Grand ménage dans les régions russes en vue des élections automnales

Une semaine, quatre gouverneurs


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Mardi 14 février, le gouverneur de la région de Riazan, Oleg Kovalev, a annoncé sa démission. Il s’agit du quatrième départ d’un chef de région russe en l’espace d’une semaine, et certainement pas du dernier. Décryptage.

Vladimir Poutine gouverneur
Vladimir Poutine et Nikolaï Lioubimov, le gouverneur par intérim de Riazan, le 14 février. Crédits : kremlin.ru

« Je suis un des gouverneurs les plus âgés du pays, et j’estime que la période actuelle est idéale pour changer de dirigeant régional », a annoncé Oleg Kovalev, 68 ans, lors d’une conférence de presse, mardi. « J’estime avoir rempli ma mission », a ajouté l’homme, à la tête de la région depuis 2008 et officiellement en fonction jusqu’en septembre 2017.

Le chef de la région emboîte le pas à Viatcheslav Nagovitsyne, 60 ans, gouverneur de la Bouriatie de 2007 à 2017, Viktor Basarguine, 59 ans, gouverneur de la région de Perm de 2012 à 2017, et Sergueï Mitine, chef de la région de Novgorod de 2007 à 2017, qui ont respectivement démissionné les 6, 7 et 13 février.

Dans l’attente des prochaines élections régionales, prévues pour septembre 2017, le Kremlin a nommé à leur place quatre jeunes gouverneurs intérimaires.

Alexeï Tsydenov, 40 ans, ex-ministre adjoint des transports de juin 2012 à février 2017, prendra les rênes de la Bouriatie. Perm voit arriver Maksim Rechetnikov, 37 ans, directeur du département de la politique économique de la Ville de Moscou d’avril 2012 à février 2017. La région de Novgorod sera quant à elle gouvernée par Andreï Nikitine, 37 ans, directeur général de l’Agence des initiatives stratégiques, chapeautée par Vladimir Poutine en qualité de président du conseil d’observation. Et c’est Nikolaï Lioubimov, 45 ans, député et ancien haut fonctionnaire de la région de Kalouga, qui assurera la transition à Riazan.

Changement RH

Sergueï Kirienko
Sergueï Kirienko, directeur adjoint de l’administration présidentielle russe depuis octobre 2016. Crédits : kremlin.ru

À en croire la presse russe, qui cite une foule d’informateurs anonymes au Kremlin, ces changements seraient liés à la mise en place d’un nouveau système de recrutement, au sein de l’administration présidentielle, aux postes à haute responsabilité.

Jusque-là, indiquent les divers médias, les candidats visant la tête des régions passaient un entretien classique et étaient soumis à des vérifications de ressources humaines standards, ainsi qu’aux contrôles liés aux risques de corruption. Puis, ils passaient une série de tests sur ordinateur pendant deux heures, à l’instar de nombreux collaborateurs de l’administration présidentielle.

Mais désormais, poursuivent les informateurs, un candidat « du Kremlin » à un poste de gouverneur doit se soumettre à un entretien de quatre heures avec un groupe d’experts, qui lui posent des questions portant sur un éventail très large. Cette nouvelle procédure est à ce point complexe, insiste la source du journal Vzgliad, que certains candidats, y compris des hauts fonctionnaires, ont refusé de s’y soumettre et ont été automatiquement éliminés de la liste des prétendants. Les gouverneurs intérimaires de Bouriatie et de Perm, Alexeï Tsydenov et Maksim Rechetnikov, auraient notamment été désignés dans le cadre de ce nouveau système.

La directrice de l’agence de recrutement russe PRUFFI, Alena Vladimirskaïa, précise que cette méthode est utilisée par les grandes compagnies internationales dans leurs processus de promotion interne. « Ce système n’est pas révolutionnaire, et on en connaît l’efficacité. Les choses se passent comme lors d’une soutenance de thèse : si un seul des examinateurs s’oppose au passage du candidat, ç’en est fini pour ce dernier », a-t-elle expliqué à Vzgliad.

Selon le journaliste Dmitri Sokolov-Mitritch, cette nouvelle approche a été initiée par Sergueï Kirienko, ex-directeur de Rosatom et grand modernisateur du nucléaire russe, nommé directeur adjoint de l’administration présidentielle russe en octobre 2016. « Il a remplacé le machiavélique Viatcheslav Volodine [aujourd’hui président de la Douma, ndlr] pour le plus grand bien du pays ! Kirienko est quelqu’un qui veut obtenir des résultats en s’entourant de gens efficaces, comme Nikolaï Lioubimov, l’un des architectes du miracle économique de Kalouga [la région figure au top-3 des plus attrayantes du pays pour les investisseurs étrangers, ndlr] », écrit-il sur sa page Facebook.

Rotation des terres

Andreï Nikitine
La région de Novgorod sera gouvernée par Andreï Nikitine, 37 ans, directeur général de l’Agence des initiatives stratégiques. Crédits : kremlin.ru

Pour Pavel Saline, directeur du Centre d’études politiques de l’Université des finances du gouvernement russe, la direction fédérale a effectivement lancé un processus de rajeunissement des chefs régionaux. « Nous observons une rotation. Les intérimaires désignés sont relativement jeunes, 40 ans maximum. Ce changement est à la fois une préparation à la présidentielle de 2018 et aux régionales de cet automne, qui risquent de comporter leur lot de surprises », a-t-il indiqué à Kommersant.

À en croire l’expert, ce mouvement ne devrait pas s’arrêter aux quatre régions déjà concernées. « Il est fort probable que l’on voie bientôt changer les gouverneurs d’Ivanovo et de Carélie. Et des rumeurs circulent aussi sur les régions de Ekaterinbourg et de Saratov, même si la situation y est beaucoup plus complexe : leurs gouverneurs actuels jouissent de soutiens locaux et fédéraux très forts », nuance-t-il.

Rotislav Tourovski, politologue et expert en politique régionale russe, souligne enfin que le moment n’a pas été choisi au hasard : « Il faut décider du nombre et de la géographie des gouverneurs à changer en février-mars maximum – afin de laisser le temps aux intérimaires de préparer leur campagne pour être élus en automne », a-t-il précisé à RBC.

Les prochaines élections régionales sont prévues pour le 10 septembre 2017, dans le cadre de la journée de vote unique pour tous les sujets de la Fédération.