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Alexeï Koudrine et Boris Titov (photomontage). Crédits : Forum international de l'Université des finances

Titov / Koudrine : lequel a l’oreille de Poutine ?

Vladimir Poutine n’a pas encore annoncé sa candidature à un quatrième mandat qu’un nouveau prétendant s’est lancé, le 26 novembre, dans la course à la présidence : Boris Titov, délégué aux droits des entrepreneurs et leader du Parti de la croissance. L’ancien ministre des Finances Alexeï Koudrine, dont le programme économique fait concurrence à celui de Titov, a déclaré pour sa part qu’il ne participerait pas à la présidentielle de mars 2018.

Homme d’affaires, milliardaire en dollars, propriétaire, entre autres, de l’usine de vins mousseux Abrau-Durso, président du Parti de la croissance (le « parti des entrepreneurs », qui a remporté 1,29 % des voix aux législatives de 2016) et, depuis quelques jours, candidat libéral à la présidence, Boris Titov n’a aucune chance ‒ et il le sait ‒ de se retrouver à la tête du plus grand État du monde. « Nous n’ignorons pas que Vladimir Poutine sera le favori incontesté », a-t-il déclaré. Titov et son parti regrettent, toutefois, que « les intérêts de l’importante communauté d’affaires ne soient pas défendus aux prochaines élections et que des millions de de PME, d’entrepreneurs individuels, d’experts en technologies de l’information et en économie n’aient pas de représentation politique influente ».

Boris Titov lors d'une rencontre à Abrau Diourso. Crédits : Parti de la croissance
Boris Titov lors d’une rencontre à Abrau Durso. Crédits : Parti de la croissance

Le délégué aux droits des entrepreneurs pourra mettre à profit son statut de candidat pour présenter son programme économique à l’élite comme aux électeurs lambda. Un programme jugé comme laissant une part trop importante à l’intervention de l’Etat par ses détracteurs. Le Club Stolypine, qu’il dirige, a rendu publique sa « Stratégie de croissance » au printemps 2017. Celle-ci devrait permettre, selon ses auteurs, de « doubler le PIB d’ici à 2035 ». « La candidature de Titov pourrait ainsi s’expliquer par une volonté du Club Stolypine de promouvoir ses idées au sein du gouvernement et de faire contrepoids au programme d’Alexeï Koudrine après l’élection », estime le politologue Mikhaïl Vinogradov.

Autre figure clé de la scène politique russe, Alexeï Koudrine, ministre des finances de 2000 à 2011, ne souhaite pas, pour sa part, être candidat à la présidence : « J’ai un autre rôle à jouer. Je prépare un programme et des propositions à l’intention du président », a-t-il déclaré lors du Forum citoyen russe le 25 novembre dernier. Pour le politologue Konstantin Simonov, Koudrine pourrait miser sur la seconde moitié du prochain mandat de Vladimir Poutine : « Beaucoup pensent que Koudrine souhaite devenir Premier ministre en 2018, ce dont je doute fort parce que cela équivaudrait à un suicide politique : il serait alors chargé du « sale boulot », des réformes douloureuses. [….] Koudrine doit donc aujourd’hui annoncer haut et fort qu’il a un plan de développement pour le pays, puis attendre son heure et dire, enfin, que rien n’est fait correctement, mais que lui détient la solution. »

Rappelons que Koudrine se considère – à juste titre – comme un proche de Poutine. On raconte même qu’en août 1996, lors de son installation à Moscou, l’actuel président a séjourné chez lui. Koudrine nourrit de grandes ambitions : il rêve de contrôler les leviers qui lui permettraient de réaliser ses réformes économiques. En d’autres termes, occuper le poste de ministre des Finances dans le gouvernement de Medvedev ne l’intéresse absolument pas. Il ne peut être que Premier ministre ou vice-président ‒ une fonction qui serait créée spécialement pour lui. En attendant, il se satisfait pleinement de son statut d’ex-ministre des Finances et de président du Comité des initiatives civiles, organisation chargée du développement de la société civile en Russie et de ses interactions avec les organes du pouvoir. Depuis avril 2016, Koudrine dirige le Centre des recherches stratégiques, un think tank qui rédige un programme de développement économique regardé comme « authentiquement libéral »; il est, en outre, vice-président du Conseil économique un organe qui conseille le président, dont Titov fait également partie.

Alexeï Koudrine lors d'un conseil sur les questions économiques. Crédits : Kremlin.ru
Alexeï Koudrine lors d’un conseil sur les questions économiques. Crédits : Kremlin.ru

Lequel des deux a vraiment l’oreille de Vladimir Poutine ? Qui sera l’auteur du programme économique et politique de celui-ci pour son quatrième mandat ? La réponse qui se dessine est la suivante : un peu tout le monde et personne. Paradoxal ? Selon une source proche du Kremlin citée par le quotidien Vedomosti, « le système évoque un éléphant dans une pièce obscure : quelqu’un lui tient la trompe, quelqu’un d’autre la patte, un troisième l’oreille. Chacun en a un bout, mais impossible d’avoir une vue d’ensemble. »

Comme tout grand fauve politique, Vladimir Poutine répugne à se lier les mains. Alexeï Koudrine et Boris Titov lui offrent la chose la plus précieuse aux yeux d’un chef d’État : une politique de rechange en cas de crise dans le pays. Gageons que les deux hommes seront tous deux des acteurs majeurs de son prochain mandat.

Anton Ramov

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