moi-même parti du Front de gauche français, nous avons appris qu’il y avait un Front de gauche russe et nous étions émerveillés que quelqu’un porte le même nom que nous. Nous avons pris des renseignements pour savoir si cette formation et Sergueï Oudaltsov lui-même s’étaient tenus à distance de tous les remous antisémites ou xénophobes que l’on observe parfois en Russie comme ailleurs. C’était le cas, et j’étais enchanté de le défendre. Il m’en a remercié en me disant que, grâce à ce soutien, il avait peut-être eu un traitement moins sévère (inculpé pour « préparation de troubles massifs », Sergueï Oudaltsov a été incarcéré de 2014 à 2017, ndlr).
Je suis venu dans l’intention, d’abord, de vraiment le connaître, et puis de lui proposer de participer à un club mondial d’hommes et de femmes de gauche ‒ on va dire « de gauche » en espérant que l’expression soit bien comprise par tout le monde. On pourrait aussi appeler cela un nouvel humanisme éco-socialiste ‒ et Oudaltsov est d’accord. Pour moi, c’est très important : un Russe, absolument courageux, accepte de participer à un regroupement mondial. Donc, en octobre prochain, je vais me rendre aux États-Unis pour voir si Bernie Sanders est, lui aussi, d’accord. Et, quand on mettra dans la même marmite Oudaltsov, Sanders, les organisations du mouvement « Et maintenant le peuple », que nous sommes en train de créer avec Podemos, le Bloco de Esquerda portugais et les Rouges et Verts danois, eh bien on pourra dire que nous avons reconstitué un espace politique mondial, […]

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Propos recueillis par Jean-Claude Galli

Dernières nouvelles de la Russie

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Fidèles et infidèles
L’orthodoxie divisée

La reconnaissance, début janvier, de l’indépendance de l’Église orthodoxe d’Ukraine unifiée, par le patriarcat œcuménique de Constantinople, exacerbe les relations déjà extrêmement tendues entre Kiev et Moscou. Quant aux autres Églises autocéphales, elles semblent éviter soigneusement de prendre position.La volonté d’une partie des orthodoxes ukrainiens de se doter d’une représentation religieuse libérée de la tutelle du patriarcat de Moscou ne date pas d’hier : elle s’exprime ouvertement dès la chute de l’URSS et la naissance de l’Ukraine indépendante, en 1991. Aussi, quand le 5 janvier dernier, à Istanbul, le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople, primus inter pares parmi les chefs des Églises orthodoxes mondiales, signe le tomos, le décret octroyant l’autocéphalie (indépendance tant juridique que spirituelle) à l’Église d’Ukraine unifiée, il s’agit d’un jour historique. Le lendemain, le chef de la nouvelle entité religieuse, le métropolite Épiphane, reçoit des mains de Bartholomée le bâton pastoral et le fameux tomos, roulé comme un ancien parchemin, en présence d’une importante délégation d’officiels venus de Kiev, conduite par le président Petro Porochenko en personne. Le 7 janvier, le tomos fait un premier voyage en Ukraine : il est exposé, pendant la messe du Noël orthodoxe, dans la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev. Le 8, le précieux document retourne à Istanbul, pour être une dernière fois vérifié, puis signé, par tous les membres du Synode du patriarcat œcuménique. Aujourd’hui, le tomos est revenu à Kiev, où il sera conservé dans l’église-réfectoire du monastère médiéval Sainte-Sophie, accessible au public.La deuxième église du monde orthodoxeJusque récemment, l’Ukraine comptait trois églises concurrentes : l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou (affiliée à sa « grande sœur » russe), l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Kiev et l’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne – toutes deux non reconnues par Moscou. Pour se voir enfin accorder l’autocéphalie, ces dernières devaient fusionner : il s’agissait d’une condition sine qua non pour le patriarcat de Constantinople. Elles y parviennent le 15 décembre dernier, à l’issue d’un « concile unificateur » tenu à Kiev.Le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople signe le Tomos octroyant l’autocéphalie à l’église d’Ukraine unifiée, le 5 janvier 2019. Crédit : BreitbartDepuis cette « fusion », l’Ukraine ne compte donc plus que deux Églises orthodoxes : celle soutenue par le patriarcat de Constantinople, et celle attachée au Patriarcat de Moscou.Pour l’heure, la seconde compte encore deux fois plus de fidèles que la première. Mais, selon de nombreux observateurs, cette proportion pourrait bientôt s’inverser. Philarète, ex-métropolite de Kiev, nommé patriarche honorifique de la nouvelle église unifiée, en est d’ailleurs convaincu : cette dernière est vouée à devenir la deuxième Église autocéphale, derrière celle de Russie, et à « jouer au sein de la communauté orthodoxe mondiale un rôle à la mesure de cette position ». « L’Ukraine va se renforcer au travers de son Église », […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

22 janvier 2019
International

Le retour du Docteur Folamour

Alors que les États-Unis ont lancé un ultimatum à la Russie pour qu'elle se conforme aux règles du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), Vladimir Poutine vient d'annoncer que son pays pourrait rapidement se doter de cette catégorie d'armes si les Américains décidaient de se retirer du traité.

20 décembre 2018
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Soljenitsyne ou la liberté responsable

En 2017, peu après la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, Hervé Mariton, figure de la droite libérale française, décide de faire une longue pause dans sa carrière politique. Fin connaisseur de la Russie (il parle le russe couramment), l’ancien député de la Drôme consacre aujourd’hui son temps à l’écriture d’un livre sur Alexandre Soljenitsyne et à l’adaptation théâtrale d’un des textes majeurs de l’écrivain dissident, le discours de Harvard, prononcé le 8 juin 1978 devant les étudiants de la célèbre université américaine. Le 6 novembre dernier, à Moscou, en présence de Nathalie Soljénitsyne, la veuve de l’écrivain, l’ancien ministre de l’Outre-mer a donné une interprétation de ce texte – en de nombreux points prophétique – sur le déclin du courage dans les démocraties occidentales. L’occasion pour Le Courrier de Russie de revenir avec lui sur l’héritage politique et philosophique de l’auteur de L’Archipel du Goulag, dont nous célébrons le centenaire cette année. (*) Le Courrier de Russie : Aujourd’hui en France, on parle peu d’Alexandre Soljenitsyne. Comment l’expliquez-vous ? Hervé Mariton : Il faut affronter la réalité telle qu’elle est : on ne parle quasiment plus de Soljenitsyne en France. Il a gagné son combat contre le totalitarisme soviétique, alors, après la chute du Mur de Berlin, on est passé à autre chose. Mais il se trouve que « autre chose » ne veut pas dire la fin de tous les totalitarismes. Donc, je crois qu’il est important de bien entendre le message de Soljenitsyne sur la lutte de l’homme, et sa responsabilité individuelle à ne pas se laisser prendre comme le grain entre les meules. Chacun d’entre nous a sa responsabilité d’homme, dans les conditions les plus sévères, y compris pour l’homme le plus modeste, à l’exemple d’Ivan Denissovitch. Soljenitsyne est donc oublié parce que les circonstances politiques ont évolué, ce qui est une forme de paradoxe, car l’histoire lui a donné raison. Il est aussi oublié parce que, tout simplement, la culture s’use, ce qui est assez triste. Mais si on a en tête que la lutte contre le totalitarisme, en particulier la menace islamiste, est tout à fait d’actualité, alors souvenons-nous de Soljenitsyne. Aujourd’hui, en Europe et dans le monde, on s’interroge beaucoup sur le fait que la démocratie exigée serait ou non compatible avec la liberté. Soljenitsyne c’est à la fois l’affirmation d’une liberté incarnée, élevée, et d’une démocratie dans l’éthique. Alors, n’allons pas chercher des oppositions qui ne sont pas justifiées, et souvenons-nous de Soljenitsyne pour lutter contre le totalitarisme d’aujourd’hui, en particulier le totalitarisme islamiste. LCDR : Soljenitsyne est très clairement considéré comme un écrivain réactionnaire en France. D’aucuns prétendent qu’il aurait même fourni à Vladimir Poutine son logiciel politique. Que répondez-vous à cela ? H.M. : Dans son livre Dans la tête de Poutine, Michel Eltchaninoff décrit l’influence de Nicolas Berdiaev sur Poutine [1874-1948, ndlr]. Berdiaev, philosophe russe chrétien, a lui-même très probablement influencé Soljenitsyne. Je pense qu’en vérité, cette critique arrange beaucoup de monde. Elle arrange ceux qui utilisent abusivement Soljenitsyne dans une droite antilibérale. J’assume d’être à la fois libéral et conservateur, au sens de Benjamin Disraeli. Je critique cette manière qu’a eue Philippe de Villiers, cet été, pour les dix ans de la mort de Soljenitsyne, de partager une de ses critiques qui dirait que la liberté est destructrice et irresponsable. Soljenitsyne ne dit pas cela, mais distingue la « liberté de mal faire » et la « liberté de bien faire ». Il dit que la responsabilité et le devoir de chacun d’entre nous est de distinguer le bien et le mal, et que la « liberté de mal faire » est destructrice et irresponsable. Donc, vous avez, d’un côté, cette grande déformation et, de l’autre, toute une partie de la gauche dans le monde, notamment en France, qui ne supporte pas le combat pour la liberté de Soljenitsyne, qui ne l’a jamais supporté, et qui peut trouver très commode qu’une certaine droite l’accapare. Ainsi, il existe à la fois une droite antilibérale, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Crédits Image : Kommersant13 novembre 2018

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