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LGBT, prisonniers politiques, ONG… Tatiana Moskalkova, déléguée aux DDH en Russie, s’exprime

Tatiana Moskalkova a servi toute sa vie dans la police avant d’être nommée, en avril 2016, déléguée aux droits de l’homme en Russie. Le journal Novaïa Gazeta a réussi à l’interviewer mais s’est vu mettre à la porte après 30 minutes. Le journaliste, Pavel Kanyguine, raconte les décors de cette rencontre improbable.

Tatiana Moskalkova a 61 ans. Elle est juriste émérite de Russie, général-major de la police à la retraite. Elle a été élue en avril 2016 par la Douma d’État déléguée aux droits de l’homme en Russie, en remplacement d’Ella Pamfilova. Depuis décembre 2007, elle est membre de la fraction parlementaire du parti Russie Juste à la Douma. Elle a voté pour l’adoption de la loi sur les « agents étrangers » concernant les ONG, l’interdiction de l’adoption d’enfants russes par des citoyens américains, l’interdiction « de la propagande des relations sexuelles non-traditionnelles auprès des mineurs » (dite « loi anti-gay »), la protection des sentiments des croyants, le durcissement des règles d’organisation des manifestations, etc.

La personnalité de Tatiana Moskalkova suscite de nombreuses questions. L’entretien avec elle a nécessité un mois de préparation : c’est le temps qu’il nous a fallu pour nous mettre d’accord sur les sujets, la date et le lieu et, enfin, sur la recherche d’informations sur l’identité du journaliste et de son rédacteur. Et je n’ai jamais pu me défaire de l’impression de communiquer avec un membre des services spéciaux plutôt qu’avec le bureau du médiateur fédéral pour les droits de l’homme. En réponse à notre demande officielle d’interview, le bureau de la déléguée nous a notamment demandé de leur faire parvenir les dix derniers numéros du journal – « pour découvrir vos parutions ».

Finalement, nous avons rencontré Tatiana Moskalkova sur la route : dans la voiture qui la conduisait au forum de jeunesse « Territoire des sens ».

Au début, la conversation sonnait faux. Tatiana Moskalkova choisissait soigneusement ses mots pour discourir sur le rôle de l’État dans le développement de la société civile. Elle m’a fait repréciser à deux reprises le nom du Groupe Helsinki de Moscou, puis a été incapable de se souvenir de celui de la plus ancienne organisation russe de défense des droits de l’homme, Mémorial (« ça commence par un M… »).

Je dois admettre que je m’apprêtais à rencontrer un agent typique de « l’imprimante folle » (surnom donné par l’opposition à la Douma fédérale depuis 2010 et l’adoption, les unes après les autres et très rapidement, de lois surprenantes, majoritairement répressives), à la biographie typique pour cette catégorie d’individus. Mais j’ai en réalité découvert une personnalité bien plus complexe que je ne l’avais supposé.

On sait que le pouvoir corrompt même les meilleurs. Mais il semble s’être passé l’inverse avec Tatiana Moskalkova. Après avoir pris position à la Douma pour les initiatives les plus controversées, elle se dit aujourd’hui « partisane des conquêtes démocratiques des années 1990 et de la perestroïka ». S’agit-il d’un souhait de se conformer aux exigences des fonctions de médiateur aux droits de l’homme ou d’une volonté sincère de repenser ses convictions personnelles – au fond, peu importe. La policière Moskalkova, à ce qu’il m’a semblé, voudrait réellement, de toutes ses forces, devenir une authentique défenseur des droits de l’homme. Pourtant, malheureusement, c’est encore la policière qui l’emporte chez elle. La déléguée Tatiana Moskalkova a mis fin à notre rencontre à la 33e minute d’interview, qualifiant mes questions d’« orientées », avant de me faire carrément descendre de sa voiture. Pour, une heure plus tard déjà, me faire rechercher par ses services et me prier de ne pas publier notre entretien, qui donnait d’elle, à l’en croire, « une image mauvaise et faussée ».

Ces tentatives de faire annuler la publication ont continué ensuite, par le biais de pressions exercées en privé sur la rédaction. Novaïa Gazeta respecte les droits de chacun de ses interlocuteurs. Pourtant, un haut fonctionnaire de l’État, outre ses droits, a aussi des devoirs – et notamment celui, au minimum, d’informer la société sur son activité. C’est précisément pour cette raison que nous estimons que la publication de cet entretien avec la déléguée est importante. À noter : le texte de l’interview a été soumis au bureau de la déléguée, trois jours avant la mise sous presse, pour corrections éventuelles, mais notre interlocutrice n’a pas usé de cette possibilité. Nous vous proposons le texte intégral de la transcription de cette conversation.

Novaïa Gazeta : Ce travail de déléguée aux droits de l’homme relève d’une sphère totalement nouvelle pour vous. Comment vous sentez-vous ?

Tatiana Moskalkova : À question rhétorique, réponse bête : c’est dur. Parce que c’est une nouvelle vie, un nouvel angle de vue sur des processus que j’ai perçus différemment jusque là dans ma vie.

N.G. : Vous venez tout de même de chez les faucons…

T.M. : J’ai travaillé dix ans au département de l’amnistie du présidium du Conseil suprême de la république russe socialiste soviétique. Et neuf ans à la Douma fédérale. Tout cela constitue pour moi une expérience sociale très précieuse pour appréhender ma place et mon rôle dans le système de la défense des droits de l’homme et être utile aux gens. Pour défendre de façon efficace, […]

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Julia Breen

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