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[Exclusif] Renaud Girard : «L’Europe de l’Atlantique à l’Oural va se faire»

Dans un entretien exclusif en trois parties accordé au Courrier de Russie, Renaud Girard, analyse la dégradation des rapports russo-occidentaux sur fond de crise ukrainienne.

Retrouvez ici la première partie et la deuxième partie de l’interview.

Troisième partie : À la chute du Mur de Berlin, en novembre 1989, l’idée d’une maison commune européenne -proposée la même année devant le Conseil de l’Europe par Mikhaïl Gorbatchev, alors premier secrétaire du Parti communiste d’Union soviétique- semblait réalisable. Presque trente ans plus tard, le continent renoue avec une logique de blocs antagonistes que l’on pensait pourtant à jamais révolue. Monde russe contre monde euro-atlantique, prisonniers de leurs diabolisations respectives et, paradoxe, au sein desquels les nations se retrouvent plus que jamais divisées.

Renaud Girard, né le 25 mai 1955 à New York, est un journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français, auteur de livres sur le Moyen-Orient, le Pakistan et l'Afghanistan et d'essais sur les relations internationales.

Renaud Girard est le chroniqueur de politique internationale du Figaro. Depuis plus de trente ans, il couvre les principaux conflits de la planète en tant que Grand Reporter et correspondant de guerre. Géopoliticien, il enseigne la stratégie à Sciences Po Paris. Il a notamment publié Retour à Peshawar (éd. Grasset, 2010); Le Monde en guerre (éd. Montparnasse, 2016) et dernièrement Quelle diplomatie pour la France ? (éd. du Cerf, 2017).

Le Courrier de Russie : La Russie considère aujourd’hui que l’Union européenne (UE) n’a pas de politique étrangère indépendante, que sa diplomatie est au service des intérêts américains sur le continent…

Renaud Girard : Les Européens n’ont pas de politique étrangère commune. C’est une évidence puisque qu’ils se sont divisés sur des problèmes aussi importants que l’intervention américaine en Irak en 2003. Les pays d’Europe de l’Est obéissent très facilement aux États-Unis. Nous n’avons pas non plus de politique commerciale commune parce que certains d’entre nous commencent à se vendre à la Chine.

Après le rachat, l’an dernier, de Kuka [société de robotique allemande, NDLR], Emmanuel Macron et Angela Merkel ont tenté de prendre des contre-mesures pour éviter le pillage technologique de nos entreprises par la Chine. […]

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Propos recueillis par Jean-Claude Galli

Dernières nouvelles de la Russie

International

Fidèles et infidèles
L’orthodoxie divisée

La reconnaissance, début janvier, de l’indépendance de l’Église orthodoxe d’Ukraine unifiée, par le patriarcat œcuménique de Constantinople, exacerbe les relations déjà extrêmement tendues entre Kiev et Moscou. Quant aux autres Églises autocéphales, elles semblent éviter soigneusement de prendre position.La volonté d’une partie des orthodoxes ukrainiens de se doter d’une représentation religieuse libérée de la tutelle du patriarcat de Moscou ne date pas d’hier : elle s’exprime ouvertement dès la chute de l’URSS et la naissance de l’Ukraine indépendante, en 1991. Aussi, quand le 5 janvier dernier, à Istanbul, le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople, primus inter pares parmi les chefs des Églises orthodoxes mondiales, signe le tomos, le décret octroyant l’autocéphalie (indépendance tant juridique que spirituelle) à l’Église d’Ukraine unifiée, il s’agit d’un jour historique. Le lendemain, le chef de la nouvelle entité religieuse, le métropolite Épiphane, reçoit des mains de Bartholomée le bâton pastoral et le fameux tomos, roulé comme un ancien parchemin, en présence d’une importante délégation d’officiels venus de Kiev, conduite par le président Petro Porochenko en personne. Le 7 janvier, le tomos fait un premier voyage en Ukraine : il est exposé, pendant la messe du Noël orthodoxe, dans la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev. Le 8, le précieux document retourne à Istanbul, pour être une dernière fois vérifié, puis signé, par tous les membres du Synode du patriarcat œcuménique. Aujourd’hui, le tomos est revenu à Kiev, où il sera conservé dans l’église-réfectoire du monastère médiéval Sainte-Sophie, accessible au public.La deuxième église du monde orthodoxeJusque récemment, l’Ukraine comptait trois églises concurrentes : l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou (affiliée à sa « grande sœur » russe), l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Kiev et l’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne – toutes deux non reconnues par Moscou. Pour se voir enfin accorder l’autocéphalie, ces dernières devaient fusionner : il s’agissait d’une condition sine qua non pour le patriarcat de Constantinople. Elles y parviennent le 15 décembre dernier, à l’issue d’un « concile unificateur » tenu à Kiev.Le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople signe le Tomos octroyant l’autocéphalie à l’église d’Ukraine unifiée, le 5 janvier 2019. Crédit : BreitbartDepuis cette « fusion », l’Ukraine ne compte donc plus que deux Églises orthodoxes : celle soutenue par le patriarcat de Constantinople, et celle attachée au Patriarcat de Moscou.Pour l’heure, la seconde compte encore deux fois plus de fidèles que la première. Mais, selon de nombreux observateurs, cette proportion pourrait bientôt s’inverser. Philarète, ex-métropolite de Kiev, nommé patriarche honorifique de la nouvelle église unifiée, en est d’ailleurs convaincu : cette dernière est vouée à devenir la deuxième Église autocéphale, derrière celle de Russie, et à « jouer au sein de la communauté orthodoxe mondiale un rôle à la mesure de cette position ». « L’Ukraine va se renforcer au travers de son Église », […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

22 janvier 2019
International

Le retour du Docteur Folamour

Alors que les États-Unis ont lancé un ultimatum à la Russie pour qu'elle se conforme aux règles du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), Vladimir Poutine vient d'annoncer que son pays pourrait rapidement se doter de cette catégorie d'armes si les Américains décidaient de se retirer du traité.

20 décembre 2018
Culture

Soljenitsyne ou la liberté responsable

En 2017, peu après la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, Hervé Mariton, figure de la droite libérale française, décide de faire une longue pause dans sa carrière politique. Fin connaisseur de la Russie (il parle le russe couramment), l’ancien député de la Drôme consacre aujourd’hui son temps à l’écriture d’un livre sur Alexandre Soljenitsyne et à l’adaptation théâtrale d’un des textes majeurs de l’écrivain dissident, le discours de Harvard, prononcé le 8 juin 1978 devant les étudiants de la célèbre université américaine. Le 6 novembre dernier, à Moscou, en présence de Nathalie Soljénitsyne, la veuve de l’écrivain, l’ancien ministre de l’Outre-mer a donné une interprétation de ce texte – en de nombreux points prophétique – sur le déclin du courage dans les démocraties occidentales. L’occasion pour Le Courrier de Russie de revenir avec lui sur l’héritage politique et philosophique de l’auteur de L’Archipel du Goulag, dont nous célébrons le centenaire cette année. (*) Le Courrier de Russie : Aujourd’hui en France, on parle peu d’Alexandre Soljenitsyne. Comment l’expliquez-vous ? Hervé Mariton : Il faut affronter la réalité telle qu’elle est : on ne parle quasiment plus de Soljenitsyne en France. Il a gagné son combat contre le totalitarisme soviétique, alors, après la chute du Mur de Berlin, on est passé à autre chose. Mais il se trouve que « autre chose » ne veut pas dire la fin de tous les totalitarismes. Donc, je crois qu’il est important de bien entendre le message de Soljenitsyne sur la lutte de l’homme, et sa responsabilité individuelle à ne pas se laisser prendre comme le grain entre les meules. Chacun d’entre nous a sa responsabilité d’homme, dans les conditions les plus sévères, y compris pour l’homme le plus modeste, à l’exemple d’Ivan Denissovitch. Soljenitsyne est donc oublié parce que les circonstances politiques ont évolué, ce qui est une forme de paradoxe, car l’histoire lui a donné raison. Il est aussi oublié parce que, tout simplement, la culture s’use, ce qui est assez triste. Mais si on a en tête que la lutte contre le totalitarisme, en particulier la menace islamiste, est tout à fait d’actualité, alors souvenons-nous de Soljenitsyne. Aujourd’hui, en Europe et dans le monde, on s’interroge beaucoup sur le fait que la démocratie exigée serait ou non compatible avec la liberté. Soljenitsyne c’est à la fois l’affirmation d’une liberté incarnée, élevée, et d’une démocratie dans l’éthique. Alors, n’allons pas chercher des oppositions qui ne sont pas justifiées, et souvenons-nous de Soljenitsyne pour lutter contre le totalitarisme d’aujourd’hui, en particulier le totalitarisme islamiste. LCDR : Soljenitsyne est très clairement considéré comme un écrivain réactionnaire en France. D’aucuns prétendent qu’il aurait même fourni à Vladimir Poutine son logiciel politique. Que répondez-vous à cela ? H.M. : Dans son livre Dans la tête de Poutine, Michel Eltchaninoff décrit l’influence de Nicolas Berdiaev sur Poutine [1874-1948, ndlr]. Berdiaev, philosophe russe chrétien, a lui-même très probablement influencé Soljenitsyne. Je pense qu’en vérité, cette critique arrange beaucoup de monde. Elle arrange ceux qui utilisent abusivement Soljenitsyne dans une droite antilibérale. J’assume d’être à la fois libéral et conservateur, au sens de Benjamin Disraeli. Je critique cette manière qu’a eue Philippe de Villiers, cet été, pour les dix ans de la mort de Soljenitsyne, de partager une de ses critiques qui dirait que la liberté est destructrice et irresponsable. Soljenitsyne ne dit pas cela, mais distingue la « liberté de mal faire » et la « liberté de bien faire ». Il dit que la responsabilité et le devoir de chacun d’entre nous est de distinguer le bien et le mal, et que la « liberté de mal faire » est destructrice et irresponsable. Donc, vous avez, d’un côté, cette grande déformation et, de l’autre, toute une partie de la gauche dans le monde, notamment en France, qui ne supporte pas le combat pour la liberté de Soljenitsyne, qui ne l’a jamais supporté, et qui peut trouver très commode qu’une certaine droite l’accapare. Ainsi, il existe à la fois une droite antilibérale, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Crédits Image : Kommersant13 novembre 2018

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