[Exclusif] Renaud Girard : « L’erreur, c’est d’avoir cru que Maïdan était l’Ukraine »

Dans un entretien exclusif en trois parties accordé au Courrier de Russie, Renaud Girard analyse la dégradation des rapports russo-occidentaux sur fond de crise ukrainienne.

Première partie : la révolution du Maïdan et l’échec des puissances européennes à faire appliquer l’accord qu’elles étaient parvenues à imposer au président Viktor Ianoukovitch et aux leaders de l’opposition le 21 février 2014.

Renaud Girard, né le 25 mai 1955 à New York, est un journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français, auteur de livres sur le Moyen-Orient, le Pakistan et l'Afghanistan et d'essais sur les relations internationales.Renaud Girard, né le 25 mai 1955 à New York, est un journaliste, reporter de guerre et géopoliticien français, auteur de livres sur le Moyen-Orient, le Pakistan et l'Afghanistan et d'essais sur les relations internationales.

Renaud Girard est le chroniqueur de politique internationale du Figaro. Depuis plus de trente ans, il couvre les principaux conflits de la planète en tant que Grand Reporter et correspondant de guerre. Géopoliticien, il enseigne la stratégie à Sciences Po Paris. Il a notamment publié Retour à Peshawar (éd. Grasset, 2010); Le Monde en guerre (éd. Montparnasse, 2016) et dernièrement Quelle diplomatie pour la France ? (éd. du Cerf, 2017).

Le Courrier de Russie : À la fin du mois de novembre 2013, après le sommet de Vilnius durant lequel le président ukrainien Viktor Ianoukovitch refuse de signer l’Accord d’association proposé par l’Union européenne (UE), éclate la révolution du Maïdan à Kiev. L’UE n’a-t-elle pas participé involontairement au déclenchement de la crise ukrainienne ?

Renaud Girard : Non, je ne le pense pas. La crise puis la guerre en Ukraine sont issues d’une succession d’événements malheureux, totalement imprévisibles, comme on peut le voir souvent dans l’histoire. En revanche, la diplomatie européenne n’a pas été très bonne au début et au milieu de cette crise. Lorsque ce partenariat a été proposé à l’Ukraine, il aurait fallu qu’une grande figure politique de l’UE tienne un discours solennel pour dire qu’il était offert dans les mêmes termes à la Russie. On a préféré laisser les bureaux de Bruxelles gérer cette question et c’est une erreur.

Comme le plan Marshall avait été proposé après la Seconde Guerre mondiale aux pays de l’Est et à la Russie ‒ l’URSS et ses pays satellites l’avaient refusé, mais c’était leur problème ‒ il fallait proposer le même accord d’association à Moscou.

Ensuite, l’Europe porte une grande responsabilité dans cette crise. Elle incombe en fait à Frank-Walter Steinmeier, Laurent Fabius et Radosław Sikorski (respectivement ministres allemand, […]

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Propos recueillis par Jean-Claude Galli

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