Promotion dopée : Vitali Moutko, ex-ministre des sports, nommé vice-Premier ministre

« C’est peut-être un fils de pute, mais c’est notre fils de pute »


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Éclaboussé par le scandale du dopage chez les sportifs russes, le ministre russe des sports, Vitali Moutko, semblait se trouver sur un siège éjectable. Mais plutôt que de lui signifier son renvoi, Vladimir Poutine a choisi de le nommer vice-Premier ministre et de désigner à sa place son adjoint, Pavel Kolobkov. Le journaliste sportif Evgueni Slioussarenko, dans une tribune pour RBC, explique que le Kremlin fait ainsi comprendre que ses accords avec l’Occident sont caduques et que la Russie fera désormais ce qu’elle estime nécessaire sans se soucier de l’opinion de quiconque.

Vitali Moutko
Vitali Moutko. Crédits : kremlin.ru

«Votre ministre n’a toujours pas été viré ? »

Il y a environ six mois, dans le monde du sport russe, on en était persuadé : en tant que ministre, Vitali Moutko n’était plus de ce monde. Aux yeux de la communauté internationale (ou, plus précisément, de la communauté de ceux qui prennent les décisions), Moutko était précisément le symbole de l’implication de l’État russe dans les schémas de dopage, considérés comme déjà prouvés de facto. Le comité international olympique (CIO) l’a confirmé une fois de plus en faisant du ministre et de ses subordonnés des personnages non grata aux Jeux olympiques de Rio.

J’ai entendu plus d’une fois raconter comment, lors de rencontres internationales, on disait officieusement aux représentants de la Russie : « Le premier geste pour rétablir le dialogue à propos du dopage, c’est la démission de Moutko. Et à propos, il n’a toujours pas été viré ? » On m’a même rapporté l’histoire suivante : soi-disant, Vladimir Poutine et le président du CIO Thomas Bach avaient un accord de « gentlemen » sur le départ du ministre après les Jeux de Rio, quand la tension serait retombée et qu’un renvoi ne passerait pas pour le résultat d’un chantage et une capitulation. Même si c’est un bobard, il est extrêmement vraisemblable.

On va voir ce que vous allez nous faire

Mais cet été, le CIO a exclu des Jeux l’équipe russe paralympique, ce que le Kremlin a pris comme une offense personnelle. Et on peut supposer que Moscou a alors refusé de renvoyer Vitali Moutko. Visiblement, le Kremlin a estimé que ce geste serait politiquement de courte vue et nuisible. C’est peut-être un fils de pute, mais c’est notre fils de pute. Y a quelqu’un à qui ça ne plaît pas ? On va voir ce que vous allez nous faire.

Vitali Moutko a de nouveau eu de la chance – ce n’est pas pour rien que, dans le monde du sport, on considère que c’est un homme aux réserves de chance illimitées. Il a été promu, le 19 octobre, et remplacé par son ancien adjoint, Pavel Kolobkov.

Vitali Moutko s’est rendu célèbre pour sa piètre connaissance de l’anglais

Pavel « le Tranquille »

Mais who is mister Kolobkov ? C’est avant tout un escrimeur de génie avec 20 ans de carrière derrière lui. Cependant, jusqu’à hier, comparé à l’éclat de ses succès sur la piste, c’était loin d’être une star de la politique sportive. Ces derniers temps, on l’avait même poussé à la marge, en lui confiant la gestion de disciplines non olympiques, ainsi que l’accréditation officielle des fédérations. Jusque fin 2015, Kolobkov représentait aussi la Russie au Conseil des fondateurs de l’Agence mondiale antidopage, mais là non plus, il ne s’est jamais fait remarquer par de quelconques actes ou propos publics éclatants. Dans les couloirs du ministère russe des sports, c’est d’ailleurs ainsi qu’on le surnommait : « le Tranquille ».

Pavel Kolobkov
Pavel Kolobkov. Crédits : kremlin.ru

Difficile de dire, pour l’heure, à quel point Pavel Kolobkov se révélera un ministre durable et efficace, et dans quelle mesure le nouveau vice-Premier ministre Vitali Moutko se mêlera des activités de son ancien adjoint.

Mais une chose est sûre, en tout cas : on attend avant fin octobre la publication de la deuxième partie du rapport de Richard McLaren, qui devra comporter des noms de famille, des circonstances et des faits concrets liés aux schémas de dopage dans le sport russe.

Et nous verrons, alors, comment le professeur McLaren se moquera de nous avec notre Vitali Moutko vivant et bien portant.