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Portrait de Ksenia Sobtchak sur le site officiel de sa campagne électorale. Crédits : sobchakprotivvseh.ru

Ksenia Sobtchak, candidate «contre tous»

La très mondaine journaliste, présentatrice télé et fille de l’ancien maire de Saint-Pétersbourg Anatoli Sobtchak, Ksenia, vient d’officialiser sa candidature à la présidentielle russe de 2018 après un mois de rumeurs. De quoi faire couler de l’encre. Décryptage.

Ksenia Sobtchak a annoncé sa candidature dans une cuisine. Crédits : Instagram - @xenia_sobchak
Ksenia Sobtchak annonçant sa candidature dans une cuisine. Crédits : Instagram – @xenia_sobchak

« Je suis contre tous » : c’est ainsi que Ksenia Sobtchak, 36 ans, a choisi de se positionner dans une annonce vidéo diffusée sur la chaîne de télévision indépendante Dojd dans la soirée du mercredi 18 octobre. Et par « tous », elle entend ouvertement l’ensemble des dinosaures de la politique russe. « Jirinovski a mené son parti au parlement quand j’avais 12 ans. Ziouganov, quand j’en avais 15, perdait avec soulagement sa première élection. Poutine est devenu président quand j’avais 18 ans. Si cela continue, ces mêmes personnes et leurs doublures se présenteront encore quand mon fils [âgé d’un an] ira voter. Je suis contre cela », lance-t-elle, vêtue de manière décontractée, debout dans une cuisine.

Face caméra, la jeune femme joue la carte de l’alternative plutôt que de l’opposition, en appelant à une spécificité aujourd’hui disparue du système électoral russe : la « case » qui permettait de voter « contre tous ». « Cette case a été retirée afin que nos voix soient plus faciles à voler, et je veux rendre cette possibilité de s’opposer à tous et de dire pacifiquement : C’est bon, les gars, ça suffit. On en a marre de vous », souligne-t-elle.

Côté programme, Ksenia Sobtchak en dit davantage dans un long communiqué transmis à la presse russe. En bref, la candidate du Parti contre tous veut notamment « retirer au gouvernement le contrôle sur les entreprises », alléger les impôts pour les entrepreneurs, « enlever aux autorités les instruments de propagande », priver les organisations religieuses d’aides budgétaires et annuler « toutes les lois discriminatoires ». Un programme des plus libéraux-progressistes, que la journaliste se réserve la possibilité de détailler dans le futur, puisqu’elle doit encore réunir les 100 mille signatures nécessaires au dépôt de sa candidature. « Avec ma campagne, je veux voir s’il est encore possible de faire de la politique en Russie ou si toutes les routes sont fermées », conclut-elle.

Je suis (pas) candidate

Ce dernier élément, si primordial soit-il, ne semble pourtant pas soucier grand monde aujourd’hui en Russie. Toute l’attention est accaparée par l’annonce de la jeune femme, qui passait, il y a encore un peu plus d’un mois, pour du pur fantasme. En effet, lorsque le très sérieux quotidien économique Vedomosti, le 1er septembre, a écrit que l’administration présidentielle, à la recherche d’une candidate femme pour les élections à venir, pourrait bien se tourner vers Ksenia Sobtchak, on imaginait mal cette ex-héroïne de la téléréalité russe, devenue il y a cinq ans une figure de l’opposition, entrer en compétition face à celui que l’on présente souvent comme son parrain informel (Vladimir Poutine fut adjoint d’Anatoly Sobtchak à la mairie de Saint-Pétersbourg, voir troisième partie).

Ksenia Sobtchak a d’ailleurs elle-même démenti l’information à plusieurs reprises, critiquant « des journalistes qui n’ont pas pris la peine de [lui] poser la question ». Mais le pavé était jeté dans la mare, et la rumeur a fait son chemin tout au long du mois de septembre et début octobre, régulièrement entretenue par de nouvelles publications et réactions clivantes dans le camp de l’opposition libérale. Le principal représentant de celui-ci, Alexeï Navalny, a notamment invité la jeune femme, qu’il considère comme « une amie », à ne pas entrer dans ce « jeu répugnant du Kremlin » visant à « ridiculiser les libéraux ».

Aujourd’hui candidate, Sobtchak assure avoir discuté de son choix avec le célèbre opposant et directeur du Fonds contre la corruption, actuellement détenu jusqu’au 22 octobre, et être assurée de son soutien. Sachant qu’une série de publications récentes dans la presse russe affirment que Navalny, qui a toujours déclaré vouloir se présenter, pourrait être écarté de la course à la présidentielle du fait de ses difficultés avec la justice russe. « Si la candidature de Navalny est enregistrée, je suis prête à discuter avec lui d’options, pouvant aller jusqu’au retrait de la mienne. Mais si elle n’est pas validée, il faut qu’il y ait une voix qui soit entendue », a commenté Ksenia Sobtchak.

Alexeï Navalny lors d'un meeting à Omsk. Crédits : navalny.com
Alexeï Navalny lors d’un meeting à Omsk. Crédits : navalny.com

La concurrente idéale

Pour Nikolaï Mironov, directeur du Centre des réformes économiques et politiques, le fait que ces deux annonces coïncident ne doit rien au hasard. « Il est clair qu’elle prétend à l’électorat de Navalny, et le Kremlin a besoin que les partisans de ce dernier aillent voter pour un candidat fictif des libéraux, comme cela avait été le cas avec Mikhaïl Prokhorov en 2012 », a-t-il expliqué à RBC.

D’accord sur le fond, Andreï Kolesnikov, directeur du programme de politique intérieure au sein du Centre Carnegie, dénonce tout de même une « imitation de concurrence de piètre niveau ». « Les résultats [de Sobtchak] seront très faibles. Une certaine intrigue va s’installer pendant un court moment, puis disparaître, car [la jeune femme] ne touche qu’une certaine partie de l’élite moscovite, et non le pays. C’est ça, le problème », a-t-il affirmé à RBC, persuadé que la candidate, si elle se présente effectivement, sera bien au-dessous des 7,98 % obtenus par Prokhorov en 2012.

Pour la majorité des analystes russes, Sobtchak est effectivement la « parfaite concurrente » à Alexeï Navalny pour le Kremlin, étant donné que son nom, dans l’esprit des Russes, est principalement associé à son passé people et glamour de « Paris Hilton russe ». Ainsi, est notamment certain le politologue Abbas Galliamov, aucune critique politique venant d’elle ne pourra être prise au sérieux par la population. « Sobtchak va se contenter de répéter les discours standards des libéraux. Et elle ne parviendra qu’à convaincre une fois pour toutes tout le pays que ces derniers sont simplement de riches théoriciens, coupés de la réalité, exclusivement occupés à siroter du champagne à plusieurs milliers d’euros la bouteille entre deux cours de politique », ironise l’expert, cité par RBC.

De Paris Hilton à Che Guevara

Ksenia Sobtchak est la fille du premier maire élu de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak, dont le plus proche conseiller n’était d’autre que le jeune Vladimir Poutine.

Elle se fait connaître à la télévision en animant la très populaire émission de téléréalité Dom-2, alias le « Big Brother russe », de 2004 à 2012. Elle participe parallèlement à de nombreux autres shows télévisés d’un niveau comparable, tels Qui ne veut pas gagner des millions ? ou Top-model à la russe, enregistre des chansons avec la crème de la variété russe et apparaît un peu partout avec le gratin de la société, affichant un train de vie luxueux. Surnommée la « lionne mondaine », voire la « Paris Hilton russe », elle arrive régulièrement en tête des classements des personnalités les plus populaires du pays, tandis que Forbes estime sa fortune, en 2009, à quelque 1,2 million d’euros.

La Paris Hilton russe. Crédits : ksenia-sobchak.com
Ksenia Sobtchak au début des années 2010. Crédits : ksenia-sobchak.com

Puis, c’est la pirouette à 180°. Fin 2011, alors qu’éclate un important mouvement de contestation contre la fraude électorale, Ksenia Sobtchak enfile – de très onéreuses – lunettes d’intellectuelle et se met à fouler le pavé en sa nouvelle qualité d’opposante virulente au système de tonton Poutine. Elle prend la parole lors de plusieurs manifestations et est même interpellée et condamnée à une amende, en 2012, pour « manifestation illégale ». En privé, elle s’affiche aux côtés de l’opposant « montant » de l’époque, Ilia Iachine.

Ksenia n’est toutefois jamais allée trop loin dans sa rhétorique, appelant toujours à « influer sur le pouvoir » plutôt que de le combattre. À la même période, elle intègre la seule chaîne d’informations indépendante de Russie, Dojd, où elle interviewe des personnalités du monde socio-politico-culturel.

Interrogé sur les sujets qui fâchent lors de ses traditionnelles lignes directes télévisées annuelles, Vladimir Poutine appelle la jeune femme de son petit nom – Ksioucha, tandis que le porte-parole de la présidence s’en tient à un amical Ksenia. Le Kremlin a d’ailleurs salué sa candidature. Rendez-vous en mars 2018.

Thomas Gras

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  1. Les libéraux ont peur d’être ridiculisés ! Mais ils n’ont pas besoin qu’on les aide pour cela ! Tant cette pouf semble tout droit sortie d’une arrière boutique de Peep-show. Vous imaginez une sauterelle pareille diriger un pays comme la Russie. Son corps d’armée, sa géopolitique, son économie, ses religions…etc ? Poutine sait parfaitement ce qu’il fait en encourageant sa candidature.
    Maintenant si il y a bien une femme capable de présider ce grand pays, se serait sans aucun doute Maria Zackarova. Voila du régalien, du concret ; de la réflexion , de la culture, de l’intelligence ! Le pendant féminin à Vladimir Poutime. En plus elle est belle ! Mais je manque d’objectivité, surement, car j’en suis follement amoureux. Bref : l’autre est juste bonne à faire bander des Soros, Navalny et autres BHL ! La mafia quoi !

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