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Un état-major inédit pour mener la campagne de Vladimir Poutine

Le président russe a choisi de se présenter comme « candidat du peuple » et de se distancer de la « verticale bureaucratique » traditionnellement associée à son pouvoir en choisissant pour son état-major de campagne trois personnes issues de la société civile.

Vladimir Poutine a réuni pour la première fois son équipe de campagne présidentielle à son QG du Gostiny Dvor, à deux pas du Kremlin. À cette occasion, le président sortant, candidat à sa réélection en 2018, a présenté ses directeurs de campagne. À l’opposé des fonctionnaires choisis lors de ses précédentes candidatures, trois personnalités issues de la société civile ont été nommées pour former son état-major : une universitaire, Elena Chmeleva, présidente du centre pour enfants surdoués Sirius, un chef d’entreprise, Sergueï Kogoguine, directeur général de KamAZ et, un médecin, Alexandre Roumiantsev, directeur général du Centre national de recherche médicale de maladies infantiles Rogatchev.

Elena Chmeleva en compagnie de Vladimir Poutine lors d'un visite du stade olympique Chaïba en avril 2017. Crédits : Kremlin.ru
Elena Chmeleva en compagnie de Vladimir Poutine lors d’un visite du stade olympique Chaïba en avril 2017. Crédits : Kremlin.ru

Sergueï Kogoguine sera chargé des questions financières, Elena Chmeleva supervisera les relations avec les médias ainsi que le fonctionnement du site officiel (qui devrait être mis en ligne le 15 janvier) et Alexandre Roumiantsev s’occupera de la gestion des soutiens officiels du candidat. Par ailleurs, Andreï Kondrachov, auteur du film Crimée. Retour à la Patrie, tiendra le rôle d’attaché de presse.

Les trois coprésidents excellent dans des domaines importants aux yeux de la population russe : l’éducation, la santé et l’industrie. Pour Ekaterina Kourbangaleïeva, politologue interrogée par TASS, « Elena Chmeleva, Alexandre Roumiantsev et Sergueï Kogoguine personnifient la réussite et le progrès dans l’éducation, la médecine et l’industrie russes ». Elle considère également qu’ils incarnent tous trois « les valeurs de campagne que veut promouvoir Vladimir Poutine pendant sa campagne : proximité avec le peuple, professionnalisme et modernité ».

Soulignons que les coprésidents ne représentent pas seulement divers secteurs de la société civile mais aussi différentes régions de Russie. Elena Chmeleva, née à Saint-Pétersbourg (la ville de Vladimir Poutine), travaille désormais à Sotchi, dont l’actuel président a quasiment fait sa nouvelle capitale. Sergueï Kogoguine a été vice-premier ministre du Tatarstan, république dont le poids est important dans l’équation politique russe. Enfin, le choix d’Alexandre Roumiantsev, né en Ukraine, permet au candidat Poutine de mettre en lumière la force et la profondeur des liens existant entre Moscou et Kiev, en dépit du conflit qui les oppose depuis 2013.

Portraits

Sergueï Kogoguine

Sergueï Kogoguine lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg en 2015. Crédits : Kamaz.ru
Sergueï Kogoguine lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg en 2015. Crédits : Kamaz.ru

Né en 1957 à Zelenodolsk, république du Tatarstan.

Diplômé de la faculté de physique de l’Université d’État de Kazan.

En 1990, Sergueï Kogoguine devient directeur de l’Usine automobile de Zelenodolsk.

En 1999, il entre dans le conseil d’administration du groupe automobile KamAZ, avant d’en devenir le directeur général en 2002. KamAZ fait partie de la corporation d’État Rostec, qui en est le premier actionnaire (49,9 %). Au quatrième trimestre de 2017, son chiffre d’affaires se monte à 94,52 milliards de roubles (1,4 milliard d’euros) et ses bénéfices nets à 2,98 milliards (44 millions d’euros).

Depuis 2006, il dirige l’Association des constructeurs automobiles de Russie.
En 2016, Kogoguine a gagné plus de 45 millions de roubles, selon sa déclaration de revenus. D’après Forbes, ses actions chez KamAZ s’élèvent à 45,6 millions de dollars.

Il est le seul des trois coprésidents du QG de campagne de Vladimir Poutine à avoir une expérience politique. De 1994 à 1999, il a dirigé l’administration de Zelenodolsk avant de devenir vice-Premier ministre du Tatarstan puis ministre de l’Économie et de l’Industrie de la république. De 2004 à 2009, il a été député du Conseil d’État du Tatarstan. Depuis 2011, son épouse est députée à la Douma d’État.

Elena Chmeleva

Elena Chmeleva lors de la réunion du conseil d'administration de la fondation "Talent et Succès". Crédits : kremlin.ru
Elena Chmeleva lors de la réunion du conseil d’administration de la fondation « Talent et Succès ». Crédits : kremlin.ru

Née en 1971 à Leningrad (actuelle Saint-Pétersbourg).

Diplômée de la faculté de sociologie de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg.

De 2006 à 2007, Elena Chmeleva dirige le département d’analyses du comité exécutif central du parti au pouvoir Russie Unie. Elle enseigne ensuite à la faculté de journalisme de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg.

En 2011, elle devient vice-présidente de la fondation Sistema et commence à coopérer avec l’Agence des initiatives stratégiques, créée à l’initiative de Vladimir Poutine. Selon Vedomosti, c’est à ce moment-là qu’elle entre dans le champ de vision du Kremlin.

Depuis 2015, Elena Chmeleva dirige le centre d’enseignement pour enfants Sirius, créé par la fondation Talent i ouspekh (Talent et réussite) à l’initiative du président de Russie, membre de son conseil de tutelle. Vladimir Poutine l’a lui-même nommée à la tête de Sirius. Le cofondateur de Talent i ouspekh est le violoncelliste Sergueï Roldouguine, un ami du chef de l’État. En avril 2016, dans le cadre du scandale des Panama Papers, Sergueï Roldouguine est relié à des sociétés offshore détentrices d’actions chez KamAZ et AvtoVAZ.

Alexandre Roumiantsev

Alexandr Roumiantsev en février 2017. Crédits : Centre national de recherche médicale Rogatchev
Alexandr Roumiantsev en février 2017. Crédits : Centre national de recherche médicale Rogatchev

Né en 1947 à Novogueorguievsk, en Ukraine.

Docteur en médecine et membre de l’Académie russe des sciences, Alexandre Roumiantsev dirige le Centre Rogatchev d’hématologie, d’oncologie et d’immunologie pour enfants, créé en 2005 à l’initiative de Vladimir Poutine.

Alexandre Roumiantsev ne figurait pas parmi les candidats envisagés par les médias pour présider le QG de campagne de Vladimir Poutine. Roumiantsev n’a jamais travaillé dans les structures politiques para-étatiques ni été présenté comme un partisan de Vladimir Poutine.

Pour Gleb Pavlovski, politologue, « le modèle du candidat du peuple a été choisi » mais cela ne changera rien à l’aspect « vitrine » de cet état-major. Pour le quotidien russe RBC, le QG du Gostiny Dvor sera principalement en charge de la communication et des relations avec les médias. Le président Poutine a en outre insisté sur le caractère « informel » que devrait revêtir leur action : « Si votre travail devient trop formel, il ne pourra plus être efficace. »

Effectivement, la stratégie et la tactique de la campagne relèvent d’un cabinet dirigé par des fonctionnaires et des politologues, non connu du grand public, afin d’éviter d’éventuelles critiques sur l’utilisation et l’implication de l’appareil d’État dans la campagne électorale.

L’élection présidentielle russe se tiendra le 18 mars 2018, date d’anniversaire du rattachement de la péninsule de Crimée à la Russie. La campagne électorale a officiellement commencé le 18 décembre. Le fonds électoral créé pour financer celle de Vladimir Poutine a déjà récolté le montant maximum autorisé, soit 400 millions de roubles (près de 5,8 millions d’euros).

Elsa Régnier

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