Vladimir Poutine à Valdaï : un peu d’Alep, beaucoup d’États-Unis, pas de retraite

Le Club Valdaï a cette année réuni plus de 130 experts et analystes politiques de 35 pays


La 13e édition du Club international de discussion Valdaï a fermé ses portes, jeudi 27 octobre, à Sotchi. La conférence, dont le thème annoncé était : « Le futur commence aujourd’hui : contours du monde contemporain », s’est achevée sur la séance plénière traditionnelle à laquelle a participé Vladimir Poutine. Le Courrier de Russie a sélectionné les meilleures citations du président russe.

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Vladimir Poutine lors du forum Valdaï, à Sotchi, le 27 octobre. Crédits : kremlin.ru

Sur son départ à la retraite

« Notre cher modérateur vient de me souhaiter un départ heureux à la retraite, c’est aussi ce que je me souhaite, quand le moment sera venu, c’est très bien, c’est ce qu’il faut faire. Mais je ne suis pas encore à la retraite, je dirige une grande puissance, je me dois d’être retenu, de ne pas manifester d’agressivité superflue dans mes propos et ma conduite. Et pour tout dire, je ne pense pas que ce soit mon style. »

Sur les sanctions

« Nous voyons comment la liberté de commerce est sacrifiée et les sanctions sont utilisées à des fins de pression politique. Certains essaient, en contournant l’Organisation mondiale du commerce, de former des alliances économiques fermées aux règles et aux barrières strictes, dont les principaux bénéficiaires sont les corporations transnationales – les leurs. Nous savons aussi pourquoi c’est le cas : il est impossible de résoudre les problèmes accumulés dans le cadre de l’OMC – balayons donc toutes ces règles, disent-ils, et l’organisation elle-même, et créons-en une nouvelle. »

Sur la « menace » russe

« La Russie n’a l’intention d’attaquer personne. C’est tout simplement impensable, bête et de l’ordre du fantasme. La seule Europe est peuplée de 300 millions de personnes ; les membres de l’OTAN pris ensemble, avec les États-Unis, représentent probablement 600 millions d’habitants. La Russie, c’est 146 millions d’habitants. C’est tout simplement ridicule. Mais non, cette prétendue menace est tout de même utilisée dans des buts politiques. Et c’est avantageux : on peut établir de nouveaux budgets de défense, rallier tous les alliés dans les intérêts d’une seule superpuissance, élargir l’OTAN, rapprocher l’infrastructure, les casernes militaires et les nouveaux équipements de l’Alliance des frontières de la Russie. »

Sur l’intervention russe à Alep

« Nous entendons tout le temps dire : Alep, Alep, Alep. Bien. Mais quel est le problème ? Faut-il laisser se développer là-bas un nid du terrorisme, ou, en minimisant, en tentant de tout faire pour éviter les victimes civiles, écraser ce nid ? S’il ne faut surtout rien toucher, qu’on ne touche pas à Mossoul non plus. Laissons tout en l’état. Ne touchons pas à Raqqa [capitale symbolique de l’Etat islamique en Syrie, ndlr]. Nous entendons constamment nos partenaires dire : « Il faut attaquer Raqqa, il faut anéantir ce nid du terrorisme. » Mais à Raqqa aussi, il y a des civils. Faut-il cesser totalement de combattre les terroristes ? Quand ils prennent des otages dans telle ou telle ville, faut-il les laisser tranquilles ? Prenez l’exemple d’Israël, Israël ne fait jamais cela, il lutte toujours jusqu’au bout et c’est grâce à cela qu’il existe, et d’ailleurs, il n’a pas le choix – il faut lutter. Si nous cédons nos positions en permanence, nous perdrons toujours.

Et je voudrais aussi réagir aux choses très justes qui se passent, disons, en Finlande. On sonne le tocsin pour les morts d’Alep. Je vous propose que nous sonnions aussi le tocsin pour ceux qui meurent aujourd’hui dans les environs de Mossoul. L’opération sur Mossoul vient de commencer. Plus de 200 personnes, je crois, ont déjà été fusillées dans l’espoir d’arrêter l’attaque sur la ville. Ne l’oublions pas, s’il vous plaît. Et en Afghanistan ? Des mariages entiers, plus de 120 personnes ont été tuées par une seule frappe aérienne. Une seule bombe ! L’avons-nous oublié ? Et ce qui se passe en ce moment au Yémen ? Le tocsin doit sonner pour toutes ces victimes innocentes ! »

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Quartier détruit d’Alep, en Syrie. Crédits : Joshua Tabti/Flickr

Sur l’influence de la Russie sur les élections américaines

« Comment ça se passe ? Premièrement, on crée une image de l’ennemi sous les traits de la Fédération russe, sous les traits de la Russie, et ensuite, on annonce que Trump est le favori des Russes. C’est du délire total, c’est n’importe quoi ! C’est simplement un moyen de manipuler l’opinion publique à la veille des élections présidentielles américaines, des élections nationales. Je me pose une question et je voudrais vous la poser : est-ce que quelqu’un pense sérieusement que la Russie est en mesure d’influer d’une quelconque façon sur le choix du peuple américain ? L’Amérique serait une quelconque « république bananière » ? L’Amérique, c’est une grande puissance. Si je me trompe, corrigez-moi, je vous en prie. »

Sur Donald Trump

« Quant à M. Donald Trump lui-même, il a visiblement choisi un moyen pour toucher le cœur des électeurs. Lequel ? Il se conduit de façon extravagante, c’est certain, nous voyons cela. Mais je pense que tout cela n’est pas si absurde. Parce qu’à mon avis, il représente les intérêts d’une partie de la société – et elle est assez importante aux États-Unis – qui est lasse des élites au pouvoir depuis des décennies. Il représente simplement les intérêts de ces gens simples. »

Sur la « propagande » russe

« Je vais vous dire : j’aimerais avoir une machine de propagande de cette ampleur en Russie, mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Nous ne possédons pas de médias de masse mondiaux comme la CNN, la BBC et quelques autres, nous ne disposons pas de possibilités de ce genre. »

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Unes de magazines sur Vladimir Poutine. Crédits : DR

Sur le format de Normandie

« Oui, les discussions avancent difficilement, oui, c’est peu efficace, je suis d’accord, mais il n’y a pas d’autre format, et si nous voulons obtenir quelque chose, il faut rester dans le cadre de ce format. Faut-il y intégrer d’autres interlocuteurs ? La position russe est la suivante : nous ne sommes pas contre le fait de faire venir quelqu’un d’autre, qui que ce soit, y compris nos partenaires américains. Mais nous nous sommes entendus avec tous les participants de ce processus sur le fait de travailler avec nos collègues américains en parallèle. »

Sur la suspension de l’accord sur le plutonium avec les États-Unis

« Les États-Unis ne se sont pas contentés de ne pas respecter leur partie du contrat – ils ont annoncé publiquement qu’ils ne le feraient pas, en prétextant des difficultés financières. Comme si nous n’avions pas de difficultés financières, nous. Et pourtant, nous avons construit l’usine et nous détruisons ce plutonium par des moyens industriels. Ce qu’ont dit les États-Unis, et absolument sans nous demander notre avis, d’ailleurs, c’est qu’ils allaient le diluer, ce plutonium nucléaire, le conserver dans je ne sais quelles couches de terre, etc. Alors que nous, nous le détruisons par des moyens industriels. Nous avons construit une usine, dépensé de l’argent. Sommes-nous plus riches que les États-Unis ? »

Institué en septembre 2004, le Club international de discussion Valdaï rassemble chaque année près de 300 analystes politiques de différents pays. Cette année, la 13e réunion du club Valdaï s’est déroulée à Sotchi du 24 au 27 octobre. Elle a réuni plus de 130 experts et analystes politiques de 35 pays.