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Poutine Lioubimov

Grand ménage dans les régions russes en vue des élections automnales

Mercredi 15 février, le gouverneur de la région de Carélie, Alexandre Khoudilaïnen, a annoncé sa démission. Il s’agit du cinquième départ d’un chef de région russe en l’espace d’une semaine. Décryptage.

Vladimir Poutine gouverneur
Vladimir Poutine et Nikolaï Lioubimov, le gouverneur par intérim de Riazan, le 14 février. Crédits : kremlin.ru

« Un grand travail de rotation des hauts cadres régionaux et fédéraux est en cours. Et j’ai décidé moi-même, délibérément, de ne pas me présenter à la prochaine élection qui a lieu dans 207 jours », a annoncé Alexandre Khoudilaïnen, 60 ans, lors d’une conférence de presse, mercredi. « Il faut donner la possibilité au candidat du président de se faire connaître en Carélie et de proposer à ses habitants une voie de développement digne », a ajouté l’homme, à la tête de la région depuis 2012 et officiellement en fonction jusqu’en septembre 2017.

Le gouverneur emboîte le pas à Viatcheslav Nagovitsyne, 60 ans, gouverneur de la Bouriatie de 2007 à 2017, Viktor Basarguine, 59 ans, gouverneur de la région de Perm de 2012 à 2017, Sergueï Mitine, 65 ans, chef de la région de Novgorod de 2007 à 2017, et Oleg Kovalev, 68 ans, gouverneur de la région de Riazan de 2008 à 2017, qui ont respectivement démissionné les 6, 7, 13 et 14 février.

Cinq gouverneurs intérimaires ont été désignés à leur place. Alexeï Tsydenov, 40 ans, ex-ministre adjoint des transports de juin 2012 à février 2017, a pris les rênes de la Bouriatie. Perm a vu arriver Maksim Rechetnikov, 37 ans, directeur du département de la politique économique de la Ville de Moscou d’avril 2012 à février 2017. La région de Novgorod est désormais gouvernée par Andreï Nikitine, 37 ans, directeur général de l’Agence des initiatives stratégiques, chapeautée par Vladimir Poutine en qualité de président du conseil d’observation. Nikolaï Lioubimov, 45 ans, député et ancien haut fonctionnaire de la région de Kalouga, assurera enfin la transition à Riazan, alors qu’Arthur Parfentchikov, 52 ans, directeur de la Chambre des huissiers de justice, se voit parachuté en Carélie.

Reproduire le miracle

Ces hommes sont unis par leur âge, relativement jeune, mais aussi leur expérience positive dans la gestion de projets économiques de grande échelle. Ainsi, avant d’arriver à Riazan, Nikolaï Lioubimov a-t-il longtemps travaillé aux côtés d’Anatoli Artamonov, gouverneur de Kalouga et auteur du « miracle économique » de cette région, qui fi gure aujourd’hui au top 3 des zones les plus attractives du pays pour les investisseurs étrangers.

Dans la famille « managers efficaces », Andreï Nikitine, désormais gouverneur intérimaire de Novgorod, s’est lui aussi largement distingué au cours de ses six années de gestion de l’Agence des initiatives stratégiques. Les experts russes du secteur lui attribuent directement le bond réalisé par le pays au classement Doing Business entre 2012 et 2017 – de la 120e à la 40e place – ainsi que la rédaction de la feuille de route de l’Initiative entrepreneuriale nationale, qui a largement simplifié les processus de création et d’implantation d’entreprises en Russie.

Maksim Rechetnikov, pour sa part, est salué pour sa gestion équilibrée au sein du département de politique économique de la Ville de Moscou. Il aurait notamment orchestré la destruction des petits commerces illégaux et augmenté les taxes pesant sur les propriétaires d’immobilier de luxe. On attribue à Arthur Parfentchikov la vaste réforme du système de paiement des amendes en Russie, entièrement numérisé. Il a également mis en place des réductions sur le paiement des contraventions et formellement interdit aux citoyens devant payer des amendes de quitter le pays – ce qui a rapporté 20 milliards de roubles au budget fédéral en 2016. Le nouveau gouverneur intérimaire connaît aussi bien la région de Carélie, ayant été procureur à Petrozavodsk, la capitale, de 2000 à 2006. Alexeï Tsydenov, outre le fait d’avoir un père bouriate, s’est enfin illustré, selon le quotidien Vedomosti, au sein du ministère russe des transports en réglant une série de problèmes liés aux chemins de fer, question sensible en Russie, et en développant le système GPS russe Glonass dans son utilisation terrestre.

Changement RH

Sergueï Kirienko
Sergueï Kirienko, directeur adjoint de l’administration présidentielle russe depuis octobre 2016. Crédits : kremlin.ru

À en croire la presse russe, qui cite une foule d’informateurs anonymes au Kremlin, ces changements seraient liés à la mise en place d’un nouveau système de recrutement, au sein de l’administration présidentielle, aux postes à haute responsabilité.

Jusque-là, indiquent les divers médias, les candidats visant la tête des régions passaient un entretien classique et étaient soumis à des vérifications de ressources humaines standards, ainsi qu’aux contrôles liés aux risques de corruption. Puis, ils passaient une série de tests sur ordinateur pendant deux heures, à l’instar de nombreux collaborateurs de l’administration présidentielle.

Mais désormais, poursuivent les informateurs, un candidat « du Kremlin » à un poste de gouverneur doit se soumettre à un entretien de quatre heures avec un groupe d’experts, qui lui posent des questions portant sur un éventail très large. Cette nouvelle procédure est à ce point complexe, insiste la source du journal Vzgliad, que certains candidats, y compris des hauts fonctionnaires, ont refusé de s’y soumettre et ont été automatiquement éliminés de la liste des prétendants. Les gouverneurs intérimaires de Bouriatie et de Perm, Alexeï Tsydenov et Maksim Rechetnikov, auraient notamment été désignés dans le cadre de ce nouveau système.

La directrice de l’agence de recrutement russe PRUFFI, Alena Vladimirskaïa, précise que cette méthode est utilisée par les grandes compagnies internationales dans leurs processus de promotion interne. « Ce système n’est pas révolutionnaire, et on en connaît l’efficacité. Les choses se passent comme lors d’une soutenance de thèse : si un seul des examinateurs s’oppose au passage du candidat, ç’en est fini pour ce dernier », a-t-elle expliqué à Vzgliad.

Selon le journaliste Dmitri Sokolov-Mitritch, cette nouvelle approche a été initiée par Sergueï Kirienko, ex-directeur de Rosatom et grand modernisateur du nucléaire russe, nommé directeur adjoint de l’administration présidentielle russe en octobre 2016. « Il a remplacé le machiavélique Viatcheslav Volodine [aujourd’hui président de la Douma, ndlr] pour le plus grand bien du pays ! Kirienko est quelqu’un qui veut obtenir des résultats en s’entourant de gens efficaces, comme Nikolaï Lioubimov, l’un des architectes du miracle économique de Kalouga [la région figure au top-3 des plus attrayantes du pays pour les investisseurs étrangers, ndlr] », écrit-il sur sa page Facebook.

Rotation des terres

Andreï Nikitine
La région de Novgorod sera gouvernée par Andreï Nikitine, 37 ans, directeur général de l’Agence des initiatives stratégiques. Crédits : kremlin.ru

Pour Pavel Saline, directeur du Centre d’études politiques de l’Université des finances du gouvernement russe, la direction fédérale a effectivement lancé un processus de rajeunissement des chefs régionaux. « Nous observons une rotation. Les intérimaires désignés sont relativement jeunes, 40 ans maximum. Ce changement est à la fois une préparation à la présidentielle de 2018 et aux régionales de cet automne, qui risquent de comporter leur lot de surprises », a-t-il indiqué à Kommersant.

Rotislav Tourovski, politologue et expert en politique régionale russe, souligne enfin que le moment n’a pas été choisi au hasard : « Il faut décider du nombre et de la géographie des gouverneurs à changer en février-mars maximum – afin de laisser le temps aux intérimaires de préparer leur campagne pour être élus en automne », a-t-il précisé à RBC.

Les prochaines élections régionales sont prévues pour le 10 septembre 2017, dans le cadre de la journée de vote unique pour tous les sujets de la Fédération.

Article mis à jour le 2 mars

Thomas Gras

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