|  
37K Abonnés
  |   |  
Vladimir Poutine

Élections, sanctions… Tour d’horizon de l’actualité russe de la rentrée par Arnaud Dubien

Mardi 20 septembre, Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe, ouvrira la nouvelle saison des conférences des Mardis par un tour d’horizon de l’actualité russe. Avant-goût.

Vladimir Poutine
Vladimir Poutine en visite au musée Tolstoï à Moscou, en présence de la directrice du musée, Ekaterina Tolstoï, le 8 septembre dernier. Crédits : kremlin.ru.

LCDR : Qu’est-ce qui vous interpelle le plus, aujourd’hui, dans l’actualité russe ?

Arnaud Dubien : Le remaniement observé dans les institutions au cours de l’été. Il y a eu une vague de renvois, de démissions, de nominations au niveau régional mais aussi dans l’administration présidentielle et la sphère ministérielle.

Il s’agit du phénomène le plus significatif depuis 2006-2007 en termes de réseaux de pouvoir et d’équilibre au sein de l’appareil d’État. À l’époque, Vladimir Poutine constituait sa verticale du pouvoir en choisissant essentiellement des gens de confiance, qu’il connaissait depuis très longtemps – depuis le KGB de Leningrad à la fin des années 1970, l’Allemagne de l’Est à la fin des années 1980 et la mairie de Saint-Pétersbourg dans les années 1990.

Aujourd’hui, la logique est différente. Une partie de ces gens sont exclus du système, parfois sans ménagement. Cette tendance signifie que le président russe attend désormais de la part de son entourage plus que de la loyauté. Il veut du sang neuf et des gens techniquement compétents.

Je ne lie toutefois pas ce remaniement à une quelconque inflexion de la ligne politique du pouvoir. Il s’agit plutôt de faire tourner la machine de l’État de façon plus efficace, avec des têtes nouvelles.

LCDR : Que représentent les élections législatives du 18 septembre prochain ?

A.D. : Les élections du 18 septembre ne sont pas très importantes en apparence, car la Douma a des prérogatives limitées et est plus une courroie de transmission de la volonté présidentielle et du Kremlin qu’un réel organe décisionnel.

Néanmoins, la sociologie du parti Russie Unie et des élus à la Douma va changer assez sensiblement. Le récent renouvellement des équipes autour de Vladimir Poutine concerne également les listes de Russie Unie, sur lesquelles figurent les futurs députés de la Douma. On va retrouver notamment des élus plus jeunes et moins d’hommes d’affaires.

LCDR : Comment interpréter ce changement ?

A.D. : La Russie entre dans un nouveau cycle politique, qui est aussi un nouveau cycle électoral – avec les élections du 18 septembre mais aussi la présidentielle au printemps 2018.

Cette série de nominations s’inscrit dans le cadre de la préparation du très probable quatrième mandat de Vladimir Poutine. Ce phénomène, amorcé à l’été dernier avec le renvoi de l’ancien patron des chemins de fer Vladimir Iakounine, va se poursuivre après les élections et jusqu’au printemps 2018.

Le président russe est en train de nommer les gens qui vont l’accompagner jusqu’à la fin de son probable quatrième mandat, donc jusqu’en 2024. En bref, se mettent en place les bases de Poutine 4.

LCDR : Qu’en est-il de la popularité de Vladimir Poutine et de son parti, Russie Unie, auprès de la population ?

A.D. : Vladimir Poutine reste populaire et flirte avec les 80 % dans les sondages. En revanche, son parti voit ses intentions de vote s’éroder.

Si Russie Unie est toutefois assuré de gagner les élections du 18 septembre prochain avec 40, voire 50 % des voix, le parti au pouvoir fait les frais de la situation économique dégradée et ne bénéficie pas de sa proximité avec Vladimir Poutine.

Il faut également garder à l’esprit que le mode de scrutin a été modifié. La moitié des députés sera élue par un vote uninominal majoritaire à un tour, qui favorise objectivement les gens bien implantés. Je n’exagérerai donc pas la portée de l’érosion de Russie Unie, qui restera majoritaire à la Douma et entourée de partis fidèles au Kremlin.

Par ailleurs, il faut noter une volonté manifeste du pouvoir d’organiser des élections « présentables », c’est-à-dire qui ne donneront pas prétexte à des protestations de masse, comme fin 2011. La nomination d’Ella Pamfilova à la tête de la Commission électorale centrale s’inscrit dans cette volonté, ce qui ne veut pas dire pour autant que le scrutin sera irréprochable. Certaines personnes ont été disqualifiées en amont, mais objectivement, les élections devraient mieux se passer.

LCDR : Sur le plan économique, quel bilan peut-on tirer de l’année 2016 ?

A.D. : 2016 sera marquée par une récession, moindre que celle de 2015 – sans doute entre 0,5 et -1 %. Les chiffes sont globalement mauvais – en particulier s’agissant de la consommation, qui a baissé de 5 % sur l’année, et des investissements, qui restent faibles.

Cependant, certains signaux indiquent que la Russie est en train d’inverser la tendance, et le dernier trimestre devrait être positif. La production industrielle ne recule plus et les finances publiques se stabilisent, en grande partie grâce au cours du pétrole, qui se maintient autour des 45 dollars/baril. La Russie n’est donc plus en phase descendante. Mais reste à savoir, maintenant, si elle sera capable de rebondir en 2017.

LCDR : Les sanctions, en vigueur depuis plus de deux ans, viennent d’être prolongées par l’UE. Peut-on espérer les voir levées un jour ?

A.D. : Au printemps dernier, on a eu l’impression qu’un débat était en train de s’ouvrir parmi les Européens sur une levée graduelle des sanctions, car on commençait à comprendre, en UE, que les responsabilités étaient partagées entre la Russie et l’Ukraine dans le conflit ukrainien.

Toutefois, le regain des tensions entre l’Ukraine et la Russie cet été autour de la Crimée [suite à l’arrestation par les services secrets russes de « terroristes » ukrainiens envoyés par le gouvernement près de la frontière en Crimée, en août dernier, ndlr] nous a ramenés en arrière.

Même si de nombreux pays souhaitent que le débat évolue, je ne crois pas à une levée des sanctions avant la fin de l’année, sauf grosse surprise, le 16 septembre prochain, lors du sommet de Bratislava sur l’avenir de l’UE.

LCDR : Quel est l’état actuel des relations franco-russes ?

A.D. : Les relations franco-russes n’ont pas échappé à la dégradation générale des relations russo-occidentales. Toutefois, le niveau des relations bilatérales est très supérieur à la moyenne russo-européenne.

La France et le président Hollande ont maintenu un dialogue permanent avec Vladimir Poutine. Ils se sont parlé une vingtaine de fois depuis le début de l’année à propos de l’Ukraine, mais aussi de la Syrie et du terrorisme.

L’une des illustrations de ce caractère particulier de la relation bilatérale est que, malgré ce contexte extrêmement tendu, Vladimir Poutine va effectuer le 19 octobre prochain un voyage en France, pour inaugurer le Centre culturel orthodoxe à Paris.

LCDR : Peut-on espérer que la Russie et les États-Unis trouvent un accord sur le long terme concernant le dossier syrien, après s’être entendus sur un cessez-le-feu le 9 septembre ?

A.D. : L’accord de cessez-le-feu est extrêmement fragile et, globalement, il y a un mur de défiance entre les deux puissances depuis plusieurs années. Je peine à voir ce qui pourrait contribuer à restaurer un minimum de confiance entre Moscou et Washington.

Une victoire de Donald Trump à l’élection américaine pourrait éventuellement changer la donne, mais sans garantie. Par contre, il est certain que la Russie ne retirera rien de bon si Hillary Clinton venait à gagner.

LCDR : Après les multiples rencontres entre Vladimir Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe cette année, peut-on parler de l’amorce d’un rapprochement russo-japonais ?

A.D. : De part et d’autre, on sent une réelle volonté de surmonter le blocage et de mettre un terme à une situation aberrante : rappelez-vous que, formellement, le Japon et la Russie sont toujours en guerre, puisqu’il n’y a jamais eu de traité de paix.

Il s’agit d’une opportunité avant tout pour la Russie, qui voit dans le Japon un partenaire financier et technologique alternatif, alors que les échanges sont bloqués avec l’Europe et les États-Unis. Les Japonais, de leur côté, s’inquiètent beaucoup du rapprochement russo-chinois, et interviennent pour limiter ce partenariat de la Russie avec leur rival.

De surcroît, Vladimir Poutine et Shinzo Abe sont tous deux très populaires dans leur pays. Ils disposent de la légitimité nécessaire pour faire des concessions. Je pense qu’il n’y aura donc pas de véritable obstacle interne, ni en Russie, ni au Japon, ce qui est une conjonction assez unique. Bien sûr, les Américains et les Chinois risquent de faire pression, mais la visite du président russe au Japon en décembre prochain pourrait marquer un véritable tournant.

La conférence s’inscrit dans le cadre des Mardis. Un mardi par mois, Le Courrier de Russie organise une conférence avec des spécialistes abordant des thèmes aussi variés que les crises politiques, l’histoire, l’art ou la littérature. Le programme complet des Mardis est à retrouver ici. La conférence, qui se tiendra en langue française dans les locaux du journal, sera suivie d’une séance de questions-réponses et d’un verre.

Pour toute information complémentaire, contactez-nous à l’adresse conferences.lcdr@gmail.com

Un événement en partenariat avec l’agence de voyages Tsar Voyages

Lieu : Le Courrier de Russie – Moscou, rue Milioutinski 10/1 (métro Loubianka ou Tchistye Proudy)

Entrée libre

Rejoignez l’événement Facebook ici.

Manon Masset

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école française à Moscou ?

Christophe Barthélémy, professeur d’histoire depuis 20 ans au lycée français de Moscou, retrace l’histoire de la communauté française.

18 octobre 2017
Culture

Quand Laurent Hilaire bouscule le ballet russe

Arrivé à Moscou en janvier dernier, Laurent Hilaire est le premier Français, depuis Marius Petipa il y a plus d’un siècle, à prendre la tête d’une compagnie russe – la troupe du ballet du théâtre Stanislavski et Nemirovitch-Dantchenko.

9 octobre 2017
En régions

La Tour blanche d’Ekaterinbourg reprend des couleurs

Construite au début des années 1930, la Tour blanche est l’un des bâtiments constructivistes les plus emblématiques d’Ekaterinbourg.

3 octobre 2017
  1. Da k Franko-Russkogo SOYUZA ! Dlya sil’nukh Franko- Rossiyskikh otnosheniy !
    Yevropa ot Atlantiki do Urala !
    V. Putin ? SVOBODA i NADEZHDA ! Spasitel’ Yevropy !

Les commentaires sont fermés.