Ramzan Kadyrov : « Je suis le plus pacifique et le meilleur des hommes »

« Vladimir Poutine a des gardes du corps, des forces spéciales, mais moi, je lui suis dévoué non par le service mais personnellement. Je lui dois la vie… »


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Le très controversé dirigeant Tchétchène, Ramzan Kadyrov, a donné une longue interview à l’agence russe TASS, dans laquelle il revient sur sa jeunesse, ses relations avec Poutine, ses ennemis, la religion et le récent scandale autour du combat de ses fils. Publié le 28 novembre, l’entretien fait beaucoup parler de lui en Russie. Le Courrier de Russie en a traduit les passages les plus marquants.

Ramzan Kadyrov
Ramzan Kadyrov. Crédits : kremlin.ru

TASS : Ça vous plaît qu’on ait peur de vous ?

Ramzan Kadyrov : Qui a peur ? Si vous voulez parler des ennemis de la Russie que sont les terroristes, les extrémistes et autres, alors oui, ce genre d’ennemis doivent me craindre. Me craindre à mort. Ils savent que ma position est une position de principe. Quelqu’un qui prépare le mal, qui se fixe pour objectif de commettre un acte terroriste, de prendre la vie de gens qui ne sont coupables de rien : un tel être doit être neutralisé avant d’avoir eu le temps d’appuyer sur le bouton. Il faut l’arrêter et le traîner en justice et, s’il oppose une résistance armée, il faut l’anéantir. L’humanité n’a encore rien inventé de mieux. Mes ennemis doivent-ils me craindre ? Oui ! Et non seulement me craindre, mais rester bien cachés à l’autre bout du globe. Pas question de faire des cérémonies avec ces gens-là ! Derrière les barreaux ou six pieds sous terre – qu’ils choisissent l’option qui leur convient le mieux. S’ils tentent de pénétrer en Tchétchénie, nous les détruirons. Tous. Jusqu’au dernier. Je suis un guerrier, un défenseur, j’ai donné un serment et je sers les gens, je suis prêt à donner ma vie pour eux. Alors, que mes ennemis me craignent. Pas de problème. C’est même très bien.

R.K. : Qui appelez-vous « vos ennemis », précisément ?

TASS : En premier lieu ceux qui, il y a 20 ans, ont apporté la guerre sur ma terre, assassiné le peuple tchétchène, détruit nos villes et villages, ceux qui refusent toujours d’admettre qu’ils ont perdu et que le peuple a fait son choix. Je parle des traîtres, qui rêvent de ruiner la Russie en tant qu’État souverain, je parle des sheitans, des démons à l’intérieur de la république, qui dansent au son de la flûte de l’Occident, je parle de tous ces Khodorkovskis, Berezovskys et consorts. De la racaille ! Des résidus hostiles se cachent encore dans les interstices, mais nous savons qui ils sont et ce qu’ils veulent.

TASS : L’État islamique aussi, ce sont des ennemis ?

R.K. : Évidemment.

TASS : Mais il y a aussi des Tchétchènes qui en font partie.

R.K. : Oui, mais c’est une goutte d’eau dans l’océan, comparé aux centaines de milliers de terroristes venus d’Amérique, d’Asie, d’Europe, d’Afrique, d’Australie… L’« État iblistique » [ « Iblis » est le nom du diable en islam ; c’est le démon qui a refusé de se soumettre à Allah, ndlr] et Al-Qaïda ont les mêmes père et mère.

TASS : L’essentiel, c’est que vos compatriotes ne reviennent pas.

R.K. : N’aie pas peur, ils ne reviendront pas ! En Tchétchénie, c’est sûr qu’ils ne reviendront pas ! L’Amérique, avec l’Europe son alliée, rêvent de faire tomber notre État à l’aide de mains étrangères, sans se mouiller. Si elles pouvaient faire ce qu’elles voulaient, la Russie serait aujourd’hui une vaste Alep. Mais elles ont tort d’essayer. Elles n’arriveront à rien.

Nous ne nous mettrons pas à genoux, et nous ne mourrons pas de faim ! Les sanctions sont impuissantes contre nous ! Ils se sont trompés de cible ! Gloire à Allah, la Russie possède un territoire immense, une terre riche, les épreuves nous rendent encore plus forts, et c’est l’Occident lui-même qui viendra nous demander de l’aide. C’est précisément vers cela que tout se dirige, j’en suis certain.

Mais aujourd’hui, ils sont nos ennemis. Ce qui veut dire qu’ils sont les miens aussi. En tant que citoyen de mon pays. Mais je n’ai pas d’ennemis personnels ! Je suis le plus pacifique des hommes.

TASS : Vraiment ?

R.K. : Depuis toujours, depuis les bancs de l’école. À l’époque, j’aidais les faibles, ceux qui avaient besoin d’être protégés. En classe et dans la rue. Mais ça n’est jamais allé jusqu’à l’affrontement ouvert, avec personne. Oui, j’avais des ennemis de sang, ceux qui assassinaient les fils authentiques du peuple tchétchène, les fils de la Russie – mes amis, mon père, le premier président de la république de Tchétchénie et Héros de Russie Akhmad-Hadji Kadyrov, responsable politique et figure religieuse célèbre dans le monde entier… Et ces ennemis ne sont plus, ils ont tous été anéantis. C’était notre devoir. Les bandits et les criminels ne comprennent pas d’autre langue.

TASS : Et l’opposition hors-système, vous les considérez aussi comme des ennemis ?

R.K. : Non, ce sont juste de grandes gueules. Des gens sans vergogne. Sans honneur, sans morale et sans Patrie. Tout ce qu’ils veulent, c’est continuer à brader les intérêts de l’État. Pour trente misérables pièces d’argent.

TASS : Vous parlez de quelqu’un en particulier ?

R.K. : Je ne veux citer personne. Ils attendent un seul mot de moi pour se mettre à hurler, profiter du moment pour se faire remarquer. Il vaut donc mieux que je me taise. Tout le monde les connaît, d’ailleurs. Le temps viendra où le peuple chassera lui-même ces mesquins, comme des chiens errants, d’une région à l’autre. Même leurs parents leur tourneront le dos, pour ne pas voir leur nom déshonoré.

Car qu’est-ce que c’est que cette opposition ? Jugez vous-même. Le 18 septembre, le peuple a marché, il a voté aux élections. En république tchétchène, ces guignols ont remporté à peine quelques centièmes. Les gens ne leur font pas confiance. Et que dit-on, dans ce cas ? « Allez, au revoir ! »

L’opposition a déjà manigancé tout ce qu’elle pouvait. Puis, elle s’est tarie… Comment s’appelle l’endroit à Moscou où les manifestants se sont rassemblés ? Bolotnaïa, c’est ça ?

Ils voulaient faire peur à Vladimir Poutine, du genre : Ne brigue pas un nouveau mandat présidentiel, le peuple est contre… Mais le résultat a été l’exact inverse. Vladimir Vladimirovitch le savait : la Russie immense, multiethnique et multiconfessionnelle est avec lui ; il n’a pas laissé à ses ennemis une seule chance de détruire le pays. Comme toujours, il est allé courageusement de l’avant, et nous avons marché à sa suite.

C’est fini ! Il n’y a plus personne pour financer les Pussy Riot, pour alimenter à coups de subventions tous ces divers mouvements. Pour moi, toutes ces pussies sont des ennemis de la Russie. Ces filles sont entrées dans une église, se sont lancées dans des danses accompagnées de chants vulgaires… Si elles s’étaient faufilées dans une mosquée, il y aurait un double crime – elles auraient été déchiquetées sur place, mises en pièces…

Il y a bien quelqu’un qui a organisé toutes ces provocations. À quoi bon ? Nous savons et nous comprenons tout, mais nous nous taisons. Mais aujourd’hui, on leur a coupé les vivres. Et on ne les entend plus.

TASS : Certains se sont tus à jamais. Boris Nemtsov, par exemple.[L’opposant Boris Nemtsov a été abattu le 27 février sur le pont du Kremlin. Les meurtriers suspectés sont tous tchétchènes, ndlr]

R.K. : Oui, Boris Efimovitch est mort. J’ai déjà exprimé mon avis sur ce fait. Je n’ai rien à ajouter… Rien ne me liait à lui, absolument.
TASS : Mais c’était un ennemi, pour vous ?

R.K. : Non, Nemtsov n’a jamais été mon ennemi personnel, pas plus que mon ami. Nos chemins ne se sont pas croisés. Il a choisi de devenir un ennemi de la Russie – de mon pays. Mais la Russie d’aujourd’hui n’a pas peur d’un tel ennemi : personne ne se tenait derrière Nemtsov, il ne lui restait que l’art du bavardage. Et, comprenant que Boris Nemtsov n’était plus d’aucune utilité, ses amis ont décidé de faire d’une pierre deux coups : en tirant sur Nemtsov, se débarrasser de Kadyrov. Mais ils ne sont arrivés à rien avec moi. Je suis d’un calme absolu, je ne réagis pas aux mensonges et à la provocation. Je les envoie tous promener et je vis normalement.

TASS : Nemtsov a tenté d’arrêter la guerre en Tchétchénie en 1996, il a récolté pour cela un million de signatures, apporté sa pétition à Boris Eltsine au Kremlin… À cette époque, vous vous trouviez dans l’autre camp, non ?

R.K. : Oui, au début des années 1990, de nombreuses personnes en Tchétchénie voulaient l’indépendance, croyaient dans les paroles de Doudaïev, d’Oudougov, de Bassaïev, de Maskhadov, on ne savait pas qu’ils avaient été envoyés par nos ennemis, ces ennemis qui rêvaient de voir disparaître la Russie et utilisaient notre peuple comme de la chair à canon. Et le ministre de la défense Gratchev a lancé exprès sur le territoire de la république des arsenaux avec des armes, pour nous attirer dans un piège… Nous n’avons pas compris tout de suite. Au début, nous pensions agir en guerriers, défendre notre peuple. Voilà quelle était notre idéologie.

TASS : Quand avez-vous compris que vous n’alliez pas dans la bonne direction ?

R.K. : Les accords de Khassaviourt, signés en 1996 par Lebed et Maskhadov, n’ont rien donné. C’était un répit. J’étais présent lors des négociations. (…) À l’été 1999, les autorités de l’Itchkérie [État non reconnu de la Tchétchénie de 1991 à 2000] d’alors ont enfreint les accords, Bassaïev a envahi le Daghestan, la deuxième guerre a commencé, et elle s’est avérée très différente, encore plus cruelle. Mon père s’est opposé à Maskhadov et Bassaïev, il a dit : cette guerre n’est pas un jihad mais une trahison des lois de l’islam. Et nous avons commencé de nous battre contre les wahhabites et les terroristes.

TASS : Vous vous battiez contre les soldats russes aussi, non ?

R.K. : Jamais, nulle part, à personne, ni pour plaisanter ni sérieusement, je n’ai dit avoir tué des soldats russes. Pas une fois je n’ai prononcé une telle phrase ! Ce sont des paroles que l’on m’a attribuées, que l’on a répandues à dessein sur Internet. On les reproduit en sachant parfaitement qu’il s’agit d’un mensonge effronté. Moi, je marchais toujours auprès de mon père.

TASS : La Tchétchénie est à la quatrième place des régions russes en nombre de mosquées. 31 mosquées ont été construites dans la république en 2014, et 43 en 2015…

R.K. : Les gens ont besoin de la miséricorde du Tout-Puissant. Toujours ! Mais ces mosquées ne sont pas construites sur l’argent de l’État. Elles ne coûtent pas un kopeck au budget. Il n’en est même pas question !

TASS : Malheureusement, la république est moins bien dotée en hôpitaux qu’en mosquées. On manque de spécialistes. On recense un médecin pour 140 personnes. C’est le pire indicateur du pays…

R.K. : Vous me posez la question, alors que vous savez sans doute parfaitement pourquoi la Tchétchénie manque de spécialistes. Puisque vous avez si bien étudié les statistiques, vous devez savoir aussi combien de médecins et d’infirmières sont morts ici pendant la guerre ? Dont certains alors qu’ils étaient en train d’opérer. Et de combien d’hôpitaux il n’est resté que des ruines ? Nous nous efforçons d’améliorer la situation. Par ailleurs, comprenez autre chose : si la spiritualité est là, tout le reste suivra.

Kadyrov
Mosquée Akhmad Kadyrov, à Grozny, en Tchétchénie. Crédits : Wikimedia

TASS : Je vois mal la foi remplacer la médecine.

R.K. : Je ne suis pas d’accord. Mais de toute façon, personne n’a parlé de remplacement. La médecine non plus ne peut pas prendre la place de la foi pour un individu. Moi, je me guéris toujours par la lecture du Coran. Je ne dis pas qu’il ne faut pas développer la médecine traditionnelle. Il le faut ! Mais il ne faut pas non plus mépriser les ressources et les méthodes populaires. La parole d’Allah est capable de faire des miracles !

TASS : Je propose de poursuivre la conversation sur Fedor Emelianenko [le champion et président de l’Union nationale russe de MMA a lourdement critiqué le combat des trois fils de Kadyrov, le 4 octobre 2016]. Vous vous en êtes pris de façon très dure à Emelianenko. Et vos amis ont même été grossiers.

R.K. : Il dirige l’Union MMA amateur – ça n’a aucun rapport avec les clubs professionnels, dont le nôtre. Pourquoi se permet-il de donner des évaluations ? Mais nous avions aussi un autre grief concernant Emelianenko. En même temps que son commentaire, il a mis sur Internet une photo de mon fils cadet. Il y a toute sorte de gens sur les réseaux sociaux – et ça a été le début des injures à l’adresse de mon enfant… On ne touche pas au fils d’un autre, ça ne se fait pas. Emelianenko s’est conduit de façon immorale, il n’a pas agi en homme, il a fourré son nez dans ma famille. Ce sont mes enfants, c’est moi qui décide de ce qu’ils ont à faire, d’où ils doivent se produire, avec qui ils se battent…

Mon assistant l’a appelé, lui a tout expliqué pendant une demi-heure. Il lui a dit que ces combats d’enfants étaient des combats d’exhibition, que les parents se trouvaient dans la salle… Nous lui avons demandé qu’il retire la photo. Fedor a refusé, il a répondu que s’il le faisait, les gens penseraient qu’il a eu peur. Il aurait dû commencer par féliciter le club Akhmat pour ses premières ceintures de champion, et ensuite seulement, présenter ses griefs. Au final, tout le monde était content – sauf Fedor. Pourquoi ne pouvait-il pas se réjouir pour les autres ?

Ramena Kadyrov fait combattre ses enfants sur le ring. Crédits : Fight Club Akhmat / Vkontakte.
Un des fils de Kadyrov sur le ring, le 4 octobre. Crédits : Fight Club Akhmat / Vkontakte.

TASS : Il n’est pas question seulement d’Emelianenko. Tous ceux qui vous attaquent en paroles doivent ensuite présenter des excuses publiques. C’est tout juste s’il ne faut pas qu’ils se mettent à genoux.

R.K. : Ce n’est pas vrai. Je n’humilie personne. Vous avez probablement mal entendu, ou mal compris. Il y a eu cette fois, où une habitante du village de Gvardeïskoe s’était plainte qu’on lui demandait trop d’argent pour la lumière et le gaz. J’ai fait venir les dirigeants de son arrondissement, je les ai faits asseoir sur un fauteuil et, devant la femme, je leur ai demandé : « Avez-vous pris quelque chose à cette femme ? Plus que ce qu’exige la loi ? » Ils ont répondu : « Non ». J’ai appelé les autres habitants du village, j’ai réitéré ma question. Eux non plus n’ont rien confirmé. Je suis le chef de la république, et je dois comprendre ce qui se passe. J’ai donc demandé à Aïchat Inaeva, c’est comme ça qu’elle s’appelle : « Pourquoi as-tu dit ça ? » Elle a reconnu qu’elle s’était laissée aller et a demandé pardon à ceux qu’elle avait offensés – pas à moi, note bien, mais à ses compatriotes, qu’elle avait calomniés et déshonorés.

TASS : Et si ce n’est pas moi qui fais, mais, disons, mon frère, mon fils ou mon père ? C’est toute la famille qui doit assumer ?

R.K. : Bien sûr. Chez nous, en Tchétchénie, ça a toujours été comme ça. Les anciens se réunissaient et prononçaient un verdict valable pour l’année entière. Et personne ne pouvait contester leur décision. Les gens naïfs pensent que la vengeance de sang sert à tuer. Mais c’est tout le contraire ! Elle a été inventée justement pour prévenir les meurtres. Avant de lever la main sur quelqu’un, il faut bien réfléchir au châtiment qui suivra, à qui il sera appliqué. La responsabilité collective est un très bon moyen pour discipliner les gens. Mes fils le savent : si l’un d’eux commet une faute – tous en répondront. Donc, ils se surveillent les uns les autres, ils s’évitent les bêtises. Là réside le sens de l’aide fraternelle véritable. Et ça renforce aussi les familles, ça rend les unions plus solides.

TASS : Et que pensez-vous de la polygamie ?

R.K. : Et toi, t’en penses quoi ? Quel homme refuserait ? Je l’ai déjà dit : si j’en rencontre une belle et digne, une qui conquiert mon âme, je l’épouse sur-le-champ. Maintenant, s’il faut ! Mais je n’ai pas encore trouvé. Parce que je n’ai pas cherché. J’ai Medni Moussavena, la mère de mes enfants, elle m’aide à les élever. Nous avons six fils et autant de filles. Le cadet, Abdoullah, est né tout récemment, le 10 octobre.

Ramzan Kadyrov
Ramzan Kadyrov. Crédits : réseaux sociaux

TASS : La république est aussi abondamment dotée par le budget fédéral…

R.K. : Au même titre que n’importe quelle autre région russe. Pas plus. Moi, je vois autre chose : le ministère russe des finances a demandé de réduire les dépenses budgétaires de la République tchétchène pour 2017. Comment est-ce possible ? Nous essayons en ce moment de le comprendre, de nous en sortir. Vous, ne l’oubliez pas, et rappelez-le aussi aux autres : depuis 1994, des centaines de milliers de citoyens russes civils sont morts ici. Jusqu’aujourd’hui, on recense près de 7 000 personnes disparues, il est resté des dizaines de milliers d’invalides, d’orphelins. Et je dois travailler avec ce peuple, trouver une langue commune avec chaque citoyen, les rassembler sous le drapeau russe afin que les gens ne soient pas à nouveau trompés et utilisés dans une autre guerre contre notre État. Vous pensez que c’est facile ? Croyez-moi, c’est très difficile. C’est facile de juger, assis sur un canapé, mais que tous ces grands sages viennent en Tchétchénie et parlent avec ceux dont les maisons ont été incendiées, les proches assassinés… Oui, notre région est une région difficile, mais je suis certain que le pays sera fier de la Tchétchénie, comme il l’a été de tout temps.

TASS : Il arrive qu’on ne parvienne même pas à s’entendre à l’intérieur du pays…

R.K. : On y parvient. Et très bien. Les gens pensent par stéréotypes, ils ne veulent pas mettre en route leur cerveau, ou même simplement régler leur antenne sur la bonne fréquence. La Russie est un pays multiethnique, nous ne devons pas nous laisser démembrer. Certains sèment aujourd’hui la discorde entre les peuples, et ensuite, ils viennent et mettent tout en pièces, ils saccagent tout jusqu’à n’en plus pouvoir. Nous devons être ensemble. Dans le même temps, il faut que tous le comprennent : les Caucasiens ne sont ni des bergers, ni des moutons. Nous sommes des guerriers. Des constructeurs. Des créateurs. Nous l’avons été et nous le resterons. N’essayez pas de nous rendre différents. Et ne nous noircissez pas non plus, il ne faut pas nous rendre responsables de tous les maux. Nous protégerons fermement la Russie et nos peuples.

Le Caucase est une zone particulière, le rempart de la Russie. Et donc, à tous les merdeux qui essaient de nous provoquer, de susciter l’instabilité et le chaos, je peux le dire clairement : chers amis, vous feriez mieux de fermer vos bouches. Vous vous donnez du mal pour rien !

TASS : Ça ressemble à une menace, Ramzan Akhmatovitch.

R.K. : Je ne veux effrayer personne. À quoi bon ? Mais je suis un homme franc et je dis ce que je pense. Et je vais toujours jusqu’au bout. C’est soit l’un, soit l’autre.

TASS : Et si vous vous trompez, s’il s’avère que vous avez eu tort ?

R.K. : Je demande des excuses avec plaisir. Je considère que c’est aussi l’un des mérites d’un être fort. Je suis le plus pacifique et le meilleur des hommes, je vous l’ai dit. Cette image d’homme dur, sévère, on me l’a créée. Probablement certains ont-ils intérêt à présenter Kadyrov sous les traits d’un monstre. Je n’ai jamais aspiré au pouvoir, je n’ai jamais essayé de plaire exprès. Je ne fais toujours que ce qu’ordonne le Tout-Puissant. Tenter de faire impression sur tel ou tel, ce n’est pas mon style.

TASS : Et Poutine ?

R.K. : Je suis dévoué au président comme personne d’autre. Vladimir Poutine a des gardes du corps, des forces spéciales, mais moi, je lui suis dévoué non par le service mais personnellement. Je lui dois la vie… Que je sois maudit si je parle dans le vide. Je suis son obligé ! J’ai dit un jour que j’étais le fantassin de Poutine, tout le monde s’est jeté sur cette phrase, mais je ne l’ai même pas encore mérité, ce titre – fantassin de Poutine. Si Vladimir Poutine me donne une mission, n’importe laquelle, la plus difficile, ce sera pour moi une récompense suprême, un grand bonheur. J’en rêve !

Je me suis choisi un commandant, le Commandant en chef suprême, et je lui serai fidèle. Dans le travail et dans la vie. Savez-vous que certains musulmans m’accusent de servir un chrétien ? Ils me menacent de l’enfer. Mais je sais quel homme est Vladimir Poutine, ce qu’il a fait pour mon peuple et pour moi personnellement.

Ramzan Kadyrov
Vladimir Poutine et Ramzan Kadyrov. Crédits : kremlin.ru

TASS : Quoi ?

R.K. : Après la mort d’Akhmad-Hadji [père de Ramzan kadyrov, président de la république de Tchétchénie de 2003 à 2004], il m’a donné la possibilité de combattre les ennemis du peuple tchétchène et de toute la Russie, de combattre les terroristes et les démons. Il savait que j’étais jeune, pas instruit, ni politicien ni économiste, et pourtant, il a cru en moi, il m’a confié un secteur… J’ai demandé à Vladimir Poutine : permettez-moi de mourir dignement, au combat. Je ne voulais rien d’autre. Et je lui dois cela.

TASS : Vous cherchiez la mort ?

R.K. : Je la cherchais pour les terroristes et, en les anéantissant, j’étais prêt à mourir, moi aussi. Poutine m’a soutenu dans les jours les plus difficiles de ma vie. C’est quelque chose qui ne s’oublie pas…

TASS : Des gens de bonne volonté ont fait le calcul : en 15 ans, vous avez reçu 59 ordres, médailles et autres décorations diverses. Peut-être même plus aujourd’hui…

R.K. : Et où est la question ? 59, c’est peu ou beaucoup ? Poutine m’a décerné le titre de Héros de Russie, m’a remis les ordres du « Mérite envers la Patrie », du Courage et de l’Honneur. Est-ce que quelqu’un pense que Kadyrov n’a pas mérité ces récompenses ?

TASS : Il y en a, parmi elles, de vraiment étonnantes tout de même. Du genre de la médaille d’or « Honneur et dignité » associée au titre de « Défenseur émérite des droits de l’homme ».

R.K. : Et qui me l’a donnée ?

TASS : Un certain Comité international de défense des droits de l’homme.

R.K. : Et voilà. Les gens ne donnent pas des récompenses pour rien. Ça veut dire que je les défends bien. Et il n’y a que nos ennemis qui ne sont pas d’accord avec ça, ceux qui attaquent notre État avec leurs critiques.

TASS : Vous supposez donc que les seuls patriotes sont les gens qui soutiennent le pouvoir ?

R.K. : Je n’ai jamais dit cela. Mais puisque vous demandez, je vais vous le dire : un patriote authentique va aimer son Pays et défendre le pouvoir.

On peut ne pas être d’accord, débattre et se disputer, mais il ne faut pas vendre la Patrie pour de l’argent. Nous savons bien dans quelles ambassades ces gens courent se réfugier. Ils vont chez ceux qui prennent des sanctions contre la Russie, qui veulent nous étrangler économiquement, qui rêvent que nous mourions tous de faim. Selon vous, ce ne sont pas des ennemis ? Mais leurs efforts seront vains. Ils ne nous font pas peur. Écrivez ça.

TASS : Une dernière question, alors, Ramzan Akhmatovitch. Y a-t-il quelque chose dont vous ayez peur, personnellement ?

R.K. : Perdre l’honneur. Beaucoup de choses entrent là-dedans : la dignité, la conscience, la responsabilité pour la parole prononcée et la mission dont on est chargé. Je ne supporterai pas le déshonneur. C’est moi, Ramzan Kadyrov, qui vous le dis !