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L'ancien Premier ministre du Daghestan, Abdoussamad Gamidov, en état d'arrestation. Crédits : Comité d'enquête

Moscou : Descente politique dans le Caucase

« Ce n’est pas moi qui suis venu au Daghestan, mais le reste de la Russie » : telle est la phrase énigmatique prononcée par Vladimir Vassiliev, ancien général de la police et chef de file du groupe parlementaire Russie unie à la Douma d’État, en octobre 2017, immédiatement après sa nomination par le Kremlin aux fonctions de dirigeant du Daghestan.

Ces dernières années, la république russe la plus sensible du Nord-Caucase est devenue un véritable « trou noir » pour le budget fédéral. Aujourd’hui, les propos de M. Vassiliev prennent tout leur sens : depuis le début du mois de janvier, les hauts fonctionnaires daghestanais sont frappés par la plus grande vague de purges de toute l’histoire postsoviétique. Par la main de fer de Vladimir Vassiliev, le Kremlin reprend le contrôle du Daghestan.

Le Courrier de Russie a interrogé Denis Sokolov, spécialiste du Caucase et chercheur à l’Académie présidentielle de l’administration publique, sur cette prise de contrôle politique qui pourrait s’étendre à d’autres républiques du Caucase.

Le Courrier de Russie : Au Daghestan, 70 procès pénaux et 450 procès administratifs ont déjà été intentés contre des fonctionnaires locaux. […]

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Propos recueillis par Anastasia Sedukhina

Dernières nouvelles de la Russie

Politique

Daghestan : L’indispensable Souleïman Kerimov

Pourquoi l'oligarque Souleïman Kerimov, arrêté et poursuivi en France, a-t-il pu rentrer d’urgence en Russie ?

15 février 2018
Société

Nord-Caucase : « Les Caucasiennes ne se sont jamais senties aussi peu libres qu’aujourd’hui »

Quelle est la situation des femmes dans le Caucase du Nord ? Irina Kosterina, chercheuse auprès de la Fondation Heinrich Böll à Moscou, a parcouru la région de long en large, deux ans durant, à la rencontre de ses habitantes. Elle aborde les résultats de ses recherches, qu’elle vient de publier, dans un entretien pour le portail en ligne Daptar.ru. Daptar.ru : Vous avez étudié la situation des femmes en Tchétchénie, en Ingouchie, en Kabardino-Balkarie et au Daghestan. Comment s’est déroulée la collecte des données et quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Irina Kosterina : Le plus difficile a été de convaincre les femmes de remplir nos questionnaires et de donner des interviews sur dictaphone. Bien entendu, nous leur garantissions anonymat et protection. Mais beaucoup avaient tout de même peur. Elles pensaient que si elles parlaient ouvertement de la violence dont elles sont victimes, de leur vie sexuelle ou de leurs relations avec leurs proches, leurs propos seraient utilisés contre elles, qu’elles risquaient d’être jugées, insultées, voire assassinées. Il est arrivé que des femmes nous racontent leur vie pendant 40 minutes, puis nous demandent d’effacer l’enregistrement. Mais nous sommes parvenus à les rassurer : par exemple, en installant des urnes dans lesquelles elles pouvaient déposer leurs réponses aux questionnaires et les mélanger directement aux autres. Daptar.ru : Dans le Nord-Caucase, on place les valeurs morales au-dessus de la vie humaine. Mais que recouvre ce terme lui-même ? Les résultats de vos recherches permettent-ils de mieux le comprendre ? I.K. : Les « valeurs morales » sont une notion très complexe. La morale n’est pas toujours liée à l’éthique de l’islam. Il existe des représentations plus générales, plus larges ou plus anciennes. Concernant l’« honneur » de la femme caucasienne, par exemple : cette dernière doit être réservée, s’habiller modestement, écouter et obéir aux aînés et aux hommes de sa famille. Nous sommes arrivés à la conclusion que la Tchétchénie est la plus conservatrice des régions du Caucase : les exigences morales y sont très strictes, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

1 avril 2016
Politique

« Si la Russie s’affaiblit, c’est tout le Caucase qui s’enflammera »

À qui profitait la guerre de Tchétchénie et quels dangers portent en eux les actuels conflits interethniques gelés dans le Nord-Caucase ? Sergueï Chakhraï, vice-Premier ministre du gouvernement russe de 1991 à 1996 et directeur de l’administration temporaire dans la zone du conflit osséto-ingouche en 1992, évoque ces questions pour Lenta.ru. Lenta.ru : On dit que le conflit osséto-ingouche avait couvé durant longtemps avant de s’embraser de façon brusque et inattendue. Qu’en pensez-vous ? Sergueï Chakhraï : Ce conflit a une longue histoire, et 1992 n’en a été qu’une nouvelle explosion. Pour moi, les origines remontent à l’année 1919, au moment où les bolchéviques ont sciemment enfreint l’équilibre des forces et des intérêts qui s’était établi dans le Nord-Caucase au cours des deux siècles précédents. Dans la Russie d’avant la Révolution, les cosaques du Terek jouaient un rôle majeur dans la région, leurs stanitsas (villages-garnisons) servant de tampons entre les peuples chrétiens et musulmans locaux, évitant qu’ils ne se fassent la guerre entre eux. On trouvait d’ailleurs aussi des cosaques du Terek dans le raïon Prigorodny, en Ossétie actuelle, qui continuaient de séparer naturellement les Ossètes et les Ingouches. Et donc, les bolchéviques, après avoir massacré plus d’un million de ces cosaques du Terek, ont repeuplé de force leurs villages avec des représentants des peuples déportés depuis les montagnes : Ossètes, Ingouches, Tchétchènes, Avars et Darguines. Lenta.ru : Pour quoi faire ?S.C. : Les bolchéviques comprenaient que les hommes sont plus faciles à contrôler dans la plaine que dans les montagnes… Mais ce faisant, ils ont profondément embrouillé la situation dans le Caucase. Au cours des quarante premières années d’existence du pouvoir soviétique, les frontières entre les formations nationales du Nord-Caucase ont été redessinées 36 fois ! Et les choses se sont encore aggravées après les nouvelles déportations de peuples montagnards en 1944 et surtout leur retour, en 1956, quand ils ont trouvé leurs terres occupées par des étrangers. Toutes ces circonstances, s’ajoutant les unes aux autres, ont finalement tressé une gigantesque pelote de problèmes, de rancunes et de contradictions, qui ont immédiatement resurgi avec l’affaiblissement du pouvoir central de Moscou. Tous les peuples du Caucase ont voulu rétablir la « justice historique » à la façon dont ils la comprenaient – mais ils avaient chacun leur vérité. En 1992, après l’effondrement de la République socialiste soviétique autonome de Tchétchénie et d’Ingouchie, on a rétabli une Autonomie ingouche, mais sans en déterminer précisément les frontières – ni à l’ouest avec l’Ossétie du Nord, ni à l’est avec la Tchétchénie. Il n’existe jusqu’à présent pas de délimitation territoriale en bonne et due forme entre l’Ingouchie et la république de Tchétchénie, et ce sont ces disputes entre Ingouches et Ossètes concernant le raïon Prigorodny qui ont débouché, le 31 octobre 1992, sur le déclenchement d’un conflit armé sanguinaire. Lenta.ru : Pourquoi est-ce vous qui avez été appelé pour tenter de le résoudre ? S.C. : Je ne sais même plus, aujourd’hui, qui s’est souvenu de moi dans ce moment difficile – et du fait que je suis, précisément, un descendant des cosaques du Terek. Début novembre 1992, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

19 janvier 2016

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