Le Courrier de Russie

Vladimir Poutine visite le siège de Yandex et cherche à séduire la jeune génération

Jeudi 21 septembre, Vladimir Poutine a visité pour la première fois les locaux de Yandex – comparable à un « Google russe » – à l’occasion du 20e anniversaire de la compagnie. Une visite perçue par certains experts comme le lancement officieux de sa campagne. Explications.

Vladimir Poutine accompagné du directeur du groupe Yandex, Arkadi Voloj. Crédits : kremlin.ru

Officiellement, l’objectif était que « le chef de l’État se familiarise avec les principales orientations des activités de l’entreprise », a affirmé Ochir Mandzhikov, le directeur de Yandex. Le président a ainsi discuté avec l’assistant vocal Alice, découvert un véhicule sans pilote et été informé sur les dernières mises à jour du moteur de recherche.

Officieusement, cependant, Vladimir Poutine était bien en campagne, affirment un certain nombre d’experts au lendemain de l’événement.

Le politologue Mikhaïl Vinogradov y voit notamment une volonté, de la part du président, de moderniser son image et se rapprocher de la jeunesse. « Personne ne sait si le président utilise ou non les ordinateurs et Internet, et c’est un obstacle de taille entre lui et la jeune génération, a-t-il déclaré à Vedomosti. Pour [les jeunes], la marque Yandex est très positive et significative, cette visite est une tentative de faire tomber cette barrière. »

Pour Anatoly Soutin, directeur de l’agence de communication ProAct Media, il s’agit également d’éviter une rupture générationnelle et politique. « La jeune génération ne comprend pas le pouvoir russe, pour elle, ce sont des vieux qui vivent dans leur monde. Il n’y a pas de relation claire. Et ce malentendu, l’indifférence des jeunes, préoccupe le Kremlin parce que ces derniers s’impliquent de plus en plus en politique », analyse-t-il pour le quotidien Kommersant.

Vladimir Poutine découvre les bureaux de Yandex. Crédits : kremlin.ru

Pour le politologue Alexeï Makarkin, si l’objectif est effectivement électoral, le public visé est différent. « Une visite de ce type peut permettre d’attirer aux urnes des citoyens modernes, connectés, plutôt pro-gouvernementaux mais qui ne vont généralement pas voter. Il s’agit de quelques pourcents de la population, mais qui représentent un soutien important en termes d’image, de statut, notamment un signal fort pour l’Occident », développe l’expert pour Vedomosti.

Inversement, enfin, pour Andrei Mironov, responsable de la Fondation de la recherche sur les processus électoraux, Vladimir Poutine pourrait offrir à Yandex, par cette visite, la possibilité de se rapprocher pouvoir. « Tous les utilisateurs de Yandex n’apprécieront peut-être pas. Car beaucoup appréciaient, jusque-là, la forte indépendance du groupe. Mais les entreprises existent au sein de la réalité. Et cette réalité, en ce moment, c’est mars 2018. Pour éviter d’être black listées (…), les entreprises russes doivent faire preuve de loyauté envers le pouvoir. Et cette visite de Poutine pourrait être une sorte d’acompte offert à Yandex, une avance sur une future position pro-gouvernementale de l’entreprise », avance-t-il pour Kommersant.

L’élection présidentielle russe pourrait avoir lieu le 18 mars 2018, jour officiel du rattachement de la Crimée à la Russie, quatre ans auparavant. Si Vladimir Poutine n’a toujours pas annoncé officiellement sa candidature, cette dernière semble de moins en moins hypothétique.

En quittant les locaux de Yandex, le président russe Vladimir Poutine a découvert la voiture sans pilote. Crédits : kremlin.ru

 

Quelques instants après que le président a quitté le siège de Yandex, qui accueille près de 3 000 employés, les locaux ont dû être entièrement évacués suite à une alerte téléphonique à la bombe, qui s’est révélée fausse. Pour mémoire, la Russie a été victime depuis début septembre d’une série de fausses alertes à la bombe de ce type. Le 14, en l’espace de 24 heures, des appels anonymes signalant des menaces d’explosion dans plusieurs bâtiments de Moscou (écoles, institutions publiques, bureaux, etc.) ont fait évacuer plus de 100 000 personnes. Dix-neuf autres villes de Russie ont connu le même scénario.