Le Courrier de Russie

Moscou, Saint-Pétersbourg : comment Poutine a réussi à mobiliser les capitales russes

Le 18 mars, sur 73,36 millions d’électeurs qui ont pris part au scrutin, plus de 56 millions ont voté pour Vladimir Poutine. En 2012, ils étaient 45,6 millions.

Si la Russie est un pays immense, ce sont ses « capitales » – Moscou (12,5 millions d’habitants) et Saint-Pétersbourg (5,3 millions) – qui continuent de façonner sa vie politique. Comment s’est déroulé le scrutin dans les deux plus grandes villes de la Fédération ?

Une famille moscovite vote. Crédits : Blog de Sergueï Sobianine

Le vainqueur de l’élection étant connu avant le début de la campagne, la vraie question concernait l’ampleur de cette victoire et le taux de participation. En définitive, même les Moscovites sont allés voter massivement. Outre la traditionnelle mobilisation des employés du secteur public (ceux qu’on appelle en Russie les bioudjetniki) les autorités de la capitale ont simplifié les démarches permettant aux habitants de voter ailleurs que sur leur lieu d’enregistrement.

Le contraste avec les municipales de septembre 2017 est particulièrement frappant : à l’époque, les autorités avaient consciemment misé sur un taux de participation bas en passant le scrutin sous silence. Certains électeurs avaient même passé plus d’une heure à trouver leur bureau de vote. Cette fois-ci, au contraire, tout a été mis en œuvre pour les informer : l’auteur de ces lignes a ainsi reçu par la poste une belle invitation sur papier ainsi qu’un courriel du portail officiel des services publics Gosuslugi.ru contenant l’adresse exacte de son bureau de vote et un plan pour s’y rendre.

Iouri Afonine dans un bureau de vote le 18 mars 2018. Crédits : Douma – VK

Oranges de Syrie et musique de films soviétiques à Moscou

De nombreuses animations ont également été organisées pour les moscovites accompagnés de leurs enfants. Dans certains bureaux, les citoyens pouvaient acheter des pommes de terre, des petits pains et des oranges importées de Syrie (!) pour 84 roubles (1,18 euro) le kilo, un prix bon marché dans la capitale russe, le tout en écoutant la musique entraînante de films soviétiques.

Le président sortant et candidat indépendant Vladimir Poutine a recueilli à Moscou 70,88 % des voix. Le candidat du Parti communiste (KPRF) Pavel Groudinine est loin derrière avec 12,47 %. Bien que cette deuxième position soit honorable, il s’agit d’une défaite sans appel. En 2012, Guennadi Ziouganov, indéboulonnable dirigeant du KPRF, avait convaincu 19 % des Moscovites.

Le nationaliste Vladimir Jirinovski (LDPR) ferme le trio de tête avec 4,7 % des votes, devant la candidate libérale Ksenia Sobtchak (« Initiative citoyenne ») et ses 4,08 %. Sa quatrième place peut difficilement être qualifiée de succès. En 2012, le libéral Mikhaïl Prokhorov avait recueilli plus de 20 % des voix, se hissant ainsi à la deuxième place dans la capitale, devant le candidat communiste.

Grigori Iavlinski (parti libéral-démocrate Iabloko) a enregistré son pire résultat avec 3,17 % (il a participé aux campagnes de 1996 et 2000) et est suivi du délégué aux droits des entrepreneurs Boris Titov (Parti de la croissance), nouveau venu dans la course à la présidence, qui a recueilli seulement 1,56 % de voix.

Vladimir Jirinovski « choqué » par le résultat du vote. Crédits : Pervy Kanal – Youtube

Saint-Pétersbourg : 75 % pour « tonton Vova »

Dans sa ville natale, Vladimir Poutine a séduit un nombre encore plus important d’électeurs avec 75 % de voix en sa faveur et un taux de participation de 63,87 %. Le candidat communiste Pavel Groudinine occupe la deuxième marche (9,02 %).

Contrairement à Moscou, dans la capitale du Nord, Ksenia Sobtchak a décroché la troisième place (4,33 %), devançant Vladimir Jirinovski (4,09 %). Le nom de famille de la candidate, connu de tous les Pétersbourgeois, a sans doute joué en sa faveur : au milieu des années 1990, son père, Anatoli Sobtchak, a été le maire de la ville et le mentor politique de Vladimir Poutine, que la petite Ksenia, alors âgée de 10 ans, appelait « tonton Vova ».
Dans les deux capitales, moins de 1 % des habitants ont voté pour le « président stalinien » Maxim Souraïkine et l’ultranationaliste Sergueï Babourine.

La tactique d’Alexeï Navalny, considéré comme le principal opposant de Vladimir Poutine – et interdit de candidature pour condamnation judiciaire – qui consistait en un boycott massif de l’élection, a été un échec.