Bienvenue en Ossétie du Sud-Alanie

L’Ossétie du Sud a été reconnue comme un État indépendant par la Russie, le Nicaragua, le Venezuela et les îles Tuvalu et de Nauru


Depuis le 9 avril, la république non reconnue d’Ossétie du Sud, dans le Caucase, a un nouveau président et un nouveau nom. Et les deux ont été votés par le peuple. Retour sur une journée passée inaperçue.

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Des enfants courent devant l’inscription J’aime Tskhinvali, la capitale d’Ossétie du Sud, le 8 avril, à la veille de l’élection présidentielle/référendum. Crédits : Valery Sharifulin/TASS

C’était l’événement de l’année dans ce petit État sécessionniste de 53 000 habitants, coincé entre la Russie et la Géorgie. Dimanche 9 avril, les Ossètes du Sud étaient appelés aux urnes. Et ils ont été 81 % à répondre présent.

Questionnés sur l’avenir de leur république, 58 % d’entre eux ont choisi le changement, en donnant leurs voix au candidat Anatoli Bibilov, à la tête du Parlement, contre 30 % en faveur de Leonid Tibilov, le président sortant, en exercice depuis 2012. Ce dernier n’a d’ailleurs pas contesté les résultats et reconnu sa défaite dans la soirée. « C’est le choix du peuple, il n’est que raisonnable de s’y plier », a-t-il déclaré.

« Les Ossètes ne vont pas demander l’aumône »

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Anatoli Bibilov. Crédits : service de presse du parlement d’Ossétie du Sud

Anatoli Bibilov promet un renforcement des liens avec la Russie, une relance de la croissance économique et le développement de l’agriculture, pour augmenter le taux d’emploi et les revenus de la population. « Le vecteur des relations [avec la Russie] ne changera pas. Il sera même renforcé », a-t-il souligné, peu de temps après l’annonce de sa victoire.

L’Ossétie du Sud, perchée sur les montagnes du Caucase et privée d’accès à la mer, dépend largement des subventions russes, qui constituent la base du budget de la république. En 2017, sur les 8,1 milliards de roubles budgétaires, 7,3 milliards provenaient de contributions russes, selon les données officielles citées par Kommersant. En mars 2015, Vladimir Poutine avait même annoncé que, pour la période 2008-2014, le montant total des aides accordées à la république avait dépassé les 43 milliards de roubles.

Or, à en croire Bibilov, cette « aide russe croissante » n’a pas été utilisée efficacement par son prédécesseur. « On me répondra que nous construisons un théâtre, des écoles, des jardins d’enfants. Oui, nous construisons. Pourtant, demain, nous devrons de nouveau faire appel à la Russie : Très chers frères, aidez-nous, nous ne pouvons pas entretenir ces constructions, donnez-nous encore de l’argent… Mais les Ossètes n’ont jamais été le genre de personnes à demander l’aumône ! », a déclaré Bibilov, cité par Kommersant.

Tous les choix sont bons

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Leonid Tibilov et Vladimir Poutine. Crédits : kremlin.ru

Dmitri Peskov, porte-parole du président russe, a annoncé que le Kremlin saluait les résultats de l’élection en Ossétie du Sud, organisée dans un esprit de concurrence et de démocratie. « Il est d’autant plus réjouissant que la principale concurrence ait eu lieu entre deux candidats partisans de relations étroites entre l’Ossétie du Sud et la Fédération de Russie », a-t-il fait remarquer.

Vladimir Poutine en personne a salué la victoire de Bibilov : « Les relations entre nos deux pays, basées sur la coopération et l’intégration, seront amenées à se développer davantage », a-t-il souligné.

Avant l’élection, les deux principaux candidats s’étaient d’ailleurs rendus à Moscou. Le 21 mars, Leonid Tibilov avait rencontré le chef d’État russe, qui lui avait souhaité bonne chance. Bibilov, de son côté, s’était entretenu, le 24 mars, avec Valentina Matvienko, présidente du Conseil de la Fédération, la chambre haute du parlement russe.

Pour Alexeï Tchesnakov, directeur du Centre de conjoncture politique, interrogé par RBC, Moscou aurait été « de toute façon satisfaite de la victoire de l’un ou l’autre candidat. »

Le Gouvernement d’Alanie

Carte de la région

Outre leur futur président, les Ossètes du Sud devaient également se prononcer sur la modification du nom de leur république en « Alanie ».

La proposition, soutenue à 78 %, a toujours tenu au cœur des Ossètes, qui s’estiment les descendants directs de l’ancien peuple des Alains, indique Kommersant. « Le royaume d’Alanie est apparu au 1er siècle après J-C, pour devenir l’État le plus important du Caucase du Nord médiéval, recensant une population totale de deux millions d’habitants », commente Lioudvig Tchibirov, chercheur au Centre scientifique de Vladikavkaz, qui ajoute que l’Alanie a été rayée des cartes après les invasions mongoles de 1239.

La population de l’Ossétie du Nord, république de la Fédération de Russie voisine de l’Ossétie du Sud, avait déjà ajouté le nom d’« Alanie » à sa dénomination officielle dès janvier 1995. L’Ossétie du Sud vient de suivre son exemple : il est désormais officiellement possible d’utiliser les termes république d’Ossétie du Sud et Gouvernement d’Alanie. « Nous avons avec l’Ossétie du Nord une histoire, une langue et une culture communes, souligne Lioudvig Tchibirov. Nous avons les mêmes origines. Et nous, Ossètes du Sud, rêvions depuis toujours de faire partie de la Russie de la même façon que nos frères du Nord. ». I

Le même sentiment domine, manifestement, en Ossétie du Nord, où l’on a salué chaleureusement l’issue du référendum chez les voisins du Sud. « Les Ossètes du Nord et du Sud sont un seul et même peuple, vivant simplement des deux côtés de la Grande chaîne du Caucase », affirme Vitali Tcheldiev, député au parlement nord-ossète.

Annexion vs rattachement

Manifestation pro-russe après la fin de la guerre éclair en 2008 contre la Géorgie en Ossétie du Sud. Crédits : Wikimedia

Ce changement de dénomination n’a cependant pas été accueilli avec la même joie par les grands voisins du Sud, les Géorgiens, que la victoire de l’Alanie fait grincer des dents. « Ce référendum sur le changement de nom de l’une des plus anciennes régions géorgiennes, par analogie avec un sujet de la Fédération de Russie, constitue un terreau pour son annexion future », a lancé le Premier ministre de Géorgie, Guiorgui Kvirikachvili.

Une « annexion » qui, selon toute vraisemblance, ne sera toutefois pas pour demain. Les sources de Kommersant au sein des cercles dirigeants ossètes sont réalistes : la Russie ne rattachera pas l’Ossétie du Sud dans un avenir proche, car elle ne souhaite pas attiser les tensions dans le Caucase, ni s’attirer de nouvelles foudres de Bruxelles et de Washington, pour qui la république demeure une région définitivement géorgienne.

Sachant que l’Ossétie du Sud, depuis le conflit russo-géorgien de 2008, fait, de facto, déjà partie de la Russie : la majorité de ses habitants possèdent des passeports russes et le droit de vote en Russie, les transactions financières dans la république se font en roubles et, depuis le 14 mars 2017, les troupes ossètes font partie de l’armée russe. Dès 1995, lors d’un référendum organisé dans la république, les Ossètes du Sud s’étaient prononcés à 99 % pour un rattachement à la Russie.

Région de la République socialiste soviétique de Géorgie jusqu’en 1991, l’Ossétie du Sud a proclamé unilatéralement son indépendance et fait sécession de la Géorgie en 1992, suite à un référendum, non reconnu par la communauté internationale.

Tskhinvali n’a cessé, par la suite, de se battre pour faire reconnaître son statut. En novembre 2006, les autorités sud-ossètes ont ainsi organisé un deuxième référendum sur l’indépendance de la région, dont le oui est sorti largement majoritaire. L’issue du scrutin n’a été reconnue que par la Russie, qui n’a toutefois pas reconnu officiellement l’indépendance de la république.

Il a fallu attendre août 2008 et l’offensive armée géorgienne visant à reprendre le contrôle de l’Ossétie du Sud pour que Moscou finisse, après une intervention armée, par reconnaître l’indépendance de la république.

L’Ossétie du Sud a été reconnue comme un État indépendant par la Russie, mais aussi par le Nicaragua, le Venezuela et les îles Tuvalu et de Nauru, dans le Pacifique. L’Ossétie du Sud a un ambassadeur au Nicaragua et au Venezuela.