Vladimir Poutine : « Le futur président russe doit être jeune mais mûr »

Le 1er septembre, à la veille de l’ouverture du Forum économique oriental, qui s'est tenu les 2 et 3 septembre à Vladivostok, Vladimir Poutine a accordé une longue interview à l'agence Bloomberg. Le Courrier de Russie a traduit les passages les plus marquants.

Sur le litige des îles Kouriles

Il n’est pas question de marchander des territoires. Simplement, la conclusion d’un accord avec le Japon est essentielle pour nous, et nous aimerions vraiment trouver avec nos amis japonais une solution à ce problème. En 1956 déjà, nous avions signé un accord, ratifié, à la surprise générale, aussi bien par le Soviet suprême de l’URSS que par le parlement japonais. Mais le Japon a finalement refusé de l’exécuter, et l’Union soviétique, ensuite, a également réduit à néant les compromis trouvés.Il y a quelques années, nos collègues japonais nous ont demandé de relancer les discussions à ce sujet, ce que nous avons fait. Mais depuis 2014, ces contacts ont été gelés – non à notre initiative, mais du fait des Japonais. Aujourd’hui, nos partenaires manifestent le souhait de reprendre les pourparlers. Il n’est pas question d’échange de terres, ni d’une vente quelconque. Il s’agit de parvenir à une solution où les deux parties trouveront leur compte, et où aucune ne se sentira gagnante ou perdante.Je ne pense pas que nous soyons plus proches d’une résolution aujourd’hui qu’en 1956. Mais en tout cas, nous avons rétabli le dialogue et nous nous sommes mis d’accord pour que nos ministres des affaires étrangères et les experts concernés au niveau des ministres adjoints intensifient le travail sur ce dossier. Pourtant, la solution à ce problème devra être bien réfléchie et viser, je le répète, non à léser l’une ou l’autre des parties mais bien, au contraire, à créer les conditions propices au développement de liens interétatiques solides et durables.

Sur l'Histoire

Si certains veulent se mettre à réviser le bilan de la Seconde Guerre mondiale, ce n’est pas de Kaliningrad dont ils doivent discuter, mais de la partie orientale de l’Allemagne, de Lviv, qui faisait partie de la Pologne, de la Hongrie, de la Roumanie… Si certains veulent ouvrir cette boîte de Pandore, qu’ils le fassent.

Sur les Russes

Un de nos poètes a écrit ces vers célèbres : Nulle raison ne la conçoit, nul mètre usuel ne la mesure. La Russie a une stature qui ne se livre qu’à la foi.La culture russe a plusieurs facettes. Si l’on veut comprendre et sentir la Russie, il faut évidemment lire Tolstoï, Tchekhov, Gogol et Tourgueniev, écouter Tchaïkovski et regarder nos ballets classiques. Mais le plus important, c’est de discuter avec les gens. Je vous assure que dès que vous commencerez à rencontrer des citoyens ordinaires, vous comprendrez que les Russes, qu’ils soient russes ethniques, tatars, mordves, tchétchènes ou daghestanais, sont des gens très ouverts, voire un peu naïfs.Pourtant, nous avons un autre trait distinctif, sans doute présent chez tous les peuples, mais qui s’exprime particulièrement chez nous. C’est la quête de justice. Bien sûr, nous sommes des millions et chacun est différent ; bien sûr, dans l’ensemble, nous voulons évidemment avoir une bonne situation matérielle. Malgré tout, dans la mentalité, dans l’âme des Russes, il y a toujours cette aspiration à un idéal moral, à des valeurs morales supérieures. C’est ce qui nous distingue, et je suis convaincu que c’est positif.

Sur les relations avec l'Occident

Lorsque l’Union soviétique a cessé d’exister, une nouvelle Russie s’est formée. Nous avons tout simplement ouvert les bras à nos partenaires occidentaux. Rappelez-vous ce qu’a coûté ne serait-ce que notre geste de révéler la présence de nos systèmes d’écoute à l’ambassade américaine à Moscou. Personne n’a agi de la même manière à notre égard. Que pensez-vous ? Que la CIA ne dispose pas de dispositifs d’écoute quelque part chez nous ? Bien sûr que si. Et ils ont même intensifié leur travail en ce sens.Nous avons cessé nos vols stratégiques le long de la frontière américaine – mais les États-Unis ne nous ont pas renvoyé l’ascenseur. Voilà dix ans que nous avons cessé ces vols – eux ont continué les leurs. Pourquoi ? Nous nous sommes dit prêts à créer un nouveau système de sécurité européenne avec la participation des États-Unis. Mais l’OTAN a commencé à s’élargir, à s’approcher de nos frontières : une fois, puis deux.Nous avons déclaré qu’il fallait résoudre ensemble les questions liées au bouclier anti-missiles et maintenir ou moderniser le traité ABM sur la limitation des armes stratégiques.

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Maïlis Destrée

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