Nadejda Savtchenko : coupable pour Moscou, héroïne pour Kiev, échangeable pour tous

Mardi 22 mars, le tribunal de Donetsk (région russe de Rostov) a condamné la pilote ukrainienne Nadejda Savtchenko à 22 ans de prison pour « assassinat et tentative d’assassinat » après la mort de deux journalistes russes en juin 2014 dans le Donbass et à 30 000 roubles d'amende pour « franchissement illégal de la frontière russe ». Un procès décrypté par Le Courrier de Russie.

V comme verdict

22 ans. Le verdict de la cour de Donetsk est sans surprise. Ni pour les avocats de Nadejda Savtchenko, qui ne croyaient que peu à l’acquittement, ni pour la jeune Ukrainienne de 34 ans elle-même, qui s'y attendait depuis le début de son procès, le 15 septembre 2015.Aux yeux de la justice russe, Nadejda Savtchenko est coupable d'avoir dirigé un tir d'artillerie sur les correspondants de la télévision publique russe VGTRK Igor Korneliouk et Anton Volochine, près de Lougansk, en juin 2014, puis franchi illégalement la frontière russo-ukrainienne, une semaine plus tard. Des crimes que Nadejda a toujours niés.« Ce ne sont que des mensonges », a-t-elle déclaré lors de la lecture du verdict, ajoutant qu'elle ne comptait pas faire appel de cette décision.Mais cette sentence met aussi fin à près de deux ans, depuis la capture de la jeune femme le 17 juin 2014, d'interrogatoires, de bras de fer et de doigts d'honneur, de deux grèves de la faim et de moultes tergiversations sur le sort de la pilote ukrainienne, qui a reçu le soutien de nombreux gouvernements occidentaux, de l'Allemagne aux États-Unis, en passant par la France.

Mais qui est Nadejda Savtchenko ?

Celle que l'Ukraine présente comme une héroïne, et la Russie, comme une criminelle, est avant tout une militaire professionnelle – et une sacrée tête de mule. Nadejda Savtchenko est née le 11 mai 1981, à Kiev, d'une mère couturière et d'un père mécanicien (décédé en 2003). Sa langue maternelle est l'ukrainien, mais elle parle aussi le russe. Ses proches la décrivent comme une enfant « têtue et courageuse », « prête à tout pour obtenir ce qu'elle veut ». Un comportement qui lui vaudra, au collège, le surnom de « Xena, la guerrière », raconte Tatiana Pivovar, amie et ancienne camarade de classe de Nadia.C'est à cette époque que Nadejda se met en tête de devenir pilote, un rêve qu'elle caresse depuis son premier voyage en avion, à l'âge de quatre ans, a-t-elle expliqué, en 2009, à la revue ukrainienne Fakty i kommentari. Fraîchement sortie de l'école, à 17 ans, Nadia tente sa chance à l'Université de l'armée de l'air de Kharkov. Mais la jeune femme est vite rattrapée par la dure réalité de l’institution : « Il y a juste un petit problème, tu es un femme, m'a lancé un gradé lors du dépôt de mon dossier. Ce à quoi j'ai répondu : Avec quoi faut-il penser, quand on pilote un avion : sa tête ou ce qu'on a entre les jambes ? », se souvient-elle. La porte de l'université demeure fermée. Quatre ans durant, Nadia ne cesse de retenter sa chance à Kharkov. Entre-temps, elle intègre, sur les conseils de sa mère, une école de couture, puis étudie une année à la fac de journalisme à Kiev. Mais rien à faire, l'armée de l'air l’obsède, et elle parvient finalement à décrocher un entretien avec le général de l'université de Kharkov, qui lui conseille de servir un an dans l'armée avant d'intégrer l'école.Sitôt dit, sitôt fait. Nadejda s'engage immédiatement dans l'armée ukrainienne, où elle est envoyée dans les transmissions. Pas question. Au bout de quatre mois, elle demande à être transférée dans les forces aéroportées, « au plus proche du ciel », dit-elle. La suite rappelle fortement le film À armes égales… « Le commandant m'a dit que si j’arrivais à courir 15 kilomètres dans la neige avec un sac de 15 kilos sur le dos, il me prendrait. Une semaine plus tard, j'intégrais les parachutistes », assure-t-elle. Soit. Après cette année de terrain, Nadejda retente sa chance à Kharkov. En vain. Éconduite sous prétexte qu’elle n'a pas servi assez longtemps, elle rejoint ses anciens frères d'armes et apprend que son régiment est envoyé en Irak pour une mission de maintien de la paix. Au cours des six mois qu’elle y passe en tant que tireuse sur un blindé, entourée de 25 soldats hommes, elle obtient son surnom actuel de Poulia (« La balle »), manque d'être mariée à deux reprises – à un policier pour deux moutons et au prince Es-Souveïra pour 50 000 dollars – et fait même une fugue, le 8 mars. « Tout me saoulait : l'alcoolisme des soldats, les idiots du commandement et la fête du 8 mars, que je déteste. J'ai pris mes affaires et je suis partie en stop », raconte-t-elle dans son livre, Un prénom fort : Nadia, écrit en détention en Russie. Elle est retrouvée le lendemain, à 50 kilomètres de là, dans une base américaine.Sa mission en Irak lui ouvre finalement les portes de l’université des forces aériennes,

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Thomas Gras

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